La pluie tombait sans relâche, frappant la terre et la carrosserie du SUV, tandis que Torak fixait Raine avec une intensité presque douloureuse. Les traits de son visage se crispaient, son souffle saccadé par la lutte intérieure contre l’instinct sauvage qui grondait en lui. Lentement, il ferma les yeux et, par un effort de volonté inouï, reprit le contrôle de sa nature lupine.
Il rouvrit les yeux, et le noir abyssal qui les avait dominés quelques instants plus tôt céda la place à un bleu océan d’une profondeur hypnotique. Raine leva les yeux, incrédule, ses pupilles d’onyx reflétant un mélange de peur et de fascination. Une fraction de seconde suffit pour qu’elle comprenne que la poigne qui l’avait retenue venait de s’adoucir. Son corps frêle se détendit légèrement, mais elle restait prisonnière de l’aura imposante de l’homme.
— Je ne te ferai pas de mal, murmura Torak, ses mots porteurs d’une sincérité rare et d’une urgence silencieuse.
Le contact de ses bras puissants, contre lesquels elle se laissa tomber, lui procura un étrange mélange de sécurité et de vertige. Le parfum unique de Torak flottait autour d’elle, éveillant une chaleur qu’elle n’avait jamais ressentie. Et lui, pour la première fois depuis des siècles, sentit une sérénité inédite envahir sa poitrine. Chaque fibre de son être, humaine et lupine, vibrait à l’unisson avec celle qu’il reconnaissait comme son âme sœur.
Un pas sur le gravier fit tressaillir Torak. Son corps se raidit, un grognement guttural échappant à sa gorge comme un avertissement primal. Raphaël avançait sous la pluie, tenant un parapluie d’une main.
— Torak… c’est moi, tenta-t-il, mesurant chaque mouvement. Lâche-la.
Torak resserra son étreinte, ne parvenant plus à doser sa force. Raine grimaça sous la pression, incapable de se libérer complètement, tandis que son loup intérieur menaçait de prendre le dessus. Le combat contre cette part bestiale le laissait vulnérable, mais sa détermination à protéger son âme sœur était absolue.
— Tu vas lui faire du mal si tu continues, insista Raphaël, le ton ferme mais mesuré. Elle est trempée, Raine va tomber malade si nous restons ici.
Les yeux de Torak vacillèrent un instant, laissant entrevoir un rouge incandescent avant de retrouver leur bleu limpide. Ses lèvres se pincèrent en observant la jeune fille, frêle et glacée par la pluie, et la décision fut instantanée.
— Elle vient avec nous, annonça-t-il avec l’autorité inébranlable qui caractérisait chaque geste de son existence.
Raphaël secoua la tête, tentant d’imposer la raison.
— Ce n’est pas ton domaine, Torak. Tu ne peux pas agir ainsi. Elle a peut-être encore des attaches ici…
Un grognement, sourd et puissant, coupa toute objection.
— Elle est orpheline, Raph ! cria Torak avec une force qui fit trembler la pluie autour d’eux. Je m’en fiche des règles et de ceux qui pensent commander ici. Ma compagne part avec moi.
Raine, enveloppée par la chaleur de son étreinte et la force tranquille de sa décision, sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale. Pour la première fois, elle comprit qu’aucune tempête, ni pluie ni peur, ne pourrait jamais séparer ce lien qui venait de naître.