Hari
Brianna et moi passons l'heure qui suit à regarder un plan de l'organisation des locaux, grâce auquel je lui explique le fonctionnement de chaque étage. Elle m'écoute avec grande attention tout en prenant des notes sur le calepin que je lui ai donné. Un sourire discret se dessine sur mon visage tandis que je repense à tout ce qui s'est passé ces dernières soixante-douze heures. J'ai hâte que nous passions à la prochaine étape. Il y a tellement d'autres choses que nous pourrions faire sur ce canapé...
— Hari, est-ce que tout va bien ?
Elle m'adresse un regard interrogateur, le crayon à papier coincé entre ses dents. J'émets un rire furtif et attrape mon paquet de cigarettes duquel j'en extirpe une.
— Oui, j'étais juste perdu dans mes pensées.
Ses lèvres s'étirent en un sourire joueur.
— Des pensées assez intenses d'après la tête que tu faisais.
Je prends une bouffée de ma cigarette et l'expire lentement.
— Tu n'as pas idée...
Elle me donne une tape sur le bras et me repousse gentiment en arrière, amusée.
— Pervers.
Je dépose un b****r furtif sur ses lèvres et reprends ma place. Où en étions-nous ? Ah oui. Premier étage, réservé aux chefs de projets e-commerce livres, fait. Commercialisation des e-books, fait. Second étage, chefs de projets numériques, fait aussi. Nous en arrivons donc aux étages des opérateurs.
— Parmi eux il y a les opérateurs/opératrices PAO qui produisent des documents écrits et des images destinés à l'impression, je lui explique, leurs bureaux sont situés au troisième étage qu'ils partagent avec les opérateurs et opératrices de saisie.
Elle acquiesce continuant de prendre des notes, le visage penché sur son calepin.
— Leur rôle est de saisir les informations pour les différents services de l'entreprise, d'enregistrer des données telles que les données comptables ou numériques et d'assurer le tri et la distribution du courrier, ainsi que la gestion des commandes et des stocks de fourniture, j'ajoute. Tu auras probablement l'occasion de les rencontrer pendant ton stage car ils passent par mes assistantes pour me faire parvenir le courrier.
Je m'interromps quelques instants le temps de finir ma cigarette. Je tire les dernières bouffées et jette le mégot dans le cendrier.
— Etant donné qu'il y a une quinzaine d'étages, je te propose de me dire ceux qui t'intéressent le plus. Kelly t'expliquera le fonctionnement de ceux que nous n'aurons pas évoqués lorsqu'elle te fera visiter les locaux.
— Ok.
Elle pose son crayon et relève la tête le temps de jeter un coup d'œil au plan étendu sur la table basse devant nous.
— Dixième, douzième et quatorzième, énumère-t-elle.
Je ne peux m'empêcher de sourire à l'entente de sa réponse. Correction, traduction et délégués commerciaux édition. Cela ne m'étonne pas.
— Dixième, correcteurs et correctrices. Ils interviennent sur tous les textes destinés à la publication, que ce soit pour une publication numérique ou sur papier. Ils sont chargés de vérifier l'orthographe, la grammaire, la syntaxe, la cohérence du contenu et de nombreuses autres règles typographiques sur lesquelles nous n'allons pas nous attarder.
Je me stoppe le temps de reprendre mon souffle et en profite pour lui piquer une gorgée de café.
— Douzième, traducteurs et traductrices. Il y en a différents types mais ici nous avons principalement des traducteurs littéraires. Comme leur nom l'indique, ils traduisent principalement des romans et des nouvelles, bien qu'il puisse leur arriver aussi de traduire des livres, comme des guides pratiques, par exemple.
— Je ne savais pas que Stanford Edition misait surtout sur la littérature.
— Je dois reconnaître que je ne me suis pas vraiment foulé sur ce coup-là. J'ai misé sur ce qui me plaisait vraiment et ce qui m'a toujours plu : la littérature. Tout simplement.
Nous échangeons un sourire furtif puis poursuivons notre discussion. J'en profite pour me lever et faire les quatre cents pas dans la pièce. Je commence à me sentir un peu engourdi à force de rester assis.
— Quatorzième, les DCE. Ils assurent la promotion et la vente auprès de différents points comme les grandes surfaces, les librairies etc. Il y a aussi les DC, délégués commerciaux, qui eu représentent l'entreprise. Ils doivent principalement entretenir de bons liens avec les librairies et autres, gérer l'offre, éviter le retour des invendus ainsi que la rupture de stock. Ils sont souvent en déplacement dans des zones géographiques précises.
Je me tourne face à elle, les bras croisés sur la poitrine, le regard rivé sur son corps à moitié penché.
— Qu'en est-il au niveau du nombre de services de l'édition ?
— Mon entreprise regroupe presque la totalité d'entre eux, une vingtaine sur une trentaine si je ne me trompe, en comptant les locaux plus techniques localisés en bas.
Elle me jette un coup d'œil furtif, la main légèrement suspendue au-dessus de son calepin.
— Combien d'employés cela représente-t-il ?
— Aux alentours de trois cents. Certains services comportent plus d'employés que d'autres.
— Et en parallèle tu fais des investissements dans d'autres entreprises, c'est ça ?
— Exact, j'acquiesce, mais dans ces cas-là je ne suis qu'associé. De ce fait, je ne peux pas prendre les décisions tout seul. Mais, ceci n'est qu'un détail. D'autant plus que je pense revendre certaines parts dans les semaines et mois à venir. Je me suis un peu trop éparpillé ces derniers temps et j'aimerais bien remettre de l'ordre dans tout ça.
Je retourne m'asseoir à côté d'elle.
— D'autres questions ?
Elle jette un coup d'œil rapide à son calepin.
— Non. Enfin si, mais ce sont vraiment des questions basiques.
— Du genre ?
— Du genre, comment tu en es arrivé là, pourquoi ce milieu-là et depuis quand l'entreprise existe.
— La réponse est simple. Je suis passionné de littérature depuis mon plus jeune âge et en grandissant, j'ai tout simplement eu envie de développer mon propre univers dans ce domaine-là, afin d'y laisser ma marque. J'ai fait des études de commerce et de littérature, puis mon père m'a aidé à me lancer en me donnant un soutien financier. Sans compter sur ma persévérance. Quant à l'entreprise, cela fait six ans qu'elle existe.
— Si l'entreprise existe depuis six ans, cela veut dire...
— Que j'avais vingt-et-un quand je me suis lancé.
— Woaw.
J'émets un rire, amusé par son air surpris.
— Il faut dire que j'ai été un p****n de chanceux sur ce coup-là.
— Dîtes donc quel langage Mr. Stanford, se moque-t-elle d'une voix faussement choquée.
Je lève les yeux au ciel, un sourire un peu con au coin des lèvres. Toc...Toc... Je pousse un soupir, l'embrasse furtivement et me lève du canapé.
— Entrez !
Une Kelly souriante apparaît avec un sac Chanel à la main.
— Bonjour Monsieur, j'ai le haut que vous aviez demandé pour Mademoiselle.
Brianna se lève à son tour. Kelly et elle échangent une poignée de main puis ma secrétaire lui tend le sac.
— Merci beaucoup.
— Je vous en prie. Désirez-vous quelque chose d'autre ? Un café ou un petit quelque chose à grignoter ?
— Non merci, ça va aller.
— D'accord. Et vous, Monsieur ?
— Je veux bien un café s'il vous plaît.
— Je vous apporte ça tout de suite.
Elle nous adresse un dernier regard souriant puis sort de la pièce. La porte refermée derrière elle, je me tourne vers Brianna qui vient d'extirper un chemisier noir du sac.
— Est-ce qu'il y a un endroit où je peux me changer ? demande-t-elle.
— Oui. Ici. (Elle me regarde silencieusement, me demandant du regard si je suis sérieux.) Quoi ? Ce n'est pas non plus comme si je ne t'avais jamais vue en sous-vêtements.
Ses joues s'enflamment instantanément.
— Certes mais là c'est différent.
Je soupire mais lui tourne tout de même le dos, sans broncher.
— Merci.
Je laisse échapper un rire silencieux tout en secouant la tête. Si je m'écoutais, je me retournerais pour la prendre dans mes bras et l'embrasser à en perdre haleine, histoire de lui rappeler la nuit que nous avons vécue il y a deux jours. Mais au lieu de ça, je reste dos à elle, décidant tout de même de tricher et de jeter un petit coup d'œil pendant qu'elle ne regarde pas. Bon sang. Ce qu'elle est belle.
Je cligne des yeux et m'empresse de détourner le regard tandis qu'elle relève la tête. Mon esprit se met à vagabonder dans tous les sens. Sans même savoir comment, je me mets à nous imaginer ensemble à Paris, Londres ou encore Rome, à nous balader dans les rues ou passer notre nuit, enchevêtrés l'un à l'autre. Oui, ok. Je le reconnais cela sonne très cliché, comédie romantique de Noël à la noix et pourtant. Je ne serais vraiment pas contre cette idée. Et quelque chose me dit qu'elle non plus.
— Voilà, c'est bon.
Je sursaute, rappelé à la réalité. Je me tourne de nouveau face à elle. Je me rapproche, l'attrape par la taille et plaque mes lèvres contre les siennes avec douceur. Elle glisse ses mains derrière ma nuque et rapproche mon visage au plus près du sien. Un son rauque s'échappe de mes lèvres. Je colle son corps frémissant contre le mien tout en resserrant mon emprise autour de sa taille. Nos langues se lancent dans une danse endiablée, chacune cherchant à prendre le dessus sur l'autre. Toc...Toc...
Et merde.
— Jamais la paix, je râle en me détachant d'elle.
— Ce n'est que partie remise, me souffle-t-elle d'une voix douce.
— Oh oui. Compte là-dessus.
Je m'écarte d'elle tandis que Kelly entre, un gobelet de café encore fumant entre les mains. Elle se faufile entre nous et le pose sur mon grand bureau.
— Kelly, si cela ne vous dérange pas je vous confie Mademoiselle Andrews pour le reste de la matinée, afin que vous lui fassiez visiter les locaux et que vous l'aidiez à s'installer dans son nouveau bureau.
— Aucun problème Monsieur.
Je me tourne vers Brianna.
— Rendez-vous ici à une heure, d'accord ?
Elle acquiesce d'un petit signe de tête, sourire aux lèvres.
— Parfait, merci Monsieur.
Elle passe devant moi et suis Kelly jusqu'à la porte. Je les regarde s'éloigner dans le couloir puis referme derrière elles avant d'aller m'asseoir à mon bureau. J'attrape mon café et allume mon ordinateur. J'en profite pour jeter un coup d'œil rapide à l'heure. 11H00. Je pousse un soupir et entre mon mot de passe.
Deux heures. Ça devrait passer vite.
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