Hari
— Mon dieu quel changement !
Je sens mes lèvres s'étirer en un sourire en coin tandis que je lève les yeux au ciel et remets mon manteau. Brianna se tient à mes côtés un air surpris et enthousiaste sur le visage. Cela doit faire dix bonnes minutes qu'elle reste là, à regarder mes cheveux comme si elle n’en revenait pas.
— Satisfaite du résultat ?
— Carrément ! (Une lueur taquine parcourt son regard.) Je trouve même que ça fait beaucoup plus mature et viril.
— Dis que j’avais une tête de fille pendant que tu y es, je ne te dirai rien.
— Eh bien…
— Ok d’accord. Merci Bree.
Elle me répond d’un rire espiègle. Je secoue la tête et lève une fois de plus les yeux au ciel tout en réglant la note, avant de prendre la direction du bureau main dans la main avec Bree. Au départ j’avais prévu de l’emmener à la maison mais vu l’heure déjà bien avancée, ce sera repas italien au bureau. Ceci devrait nous éviter de perdre trop de temps et de céder à la tentation de faire certaines choses, enfin…Normalement. Tout dépendra de Bree qui semble d’humeur joueuse et tentatrice ce matin. Non pas que cela me déplaise, bien au contraire. Et cela me plairait d’autant plus si je n’avais pas ce stupide pari en tête.
— Allô Hari, ici la Terre ! (Je tressaute et baisse mon regard vers Brianna.) Je ne sais pas ce que tu as ce matin mais tu n’es clairement pas avec moi. (Elle s’approche. Son souffle tiède caresse ma peau.) Je pense avoir une petite idée, ajoute-t-elle souriante.
Un frisson de plaisir me parcourt l’échine. Le bat de mon corps se tend subitement et douloureusement. Bordel de merde. Le sourire de Bree s’agrandit. Elle me tire jusqu’à l’intérieur de l’entreprise devant laquelle nous venons tout juste d’arriver, salut Elena sans me lâcher la main (après tout, à quoi bon ?) et m’entraîne dans l’ascenseur avec elle. Les portes à peine refermées derrière nous elle appuie sur le bouton stop, de façon à ce que nous restions là où nous sommes, et se place face à moi son corps tout contre le mien.
Elle plaque ses lèvres contre les miennes avec ferveur. Je glisse un bras autour de sa taille. Un râle rauque s'échappe de mes lèvres. Je resserre mon emprise autour de son corps et la soulève à l'aide de mon bras libre. Ses jambes viennent immédiatement encercler ma taille tandis que j'inverse nos positions. Elle contre le mur de l'ascenseur, moi entre ses jambes. p****n. Ce que c'est bon de pouvoir l'embrasser ainsi sans retenue, sans avoir peur d’être surpris par qui que ce soit. Avec l'article paru ce matin, ce n'est plus qu'une question de temps avant que les gens autour de nous ne comprennent quelle heure il est.
Bree se détache un peu de moi, plongeant son regard enivré et enivrant dans le mien. Sa respiration rapide, son souffle saccadé, ses joues en feu et ses lèvres légèrement enflées lui donnent un petit quelque chose à la fois doux et sauvage, ce qui la rend d’autant plus excitante. Nous nous fixons en silence, le temps de reprendre notre respiration.
— J'ai envie de toi.
J'ai envie de toi...Des mots soufflés d'une voix basse, presque inaudible.
— Moi aussi. (Bordel. Elle n'a pas idée à quel point. Depuis la minute où j'ai posé mon regard sur elle. Est-ce cliché ? Oui. Con ? Carrément. Est-ce que j’en ai quelque chose à foutre ? Absolument pas.) Cependant, je ne pense pas qu’une première fois dans un ascenseur soit l’idéal.
Elle acquiesce, un sourire sincère aux lèvres.
— Pas faux.
Je l’embrasse furtivement et me détache d’elle à contre cœur. Elle en profite pour passer une main dans ses cheveux tandis que j’appuie sur le bouton pour relancer l’ascenseur qui monte presque instantanément jusqu’à notre étage.
— Il n’empêche que je n’oublie pas que tu m’as promis que nous aurions des moments torrides lorsque nous l’aurons fait, ajoute-t-elle.
Elle s’approche de moi, passe subtilement un bras autour de ma taille et glisse allègrement sa main jusqu’entre mes jambes où elle serre, fort. Je sens ma respiration se bloquer quelques instants tandis que la bosse dans mon pantalon se durcit. Elle cale la tête dans le creux de mon cou, sourit contre ma peau qu’elle embrasse lentement, dans de petits mouvements tortueux. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent à ce moment-là. Elle se détache de moi, m’adresse un clin d’œil et sort comme si de rien n’était. Je prends une grande inspiration que j’expire tout aussi vite, avant de suivre le mouvement le plus calmement possible. Vivement que je puisse lui rendre la pareille.
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Brianna
Hari et moi passons l’heure du déjeuner confortablement installé dans son bureau où il a fait livrer un repas, venu tout droit d’un petit restaurant italien Chez Maurizio. Nous en profitons pour parler du dîner de ce soir. J’ai du mal à croire que nous y sommes presque déjà. La semaine est passée tellement vite que je n’ai pas l’impression que trois jours entiers se sont écoulés depuis lundi, et pourtant.
— Quel est ton programme de l'après-midi ? me demande-t-il en allumant une cigarette.
Je prends une bouchée de mon tiramisu tout en répondant d'un haussement d'épaules.
— Je pense essayer de lire un maximum de manuscrits afin de pouvoir m’occuper de l’écriture et de l’envoi des mails, pendant mon temps libre en Europe.
Il expire une taffe, son regard d’un vert émeraude intense rivé sur moi.
— Bonne idée. (Nous échangeons un sourire furtif.) Café.
J’acquiesce. Il écrase sa cigarette tandis que je finis mon tiramisu, puis nous allons nous chercher deux cafés que nous prenons le temps de boire, tranquillement, sous le regard curieux de quelques employés. La pause finie, je l’embrasse au coin des lèvres et regagne mon bureau où ce qui semble être une sorte de remake de Frankenstein, version vingt-et-unième siècle, m’attend. J’aurais bien aimé rester avec lui pour le reste de l’après-midi, mais cela n’aurait pas été raisonnable. Et puis, ce n’est pas non plus comme si nous n’allons pas avoir le temps de batifoler dans les jours qui viennent au contraire. Je ne peux m’empêcher de rire à cette idée. Quand je repense à notre échange enfiévré dans l’ascenseur, je n’ose imaginer ce que ce serait si nous passions la journée ensemble.
Lorsque j’entre dans mon bureau, Kelly est là, une pile de manuscrits en main.
— Mr. Stanford et vous, j’en étais sûre ! s’exclame-t-elle enthousiaste.
— Laissez-moi deviner...Vous avez lu l'article intitulé « Les Amants de New York », c'est ça ?
— Oui, comme à peu près la moitié de l’entreprise.
Supercalifragilistiexpialidocious. La moitié de l’entreprise, carrément. J’attrape les manuscrits et vais m’asseoir derrière mon bureau. Kelly porte les mains à ses hanches, une lueur curieuse dans le regard.
— Depuis combien de temps cela dure-t-il ? me demande-t-elle.
— Un peu plus d’une semaine. Nous avons commencé à nous fréquenter peu de temps après mon entretien, je réponds en toute franchise.
— Mr. Stanford adepte des coups de foudre ? Intéressant !
Je ris furtivement avant d’ajouter :
— Je compte sur vous pour rester discrète là-dessus.
— Ne vous en faîtes pas, motus et bouche cousue. Je ne tiens pas à me faire botter le derrière par le patron. (Elle m’adresse un sourire complice tout en jetant un coup d’œil à sa montre.) Il faut que je m’y remette, autrement ce n’est pas avec le big boss que je vais m’attirer des ennuis mais avec ma charmante collègue. Je vous vois tout à l’heure.
— D’accord.
Sur ce, elle sort de mon bureau prenant soin de fermer la porte derrière elle. Sacrée Kelly. Je suis rappelée à la réalité par la sonnerie du téléphone. Prenant une petite inspiration, je m’humecte furtivement les lèvres et attrape le combiné, curieuse de savoir qui cela peut-il bien être.
— Brianna Andrews à l'appareil, que puis-je faire pour vous ?
Silence. Absolument aucun bruit hormis celui de la respiration de la personne à l'autre bout du fil. Un frisson désagréable me parcourt le corps mais je reste calme. Pas de quoi paniquer. Il ne s'agit probablement là que d'une mauvaise blague.
— Brianna Andrews à l’appareil, je répète calmement, que puis-je…
— p*****e.
Pétasse...Pardon ?
— Qui est à l'appareil ? (Nouveau silence.) Qui est à…
— On se verra. Bientôt.
La personne me raccroche au nez. Je garde le combiné contre mon oreille, comme statufiée. C'est quoi ce bordel ?
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