Brianna
Frustration. Voici l'état dans lequel je passe le reste de la soirée. Un état de frustration. Celle-là même que l'on ressent, lorsque l'on ne peut obtenir une chose que l'on désire à cause d'un élément perturbateur. Que je suis bête. J'aurais dû me douter qu'il était préférable que nous allions chez Hari. Mais bon. Heureusement, une fois le repas fini nous disposons tout de même d'un peu de temps rien que tous les deux. Malheureusement, ce temps-là est utilisé pour établir mon planning durant notre semaine en Europe, de façon à ce que je puisse jongler entre devoirs et événements auxquels nous devons participer. Défilés, visites, devoirs, dîners, galas...Je ne sais pas comment je vais faire pour savoir où donner de la tête.
— C'est bon on a tout, je soupire.
— Parfait.
J'enregistre le document et referme mon ordinateur que je laisse dans un coin, avant de me vautrer de tout mon long sur mon lit. Hari tire une bouffée de sa cigarette faisant au mieux pour que la fumée ne pénètre pas dans ma chambre. Son regard émeraude croise le mien et il ne m'en faut pas plus pour me sentir électrisée une fois de plus. Je me lève de mon lit et le rejoins près de la fenêtre. Il passe un bras autour de mes épaules tandis que je me blottis contre lui. Un doux frisson me parcourt le long de la colonne vertébrale au contact de sa chaleur corporelle mélangé à celui de l'air frais hivernal qui filtre par ma fenêtre. Je sens les battements calmes de son cœur sous mes doigts. Le mien lui répond à l'unisson.
— Penses-tu que nous disposons encore de quelques minutes ?
Je sens mon ventre se contracter à l'entente de sa question. Des images de nos moments intimes passés ensemble me reviennent en tête malgré moi.
— Je pense que...
— Bree, Hari ! Dessert !
— Tu as ta réponse, je soupire en levant les yeux au ciel.
Hari attrape ma main tout en refermant la fenêtre.
— Je n'aurais pas été contre prendre mon dessert ici, dit-il. (Oh mon...) Tu es sûre qu'il n'y a pas moyen de négocier ?
— Non. Je n'ai pas envie de leur donner l'occasion de spéculer.
Il hausse les épaules, l'air de ne pas en avoir grand-chose à faire.
— Honnêtement, je m'en moque.
— La prochaine fois, ça vaut mieux, je lui assure.
Je l'embrasse furtivement et entrelace mes doigts aux siens tandis que nous regagnons le salon où mon père, Sonia et Sam nous attendent. Les assiettes de dessert sont déjà disposées sur la table basse entre les canapés. Une fois de plus ma belle-mère semble s'être surpassée. Cupcakes au chocolat et à la vanille, soit mes préférés. Ceux de Sam aussi d'ailleurs. Nous nous asseyons en tailleur face à eux. Sonia nous sert deux tisanes un sourire au coin des lèvres.
— Hari aimeriez-vous rester dormir ici ce soir ?
Il s'en faut de peu pour que je ne recrache la bouchée de Cupcake que je viens tout juste de prendre. Du coin de l'œil je peux voir Hari sourire, visiblement amusé par ma réaction. L'enfoiré.
— C'est très gentil à vous de proposer Madame Andrews, mais je pense qu'il serait plus raisonnable que je rentre chez moi. Bree et moi avons une longue soirée qui nous attend demain et mon filleul m'attend chez moi.
Je lui jette un regard confus. Son fill...Ah oui. Son fils. Hayden. Qu'il fait passer pour son filleul, dans l'espoir que mon père et ma belle-mère ne noteront pas la ressemblance entre eux. Ce que je peux être bête parfois. Mais lui aussi. D'autant plus qu'ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau.
— D'accord, pas de problème.
Ma belle-mère nous adresse un sourire tout en se rasseyant. Son regard n'arrête pas de jongler entre Hari et moi, du moment où nous parlons au mariage de ma mère, à celui où il se lève pour partir. Je le raccompagne jusqu'à l'ascenseur comme à chaque fois pendant que Sonia range le salon et que mon père met Sam au lit.
— Le mariage de ta mère et de ton beau-père aura lieu le 24, c'est bien ça ?
— C'est bien ça. (Il acquiesce tout en appuyant sur le bouton.) Si jamais tu as déjà des invités qui sont supposés venir chez toi, n'hésite pas à les amener. Comme qui dirait : « plus on est de fous, plus on rit ».
— Il y aurait éventuellement ma mère et mon beau-père, mais rien n'est encore sûr. Nous en parlerons avec eux lorsque nous serons à Londres.
Nous en parlerons avec eux lorsque nous serons à Londres. J'ai encore du mal à réaliser que je vais rencontrer sa mère et son beau-père, alors que nous ne nous fréquentons que depuis une petite semaine.
— Au fait, ajoute-t-il me sortant de mes pensées, il était prévu que nous dormions à l'hôtel mais ma mère a insisté pour que nous restions au moins deux nuits chez eux. (Les portes de l'ascenseur s'ouvrent l'interrompant dans sa phrase.) Je lui ai répondu que nous avions hâte.
— Attends, quoi ?
Il m'embrasse furtivement et monte dans l'ascenseur. Les portes se referment entre nous avant que je n'aie le temps de vraiment bien relever ce qu'il vient tout juste de me dire.
— Hari !
Je déteste quand il fait ça. Sacré Hari. Je regarde une dernière fois les portes de l'ascenseur et retourne au chaud. J'attrape mon téléphone, tout en fermant la porte derrière moi. Je lui envoie un message rapide pour lui demander de me faire savoir lorsqu'il sera bien arrivé puis regagne la salle de bain, le cœur battant et l'esprit à des milliers de kilomètres d'ici.
**
Hari
J'envoie un message à Bree pour lui faire savoir que je suis bien arrivé. La connaissant, elle n'ira pas dormir sans avoir eu mon message. Non pas que cela se soit déjà produit, mais elle serait bien capable de vite se faire du souci pour rien. Le message envoyé, je monte dans ma chambre et abandonne mon portable sur la table de nuit, le temps d'aller dire au revoir à Cora, de m'assurer que Hayden est bien endormi et de prendre une bonne douche. Lorsque je reviens dans ma chambre, mon téléphone affiche un message de ma petite amie. Encore plus rapide que moi pour répondre.
Un rire franc s'échappe de mes lèvres tandis que je lis ce qu'elle a écrit.
Merci bien pour le message Cupcake ! ;)
« Cupcake » ? Sérieusement ?
Honnêtement, j'ai hésité entre Cupcake et Curly, mais finalement je préférais le premier. Comme mon dessert préféré. :P
Merci babe. Je me doutais que j'étais ton dessert préféré. ;)
Eeeew. PERVERS.
Visiblement, ce mot semble être devenu sa carte d'attaque favorite. Si ça continue comme ça, elle finira par me le balancer à toutes les sauces chaque fois que nous aurons une dispute. Non pas que j'espère que cela arrivera de sitôt, loin de là. Si je pouvais l'empêcher, cela n'arriverait jamais. Mais je ne suis pas suffisamment irréaliste pour croire que nous ne connaîtrons jamais de désaccords. Tous les couples en ont. L'astuce c'est de savoir comment les gérer et surtout comment les surmonter. Les vibrations de mon téléphone me tirent hors de mes pensées.
Tu t'es endormi ? :(
Je prends une légère inspiration, un sourire débile au coin des lèvres. Comme quoi contrairement aux idées reçues, l'amour peut rendre niais n'importe qui. Aussi bien les filles que les garçons. Bien que ces messieurs que nous sommes avons toujours plus de mal à l'admettre.
Non, je suis toujours là, mais je ne vais pas tarder à aller dormir. D'ailleurs, tu devrais en faire de même. Nous avons une longue journée qui nous attend demain.
Oui, je sais, mais j'ai du mal à ne pas penser à la soirée. Je dois dire que ça me stresse un peu.
Je fronce les sourcils, les doigts en suspend au-dessus de l'écran. Ça la stresse un peu.
Pourquoi ?
Sa réponse met un peu plus de temps à venir. J'en profite pour aller faire un tour aux toilettes et récupérer un déca dans la cuisine. Mon téléphone vibre dans la poche de mon jogging. J'attends d'être de retour dans ma chambre, tasse en main, avant de lire le message sur lequel je clique, le cœur battant. Woaw. Elle m'a écrit un roman !... Je rigole. Mais elle m'a tout de même écrit un pavé.
J'appréhende un peu quant à savoir de quoi je vais bien pouvoir parler avec ton couple d'amis et les autres personnes présentes, sachant que je serai la seule lycéenne dans le lot (à moins que je ne me trompe). Et puis, vu qu'il s'agit d'un événement, je suppose qu'il y aura probablement des paps. Or, je n'ai jamais été confrontée à eux étant donné que toi et moi avons réussi à rester discret au cours de cette semaine passée. C'est surtout ça que j'ai du mal à envisager de façon sereine. D'autant plus que j'aurais des talons aux pieds et avec la chance que j'ai, je risque de me casser la figure devant eux. Je suis presque prête à parier là-dessus et pourtant je déteste les paris. C'est pour dire. -.-'
Je vois. Je prends une gorgée de mon café tout en inspirant un petit coup, le temps de réfléchir à une réponse. Une réponse simple qui pourrait l'aider à se détendre un peu. Cela se sent qu'elle n'est effectivement pas habituée à tout ceci. Mais ça devrait aller mieux une fois que nous aurons fait quelques événements officiels, au bras l'un de l'autre. Contrairement à ce que l'on peut croire, le monde du business, des strasses et des paillettes n'est pas aussi fou que ça. La seule différence avec le monde normal, si je puis dire ainsi, c'est le montant qu'affiche le compte bancaire des personnes qui en font partie et le côté matérialiste qui n'en est que décuplé. Mais mis à part ça, c'est un monde tout à fait banal et même pire, superficiel.
Ne t'en fais pas Bree. En ce qui concerne mes amis, ils sont gentils et les jeunes femmes qui les accompagnent sont charmantes. De plus, Eleanor a beaucoup de points communs avec toi en matière de littérature. Vous trouverez de quoi discuter, j'en suis certain.
Je clique sur envoyer et attends l'accusé de réception du message avant de continuer.
Quant aux « paps », je ne vais pas te mentir en te disant qu'avec un peu de chance il n'y en aura pas, car c'est faux. Il y en a toujours. Mais rien d'ingérable. Pas tant que tu n'es pas seule. Alors aucun souci à te faire. Je ne te laisserai pas tomber. C'est promis. Je tiens trop à ma bonne réputation pour ça. ;)
J'émets un rire en relisant le message. Je m'imagine bien la moue qu'elle doit faire en lisant ma réponse. La sienne est presque immédiate.
Merci Hari...Moi aussi je t'aime...Babe.
Avec plaisir. Et si jamais tu en arrivais à tomber, ne t'en fais pas. Je m'assurerai à ce que tu le fasses seule pour ne pas me ridiculiser avec toi. ;)
Fais gaffe. Parce que qui dit talon, dit arme de pointe. Je n'hésiterai pas à te viser là où je pense si jamais tu m'embêtes trop !
Au secours. J'ai peur.
Silence. Je finis mon déca et allume une cigarette sur laquelle je tire une longue bouffée. Nouveau message. L'un de ceux qui marquent le retour à la normale et au sérieux, même si l'on aimerait que la situation relaxe dure encore un peu.
Je vais te laisser. Il faut que je prenne des forces pour mon entrée dans le « Grand Monde », ou ce que j'appelle plus familièrement « l'Arène ».
On n'est pas dans Gladiator, tu le sais ça, hein ?
Non sans rire ? :o
Je lève les yeux au ciel tout en tirant une nouvelle bouffée.
Ouais sans rire. Le monde du business, des strasses et des paillettes.
Le pays du grand bonheur illusoire, où tu pleures mais t'arranges pour ne pas te faire voir.
Exactement !
...Ton monde...
Je ne peux réprimer le sourire qui se dessine sur mon visage en lisant ses deux mots. Oui. Mon monde.
Et bientôt le tiens.
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