-Sonia
Je viens de finir de refaire mon CV avec mon père. Ce pays est tellement archaïque que les lettres de motivation j’ai dû les rédiger à la main. Ces vieux dinosaures à la tête des entreprises n’acceptent pas les demandes rédigées en machine “c’est pour les paresseux” selon eux.
Après avoir envoyé mon CV et lettre de motivation aux entreprises dont je disposais des boîtes mails, j’ai apprêté les enveloppes des entreprises vieux-jeu qui ne savent pas qu’aujourd’hui on laisse ses coordonnées sur la toile afin d’éviter les déplacements inutiles.
Comme je dois tout faire en taxi, j’organise mes déplacements en fonction des positions géographiques. Il fait affreusement chaud ce n’est pas possible.
Papa : tiens, 20.000f. C’est pour aller déposer tes dossiers. Comment tu t’es organisée aujourd’hui ?
Moi : je vais dans la commune d’Owendo. Demain celle d’Akanda et ensuite Libreville mais en deux jours.
Papa : et pourquoi ?
Moi : je suis en taxi sous le soleil aniangoulé (chaud soleil) de Libreville. Je vais aller déposer les dossiers en sueur ?
Papa : c’est toi qui vois. Si tu veux que je t’avance, je démarre dans 5mn.
Moi : je suis prête.
Maman : viens on va d’abord prier pour l’enfant.
Avec la bénédiction de mes deux parents, je suis sortie de la maison à la recherche de mon avenir.
[Sonnerie de téléphone : ma raison de vivre]
Moi : oui bébé.
Damien : ça avance ?
Moi : j’ai fini.
Damien : je viens te chercher ?
Moi : ça ne sera pas de refus.
Damien : je suis là dans 5mn, mets-moi à l’ombre.
Moi : merci ma vie.
Clic !
Heureusement j’ai pris les enveloppes d’Akanda. Il va aller me déposer, je n’ai que trois entreprises à faire.
Il était tout beau lui aussi. Comme moi, il dépose ses dossiers dans des entreprises et administrations de la ville. Nos parents peuvent bien nous aider mais ils veulent qu’on “apprenne la valeur du travail”.
Bref on a fini la journée chez lui à discuter de tout et rien.
Quand tu es habituée à vivre avec ton homme, chez vous dans votre petit confort et vos habitudes et que tu te retrouves à vivre chez les parents sans lui… c’est dure !
Pamela avec un large sourire : mon grand frère chéri, tu peux accompagner ta petite sœur préférée faire des courses ?
Damien : même pas en rêve ! Si tu veux je te donne les sous du taxi.
Pamela : s’il te plaît mon Damichou d’amour. Ma biscotte, mon pain au chocolat, ma…
Damien : c’est bon.
Pamela ravie : merci !
Damien à moi : tu viens ?
Pamela mécontente : c’est devenu ton permis de conduire ?
Damien d’un ton ferme : ma carte grise, mon passeport, tout.
Pamela en roulant des yeux : bref ! Je t’attends dans la voiture.
Madame était assise devant. Je m’en fiche moi de la place, du moment que je sois dans cette voiture…
Pamela : on va à Score.
Damien : pourquoi précisément là-bas ?
Pamela : parce qu’ils sont en promotion. Tu as un problème avec ce magasin ?
Il n’a pas répondu mais je connais assez bien mon homme pour savoir que quelque chose clochait. On a roulé jusqu’au magasin avec la musique de son Altesse Pamela.
Pamela : je t’ai demandé de venir parce que j’avais besoin de tes conseils.
Damien : lesquels ?
Pamela : si tu ne voulais pas m’aider il fallait le dire, tu fais toute une histoire pour je ne sais même pas.
[Silence]
Pamela : tu viens ou pas ? Il y a plusieurs caisse on n’est pas obligés de…
Damien énervé : c’est bon on y va.
Pamela : on peut avoir un peu d’intimité genre frère et soeur ? Je n’ai pas forcément envie que tout le monde sache ce que je suis venue acheter. Même si on sait tous que tu iras lui dire. Je peux s’il te plaît Damien pour une fois avoir un tête-à-tête avec toi ? C’est possible ?
Moi : je vais retirer des sous en face.
Sérieux. J’avais envie de lui faire le remix de Casa quand je l’ai sérieusement frappée. Mais ce n’est que partie remise.
Je ne suis pas allée retirer des sous. J’ai attendu quelques minutes avant d’appeler et demander à Damien de me prendre des trucs dont je n’avais même pas besoin, en sachant qu’il n’avait pas son portefeuille.
Damien : bah viens.
Moi : je pensais que ta sœur…
Damien : Sonia viens.
Moi : tu es sûr ?
Damien : écoute tu fais ce que tu veux.
Clic !
Je me demande bien ce qui l’énerve autant à l’intérieur. Je me suis empressée de les rejoindre mon panier en main afin de les remplir de quelques bêtises. C’est quand on est passé en caisse que ma lanterne s’est éclairée. Pamela a choisi la queue de la fille qu’on avait vue à la pâtisserie la dernière fois exprès.
Pamela heureuse : ma chérie ! On dit quoi ?
La caissière un peu gênée : ça va et toi ?
Pamela : tu me demandes hein. Tu as seulement pris tout le monde que douah (moi-même je ne sais pas comment expliquer cette expression) dans le même panier. Est-ce que c’est comme ça ? Sinon ça va ?
La caissière : on fait comme on peut.
Pamela : je rentre la semaine prochaine, donne-moi ton numéro je t’appelle.
Elle se sont échangées les contacts.
Pamela : bisou ma belle. Tu es devenue encore plus belle comme ça, il faut lui dire qu’on est de retour et qu’on viendra te chercher.
Elle a juste souri et s’est occupée de mes articles. Aucun regard, aucun mot ni geste. Rien de rien. Elle nous a traités comme des clients ordinaires.
Elle : Madame je pourrais avoir 100f s’il vous plaît ?
Moi à mon homme : bébé tu as des pièces ?
Damien tendu : tu sais bien que non.
Je l’ai regardé quelques secondes car je n’ai pas compris la partie “agacement”.
Moi à la caissière : je n’en ai pas désolée.
Elle : je peux vous donner des allumettes ?
Moi : allez-y.
C’est tout le cinéma des RETENO qui m’a mis la puce à l’oreille, sinon la caissière était zen.
Elle en me souriant : merci, bonne journée.
J’ai pris mon sachet et je suis sortie. Damien était plus qu’en boule, c’est la deuxième fois qu’il la voit et réagit de la sorte.
Pamela : on peut faire un tour chez Paul.
Damien : je suis fatigué.
Pamela : on ne dure même pas.
Damien : Pamela !
Pamela : mais pourquoi tu es tendu comme ça ? C’est parce que tu l’as vue ?
[Silence]
Pamela : mieux laisse-moi descendre pardon. “Je suis passé à autre chose, je suis passé à autre chose” qu’est-ce qui t’énerve là maintenant ?
[Silence]
Pamela : et demande à ta personne d’arrêter de nous suivre. Je ne veux pas qu’elle sache ce que je prépare qu’elle le comprenne.
Damien : …
Pamela : toujours accrochée comme une sangsue tu ne peux pas appeler ton frère ses oreilles sont déjà là, tu veux sortir avec ton frère elle est déjà. Y en a marre à la fin.
Damien : …
Pamela : si elle veut quelque chose qu’elle remette déjà l’argent tu lui prends ça.
Moi : Pamela je suis dans la voiture avec toi hein !
Pamela : c’est ce que je disais. On ne peut pas parler à son frère, les gens sont déjà là.
Sincèrement, c’est parce qu’après notre bagarre ma belle-mère m’avait appelée pour bien me menacer et m’insulter. Parce que façon j’avais envie de fracasser sa tête contre le tableau de bord…
Plus la réaction de mon homme. C’était la première fois qu’il se mettait ainsi en colère contre moi. Et pourtant la peste avait tort hein.
Bref ! Tout ça pour dire que je “prends de la hauteur” depuis cet incident, mais viendra un jour je vais encore la boxer. Et ce jour j’aurais raison sur toute la ligne parce que j’aurais trop supporté.
Madame nous a fait tourner dans la ville et pour une raison que j’ignore son frère s’est laissé embarquer dans son délire. Il n’y a qu’elle qui savait ce qu’elle manigançait. Du coup je n’ai pas pu profiter de mon homme, il m’a déposée à la maison.
Moi : rentrez bien.
Damien : je t’appelle dès que je rentre.
On s’est fait la bise et je l’ai laissé partir.
Mes parents m’attendaient pour le compte rendu de la journée. On a mangé, j’ai planifié ma journée de demain, ma douche et au lit.
[Sonnerie de téléphone : ma raison de vivre]
Moi en baillant : oui bébé.
Damien : tu dors déjà ?
Moi : je suis déjà au lit. Demain j’ai une longue journée.
Damien : bah je te laisse alors.
Moi : attends ! C’était qui la fille à Score ?
Damien sereinement : mon ex.
Moi : celle avec qui ta mère et ta sœur veulent te réconcilier ?
Damien : de quoi tu parles ?
Moi : est-ce que je dois m’inquiéter Damien ? Est-ce que ton ex est une potentielle menace ?
Damien : tu sais bien que non.
Moi : je te crois sur parole alors.
Damien : d’où tu sors cette histoire de ma mère et ma sœur ?
Je lui ai fait le résumé de la scène chez ses parents. Il n’a rien dit, m’a juste rassurée que je n’avais rien à craindre et je l’ai cru. C’est mon homme, j’ai pleinement confiance en lui.
Damien : on ne se verra que ce week-end je serai pris en semaine.
Moi : cool.
Damien : je t’aime.
Moi : moi aussi.
Je me suis endormie le cœur serein.
-Damien
Le matin je dépose mes dossiers et en après-midi je suis avec mes potes ou ma famille. Je préfère éloigner Sonia jusqu’au départ de Pamela pour éviter les frictions.
Elles ne se sont jamais entendues et si Pamela n’aime pas quelqu’un, ce n’est pas Angéla ou leur mère qui l’aimera et ça va dans tous les sens. Tu te mets une à dos, tu te les mets toutes à dos. Pire encore après qu’elles se soient battue au Maroc.
Pamela : je fais des crêpes tu en veux ?
Moi : quelle question !
Je l’ai suivie en cuisine déguster les meilleures crêpes du monde mondial.
Moi : c’était quoi la scène hier avec Anita ?
Pam : c’est à toi qu’on pose la question. C’est ton ex pas ton ennemie que je sache. Dès l’instant où tu as entendu “Score” tu es devenu nerveux.
Moi : je parle de tes allusions et surtout devant Sonia. Tu aurais aimé qu’on te fasse ça ?
Pam : je t’ai demandé de la laisser, je lui ai demandé de ne pas nous suivre.
Moi : là n’est pas la question.
Pam : dis-moi la vérité, tu n’aimes plus Anita ? Tu n’as rien ressenti en la revoyant ?
Moi plus fermement : là n’est pas la question.
Pam : toute la question est là. Sincèrement tu t’es mis une seule fois à sa place ? Elle venait de subir une injustice et maman la menaçait tu voulais qu’elle fasse quoi ? Ce n’est même pas comme si toi-même tu avais un revenu.
Moi : …
Pam : elle n’a personne et tu devines aisément que c’est à cause de toi. Sinon Anita est trop belle, elle pourrait avoir tous les hommes qu’elle veut.
Moi : c’est pour ça que tu complotes avec maman contre Sonia ?
Maman : maman a fait quoi ?
Moi la regardant : je sais ce que vous projetez de faire ta fille et toi ? Ne le nie pas, Sonia vous a entendues.
Maman : elle a entendu quoi ? Comment ? Quand ? Ta copine a quel problème avec ta famille ? Elle espionne maintenant les gens ? Mais ça veut dire quoi ça ?
Moi : maman…
Maman : je n’aime pas les esprits de division tu m’entends ? Qu’est-ce qu’elle a à espionner les gens ? Les oreilles toujours partout dans la maison des gens pour ensuite aller faire le kongossa. Quand elle vient te rapporter cette conversation qu’elle a espionnée, c’est quoi le but ?
Moi : …
Maman : je n’aime pas ce genre de comportement Damien. Après c’est pour dire “maman n’aime pas ma petite amie”.
Moi : juste pour savoir maman, qu’est-ce que tu lui reproches à Sonia ?
Pam : elle est fausse.
Maman : et il n’y a que toi pour ne rien voir. Tu es l’aîné, Sonia ne peut pas à chaque se chamailler avec tes petits frères, semer la zizanie. Avec ses airs de faux semblant.
Moi : peut-être maman que tu devrais me choisir une copine. Vu que je ne suis pas capable de trouver une petite ami “convenable” vas-y maman, fais-le.
Maman : je pense à ton bonheur.
Je ne voulais même pas en parler. Je les ai laissées dans la cuisine.
—
Le corps humain est assez étrange. Tu penses une blessure cicatrisée, il suffit d’un petit frôlement et hop ! La blessure est de nouveau grandement ouverte.
Je n’ai jamais digéré ma séparation avec Anita, la manière dont elle s’est prise. Je comprends les motivations, je parle de la forme. Je ne lui pardonne pas même si je dois l’avouer, j’ai longtemps espéré qu’elle me rappelle.
Aujourd’hui je suis avec Sonia. Quand je m’engage c’est du sérieux. Sonia a ses défauts mais aussi ses qualités, 5 ans ensemble et on eu nos hauts et nos bas comme tout le monde. Mais voilà ! On est là, c’est ma copine et j’ai énormément de respect pour elle.
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Ce samedi Sonia veut sortir décompresser un peu. Surtout que Pam est retournée au Maroc. Madame veut aller à l’ouverture d’un restaurant à Luis et finir en boîte. Faisons ça alors.
Le restaurant était propre, classe et j’aimais surtout la décoration aux motifs typiquement africains. Les serveuses étaient polies et professionnelles. En tout cas on passait un agréable moment jusqu’à ce qu’elle arrive au bras d’un homme.
Honnêtement je dois me l’avouer j’ai senti un petit picotement au cœur. Vu comment il la regardait, lui parlait et elle qui lui souriait. Ça m’a soûlé. Le comble c’est qu’elle m’a totalement ignoré.
Moi mal à l’aise : on peut y aller ?
Sonia : j’avais l’intention de commander un glace.
Elle a levé la main pour héler une serveuse.
Moi : tu peux la prendre ailleurs.
Sonia : bah tant qu’à faire, demande lui son programme de la soirée comme ça au moins on est sûr de ne plus tomber sur elle.
Moi : de quoi tu parles ?
-Sonia
En 5 ans, c’est la première fois que j’ai autant peur de perdre mon mec. Mon cœur n’est pas en paix. Pourtant des secousses on en a connues, je n’ai jamais été ébranlé mais là pour une raison que j’ignore, cette fille me fait peur.
On a continué notre soirée, je forçais mais le cœur n’y était pas. Damien m’a parlé de sa toute première copine et celle après mais jamais de cette Anita. Pourquoi ? Pourquoi il est toujours autant en colère en sa présence ? Qui est-elle ?
A 2h nous sommes rentrés chez lui, à peine il refermait la porte de sa chambre que je me jetais sur lui. Il m’a repoussée gentiment.
Damien : je suis fatigué bébé. Plus tard peut-être.
Maintenant je connais la frustration que les hommes ressentent quand on leur dit non. Et pourtant c’était un “gentil non” accompagné d’un b****r, mais la douleur que tu ressens quand même…
Damien : bonne nuit !
Moi : tchip !
C’est sorti seul.