Chapitre 6

573 Mots
Chaque goutte de pluie s’accrochait à son visage, mêlée à la brume qui glissait sur la ville comme un voile humide et gris. Raine rabattit le sweat-shirt sur sa tête, un geste vain face à la pluie persistante, tandis que ses cheveux noirs, raides et trempés, lui collaient au visage, accentuant la pâleur de sa peau. Elle avançait avec prudence, les yeux rivés sur le bitume, scrutant les semelles des passants pour éviter tout contact visuel. Lever les yeux signifiait souvent croiser des présences que nul autre ne percevait, des formes obscures qui rôdaient silencieusement et l’observaient, invisibles pour tous sauf elle. Depuis sa sortie de l’hôpital psychiatrique, un an plus tôt, Raine avait appris à ignorer ces créatures. Fixer ses chaussures devenait une stratégie : les entités ne semblaient exister que lorsqu’on les voyait. Pourtant, la tension dans ses épaules trahissait la peur constante, surtout par une nuit pluvieuse où la solitude la rendait encore plus vulnérable. L’orphelinat où elle vivait parlait d’agoraphobie, une explication clinique de ses crises de panique qui permettait à Raine de ne pas révéler l’existence de ce qu’elle voyait réellement. Ce soir-là, c’était pour livrer les médicaments de Mme Sullivan, en rupture de stock, qu’elle avait bravé la pluie et l’obscurité. Le sac, pressé contre sa poitrine sous son sweat-shirt marron, était son unique lien avec un devoir urgent. Arrivée au passage piéton, elle appuya sur le bouton et leva un instant la tête : le feu clignotait vert. Sans perdre de temps, elle s’élança, traversant la rue, inconsciente de la présence qui les observait à quelques mètres. Dans le SUV noir, Raphaël et Calleb étaient encore concentrés sur Torak, installé sur la banquette arrière. — Un partenaire ? osa Calleb, incrédule. Alpha, tu plaisantes… impossible. Le regard de Torak s’abattit sur lui, glacé et impitoyable. Le jeune homme frissonna, ses paroles étouffées par la peur qu’elles pourraient lui coûter cher. Il inclina la tête, docile, ses doigts jouant nerveusement l’un contre l’autre. Raphaël, dans le siège conducteur, observait l’Alpha à travers le rétroviseur, bouche entrouverte, incapable de formuler quoi que ce soit. Les paroles de Torak avaient ébranlé même le Bêta le plus aguerri. Puis, à travers un instant de distraction, Calleb remarqua le feu rouge. Il espéra que Raphaël le verrait et agirait, mais la voiture poursuivait sa trajectoire. Le souffle de l’horreur traversa ses yeux : une jeune fille au sweat-shirt marron venait de s’engager sur le passage piéton. — Merde ! murmura-t-il entre ses dents, réagissant avec la vitesse d’un loup-garou. Son pied heurta celui de Raphaël, déclenchant un freinage brutal qui dévora l’asphalte dans un crissement métallique. La voiture s’arrêta à quelques centimètres de la fillette. Raine, sous sa capuche et ses cheveux trempés, s’éloigna aussitôt, saine et sauve, courant avec la précipitation de celui qui sait qu’il vient d’échapper à un danger mortel. — Ne te laisse pas distraire par notre Alpha, grogna Calleb à Raphaël, encore sous le choc. Tu aurais pu la tuer. Avant que Raphaël ne réponde, le bruit soudain d’une porte qui s’ouvrait et se refermait résonna dans la nuit. Leur Alpha surgit sous la pluie, silhouette sombre et imposante. — Et maintenant ? s’inquiéta Calleb en jetant un regard à Raphaël. — À terre ! ordonna le Bêta, se glissant hors du véhicule pour rattraper Torak sous l’averse. — Descendre… maintenant ? Il pleut ! grommela Calleb, détachant sa ceinture, mais il n’avait pas le choix.
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