
Un an auparavant, après avoir quitté un établissement psychiatrique, Raine avait été envoyée dans un orphelinat. Ce lieu n’avait rien d’un foyer chaleureux, encore moins pour une fille comme elle. Sa vie continua ainsi, terne et silencieuse, jusqu’à cette nuit qui bouleversa tout, la nuit où leurs chemins se croisèrent. La voiture s’immobilisa brusquement. Sous sa couverture qu’elle agrippa instinctivement, Raine sentit la peur monter, persuadée d’avoir commis une faute. Lorsqu’il approcha sa main, elle se raidit, l’esprit envahi par une seule crainte : allait-il la frapper ? Un frisson lui parcourut le dos. Pourtant, au lieu de la brutalité qu’elle redoutait, Torak repoussa doucement la capuche qui dissimulait son visage et remit délicatement une mèche de cheveux derrière son oreille. D’une voix ferme, il lui dit de ne plus se cacher, qu’il voulait voir son visage.Bien avant cela, une prophétie avait été prononcée : l’essence d’anges gardiens renaîtrait dans des enfants humains, et trois d’entre eux reviendraient sur Terre. La mission confiée aux trois lycanthropes était de veiller sur eux. Lorsque cette annonce fut faite, Jedrek réagit avec colère et incrédulité. Il s’éloigna de la déesse de la lune, les yeux brillants de rage, tandis que la fureur de son loup grondait en lui. Kace, plus jeune mais tout aussi dangereux, demanda pourquoi ils devraient aider qui que ce soit. Tous trois portaient une malédiction imposée par Séléné, punis pour leur ambition démesurée et leur soif de domination. En châtiment, la déesse les avait privés de compagnes et les avait forcés à prendre part à une guerre sanglante contre les démons.Torak, outré, refusa l’idée de servir des êtres qu’il jugeait faibles et insignifiants, allant jusqu’à demander si la déesse n’avait pas peur qu’ils les détruisent. Les anges gardiens renaissants seraient vulnérables, et les lycanthropes méprisaient la faiblesse. Séléné répondit calmement qu’ils ne deviendraient pas des serviteurs, mais qu’ils ne pourraient pas non plus leur faire du mal ; au contraire, ils les protégeraient et les chériraient. Jedrek laissa échapper un rire sombre, persuadé qu’il agirait comme bon lui semblerait une fois libre de ses mouvements. Il affirma même qu’il serait la dernière personne que ces êtres verraient lorsqu’il les retrouverait. Mais la déesse, presque amusée, mit fin à ses illusions en lui révélant une vérité qu’il ne pouvait éviter : l’un d’eux était destiné à devenir son âme sœur, et il lui serait impossible de lui faire le moindre mal.

