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1 Villa Palatine — en périphérie de Melbourne — Australie La lumière l’éblouit. Il cligne des yeux, offre son visage aux rayons du soleil. La chaleur naissante lui redonne force et vigueur. Les narines palpitantes, il aspire goulûment l’air déjà tiède. Il entrouvre les lèvres comme pour happer la douceur de ce matin de septembre. Il est beau, d’une beauté renversante. Il est beau, d’une beauté douloureuse, un pli amer au coin de la bouche. Son regard bleu métal s’égare au loin, au-delà du jardin luxuriant, là où il ne va plus. Keith Baldelli dit Balde était peintre, génie précoce à la Rimbaud. À vingt ans, ses toiles torturées révolutionnaient le milieu artistique. À vingt-cinq, elles se vendaient à prix d’or. Balde par ci, Balde par là, on tenait le nouveau Picasso ! Mais une nuit étoilée le conte de fées s’est brisé net. À trente ans, symbole d’une réussite fulgurante, objet des attentions de tous les médias, la figure de proue du Nouvel Art a été cassée en deux, broyée à tout jamais. Au retour d’une exposition à Rome en Italie, berceau de sa famille, son jet s’est écrasé sonnant le glas de sa notoriété. À quarante ans, Keith Baldelli n’appartient plus aujourd’hui à la communauté des vivants. Il se terre solitaire à l’écart du monde. Depuis dix longues années. Depuis qu’un corset de fer enserre son torse. Depuis qu’il se déplace en fauteuil roulant. Depuis qu’il est infirme. Difficile de pardonner au destin un coup du sort injuste et si cruel ! ***
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