Brianna
Kelly et moi entrons dans le bureau qui m'est réservé pour les deux semaines à venir. Décorations sur les murs, deux plantes vertes en diagonale l'une de l'autre, un téléphone et même un MAC. Je ne peux réprimer le souffle de surprise qui s'échappe de mes lèvres. Bon sang. Hari va m'entendre. Je finis rapidement mon inspection et suis Kelly dans le couloir. Nous passons chercher deux cafés avant de continuer notre visite. La matinée passe sans que je ne m'en rende compte. Rencontre avec différents employés et prise de rendez-vous avec certains d'entre eux afin qu'ils puissent me parler plus longuement de leur métier. Direction du secrétariat de l'entreprise, les techniciens PAO, les techniciens de fabrication, les opérateurs PAO, les opérateurs de saisie, les sérigraphistes, les directeurs artistiques, les maquettistes, les rédacteurs et j'en passe.
A la fin de notre visite, nous passons faire un tour du côté étage bien-être, avec la partie bien-être V.I.P et bien-être normal, ainsi que par l'étage cafétéria commun à tous les services. Le seul autre étage à avoir une petite cafétéria est le dernier étage, là où se trouvent les bureaux du patron et de ses secrétaires, dont moi. Lorsque nous regagnons notre étage, il est 12h50. Kelly me raccompagne jusqu'au bureau de Hari.
— Je vous laisse retrouver Monsieur Stanford. Je passerai vous voir dans l'après-midi pour m'assurer que tout va bien.
— D'accord. Merci beaucoup Kelly.
— Pas de quoi. A tout à l'heure.
Je lui adresse un sourire et entre le plus silencieusement possible dans le bureau de Hari. Je referme la porte derrière moi et me tourne face à lui, le trouvant une fois de plus avec le téléphone contre l'oreille. Son regard d'un vert émeraude intense croise le mien. Il me fait signe qu'il arrive, ce à quoi je réponds d'un signe de tête. J'en profite pour jeter un coup d'œil furtif autour de moi, ne sachant trop quoi faire d'autre.
— Très bien. Je vous rappelle tout à l'heure.
Il remet le combiné en place et me rejoint. Mon cœur s'emballe tandis qu'il glisse ses bras autour de ma taille. Ses lèvres se plaquent contre les miennes. Nous échangeons un long b****r intense.
— Alors, cette visite ?
— Très intéressante. Kelly m'a fait visiter les différents services comme prévu et j'ai pris des rendez-vous avec quelques-uns des employés. Cela me permettra de les questionner un peu plus longuement dans la semaine. J'ai pris encore plus de notes. Plus qu'à faire le plan pour mon rapport de stage et ce sera bon.
Il acquiesce, sourire aux lèvres. Il attrape son téléphone dans la poche arrière de son pantalon et jette un coup d'œil à l'heure avant de le remettre en place.
— Que dirais-tu d'aller déjeuner ?
— J'en dis que c'est une excellente idée, je meurs de faim, je réponds en faisant la grimace.
Il rit.
— Dans ce cas, allons-y.
**
Nous passons récupérer mes affaires dans mon bureau. J'en profite pour regarder mon téléphone. Aucun appel. Aucun message. Parfait. Je le range dans une petite poche de mon sac et suis Hari jusqu'à sa voiture. Nous discutons de sa matinée. Il m'explique qu'il a quelques idées d'investissements dans des petites entreprises liées au milieu du livre desquelles il va devoir discuter avec Phoebe.
— Mon associée et meilleure amie d'enfance que je considère comme ma petite sœur, ajoute-t-il comme pour me rassurer.
Je ne peux m'empêcher de sourire en notant cette information. Non pas que j'allais me faire des films, loin de là. Après tout, lui et moi ne sommes pas en couple. Nous flirtons juste un peu...Beaucoup. Tout simplement.
— Bree ?
Je cligne rapidement des yeux, rappelée à la réalité. Hari m'aide à m'installer côté passager d'une magnifique Porsche. Rien que ça.
— Où allons-nous déjeuner ? je demande curieuse.
Ses lèvres s'étirent en un sourire mystérieux.
— Surprise.
Il ferme la portière derrière moi et regagne le volant. J'allume l'autoradio. La chanson Get Lucky retentit dans l'habitacle. J'appuie ma tête contre la vitre et regarde le paysage urbain défiler tandis que nous fonçons à travers les rues new-yorkaises, jusqu'à Brooklyn où nous nous arrêtons devant un restaurant dont l'enseigne indique La Bonne Ambiance. Hari vient m'ouvrir et m'aide à descendre. Nous franchissons les portes du petit restaurant, rapidement accueillis par la chaleur du lieu. Un jeune homme se tient derrière le comptoir. Son regard se pose sur nous. Un grand sourire illumine son visage. Il s'empresse de quitter son poste, prenant Hari dans ses bras. Les deux hommes échangent une accolade puis se tournent vers moi. A mon plus grand soulagement, Hari s'occupe de faire les présentations.
— Cody, voici Brianna Andrews. Bree, voici mon frère Cody.
— Son demi-frère plutôt, le rectifie Cody, mais frère tout court ça me va aussi.
J'émets un rire discret. Nous échangeons une poignée de main ferme.
— Enchanté Brianna.
— Enchantée Cody.
Il m'adresse un sourire et libère ma main. Nous nous asseyons au comptoir tandis qu'il regagne son poste. Hari lui demande de nous préparer le menu habituel : burger-frites et Coca. Pas très diététique mais fait maison c'est délicieux. Cody m'explique que c'est grâce à Hari qu'il a pu ouvrir son restaurant.
— Mon cher frangin a eu la gentillesse de me prêter les fonds pour l'ouvrir et maintenant que c'est chose faite, je le rembourse progressivement.
— Même si au départ je ne voulais pas qu'il me rembourse, mais bon. Borné comme il est, il n'a pas pu s'en empêcher, précise Hari.
— Je ne pouvais pas ne pas te rembourser. Question de principe.
Hari se contente de lever les yeux au ciel tout en tirant quelques bouffées sur la cigarette que lui tend son frère.
— Sinon, que puis-je faire pour toi frangin ? Je pense que tu dois avoir une idée derrière la tête pour venir me voir comme ça à l'improviste, non ?
— Je voudrais que tu m'aides à montrer à la jeune demoiselle ici présente à quel point c'est cool de déjeuner avec les frères Stanford.
— Je vois... (Les deux frères échangent un sourire comploteur.) Donnez-moi deux minutes.
Je le regarde quitter une fois de plus son poste et rejoindre le juke-box situé au fond de la salle. Il tapote un peu l'appareil vétuste et lance la première musique. En quelques secondes les paroles de Satisfaction des Rolling Stones envahissent l'espace. Hari se lève de son tabouret et attrape mes mains dans les siennes. Je tente de résister mais finis tout de même par me retrouver les pieds sur la piste, mon corps contre le sien tandis qu'il fredonne les paroles. Sa voix rauque et douce me fait agréablement frissonner.
— Je ne sais pas danser, je rouspète.
— Pas grave. Nous sommes là pour nous amuser, pas pour faire un concours.
Je lui adresse une grimace ce qui me vaut un rire franc de sa part. Les musiques s'enchaînent. Isn't She Lovely Stevie Wonder, Happy C2C ou encore Mambo n°5 par Lou Bega. Lorsque nous nous arrêtons, j'ai le corps, les muscles et la gorge en feu. Mon partenaire de danse et moi regagnons nos places. Les fesses à peine posées sur mon tabouret, j'attrape mon verre de Coca et en avale la moitié d'une traite. Il en va de même pour mon burger et mes frites que j'engloutis en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. J'avais vraiment faim.
— Au fait Hazz, papa m'a demandé de te faire savoir qu'il organise une réunion de famille ce week-end ainsi que le Gala de Noël. Il aimerait vraiment que tu viennes, dit Cody tout en nous préparant trois glaces spéculos, tiramisu et cookie.
— Je suppose qu'il veut bluffer auprès des médias en donnant l'image d'une famille solidaire et unie qui, en vérité ne l'est pas... (Il marque une pause.) Comme d'habitude.
— Rien à voir. Cela fait un moment que vous ne vous êtes pas revus. Il aimerait s'assurer que tout va bien. Il m'a dit aussi que tu pouvais venir accompagné si tu le souhaitais.
Un silence gêné s'installe dans la salle. Cody pose les coupes de glace devant nous et nous resserre deux verres de Coca.
Hari finit par céder.
— Je vais y réfléchir. Mais si je viens accompagné, je ne veux pas être séparé de la personne avec qui je serai. Oh et si jamais Haley est là, que quelqu'un s'arrange à la tenir en laisse, histoire qu'elle ne vienne pas me narguer comme elle sait si bien le faire.
— Ne t'en fais pas pour ça. Elle est fiancée avec je ne sais plus quel avocat de San Francisco. Et de toute façon, ils ont déjà quelque chose de prévu ce week-end. Tu peux donc être tranquille par rapport à ça.
— Tant mieux. (Il se tourne vers moi, verre de Coca en main.) Serais-tu prête à passer un week-end dans un milieu hautain et superficiel avec moi ?
J'acquiesce.
— Bien sûr. Quelle question.
Il m'adresse un sourire et dépose un b****r sucré contre mes lèvres. Son frère nous regarde, amusé et intrigué. Je sens le feu me monter aux joues malgré moi mais fais comme si de rien n'était. Après tout, il n'y a rien de mal dans ce que nous faisons. Absolument rien.
— C'est bon, tu peux envoyer un message à papa et lui dire que ma petite amie et moi serons là samedi à une heure.
Les battements de mon cœur s'emballent à l'entente du mot.
— Petite amie ? je répète en haussant un sourcil.
— Oui. Ma petite amie.
**
Le déjeuner fini, Cody nous raccompagne jusqu'à la voiture. Le trajet du retour se fait dans le silence, Hari et moi tous deux perdus dans nos pensées. Ce n'est qu'une fois sur le parking de l'entreprise qu'il se décide à prendre la parole.
— Désolé de t'imposer une sortie supplémentaire.
— Ce n'est rien. Après tout je suis ta stagiaire, alors si je peux te sauver la mise dans certaines situations, tant mieux. D'autant plus que cela nous permettra de passer un peu plus de temps ensemble et puis, soyons honnêtes, je n'ai pas à me plaindre. Je vais pouvoir t'appeler « mon petit ami » devant de parfaits inconnus. Cool, non ?
Il rit, semble se détendre un peu. Tant mieux. Je n'aurais pas été tranquille de le quitter dans une ambiance pesante. Pas après la super pause déjeuner que nous venons de passer avec son frère. Il attrape mon visage entre ses mains et plaque ses lèvres contre les miennes me faisant frémir. Nous échangeons un long b****r tortueux, sa langue s'amusant à provoquer la mienne. Bon sang. Si nous pouvions... Non. Stop. On se ressaisit et on arrête de faire chauffer les hormones.
Je me redresse d'un coup, bien décidée à garder mon sang froid. J'ai les joues en feu, le cœur qui bat à toute vitesse et la respiration rapide. Je remarque rapidement qu'il en va de même pour Hari dont les lèvres sont enflées.
— Qu'ai-je fait pour avoir la chance de te voir entrer dans ma vie ? souffle-t-il d'une voix rauque et profonde.
— Je sais, je sais. Je suis unique en mon genre, je dis ponctuant ma réponse d'un mouvement de tête faussement hautain. (Il rit une fois de plus. Je prends une inspiration et m'humecte les lèvres, sérieuse.) Si cela peut te rassurer, je me pose la même question à ton sujet.
— Crois-moi Bree, je suis loin d'être parfait.
— Et alors ? Personne ne l'est. Attends encore quelques jours de me connaître un peu mieux et tu verras qu'en ce qui me concerne, je suis à des années lumières de l'être.
Sur ce, je l'embrasse et descends de voiture sans lui laisser le temps de répondre. Il me rejoint, attrape ma main dans la sienne et entrelace fermement ses doigts aux miens, le temps de franchir les quelques mètres qui nous séparent du hall d'entrée, à l'intérieur duquel nous nous détachons l'un de l'autre et regagnons l'ascenseur côte à côte, tel un patron et sa stagiaire, bien que la réalité est loin d'être aussi simple.
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