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L'empire de la louve bannie

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Elyra, une jeune louve au cœur généreux, accepte de sacrifier sa virginité pour sauver sa sœur Myriam, qu’elle croit mourante. Mais elle découvre bientôt qu’elle a été manipulée : Myriam a simulé sa maladie afin d’écarter Elyra de la sélection organisée pour choisir l’épouse du prince Elioth. Lorsque celui-ci rencontre enfin Elyra, il reconnaît en elle sa véritable âme sœur. Cependant, convaincu qu’elle s’est volontairement donnée à un autre homme, il la rejette et choisit Myriam comme future reine. Trahie par sa famille, abandonnée par son compagnon destiné et bannie de son royaume, Elyra se retrouve seule et désespérée. Après une fuite périlleuse qui manque de lui coûter la vie, elle est sauvée par Golman, un mystérieux guerrier vivant à Dovah. Loin des mensonges et des intrigues de son passé, Elyra commence alors un nouveau chapitre de son existence, entre guérison, découverte de soi et espoir d’un avenir meilleur.

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Chapitre 1
— Tu… tu n’es pas en train de mourir ? Je restai figée devant ma sœur aînée, incapable de détourner les yeux de son visage éclatant de santé dès l’instant où j’avais franchi la porte de notre modeste maison. Après la nuit affreuse que je venais de traverser, après toutes les larmes que j’avais versées, j’aurais presque cru que mes yeux me trompaient. Ce n’était pas que je désirais sa mort ni que la jalousais au point de souhaiter sa disparition. Mais avant que je quitte notre petit village la veille au soir, Myriam semblait au bord du tombeau. Ses joues étaient creusées, son regard vidé de lumière. Sa peau autrefois lumineuse était devenue si pâle qu’elle rappelait celle d’un nourrisson laissé trop longtemps dans des langes humides. Ses lèvres étaient tellement gercées que j’avais craint qu’elles ne se déchirent si elle tentait de sourire. Et pourtant, elle avait souri. Un sourire faible, fragile, presque douloureux… mais suffisant pour me faire comprendre qu’elle était reconnaissante pour ce que j’allais faire pour elle. J’avais enfin trouvé le courage d’accomplir ce qui devait l’être. J’étais prête à tout pour lui offrir encore un peu de temps auprès de nous. Peu importe ce que cela me coûterait. Peu importe le sacrifice. Je voulais sauver nos parents du chagrin d’enterrer leur fille avant l’heure. Je voulais sauver Myriam. — Alors… ça a marché ? L’espoir envahit brutalement ma poitrine. Peut-être que ce que j’avais fait… peut-être que mon sacrifice n’avait pas été inutile. Mais Myriam éclata de rire. Un rire froid. Mauvais. Un son sinistre que je ne lui avais jamais entendu auparavant. — Quelque chose ne va pas ? demandai-je en penchant légèrement la tête, troublée par son attitude. — Oh, ma douce petite Elyra… Tu as toujours été tellement naïve. Je fronçai les sourcils à l’entente de ce ton étrange. Quelque chose clochait. Pourquoi me traitait-elle d’idiote ? Mon intelligence avait toujours été ma fierté. Jamais personne ne m’avait surpassée ou manipulée. Pourtant, à voir l’expression satisfaite de ma sœur, elle semblait persuadée que j’étais la plus stupide de nous deux. L’avais-je réellement été ? — Alors ? Tu as aimé ? Ta première fois, je veux dire. Ou bien était-ce aussi douloureux que tout le monde le prétend ? Nous avions promis de ne jamais reparler de mon sacrifice. Je ne voulais pas revivre ce moment. La seule chose qui comptait pour moi était sa guérison. Pas l’avenir que j’avais abandonné sans hésiter. Pas cette part de moi que j’avais offerte. Et pourtant, elle se tenait là, un sourire au coin des lèvres, me forçant à replonger dans l’un des souvenirs les plus humiliants et douloureux de ma vie. — Au moins, il a été doux avec toi ? Il m’avait promis qu’il le serait. Doux ? Était-il seulement possible d’être tendre lorsqu’on arrachait l’innocence d’une femme ? L’homme qui m’avait prise la veille ne l’avait certainement pas été. Peut-être parce qu’il était ivre. Moi aussi, je l’étais un peu. Dès l’instant où j’avais pénétré dans l’auberge où je devais le retrouver, les scènes dépravées qui s’y déroulaient m’avaient donné envie de fuir. J’étais arrivée quelques minutes en avance. Au lieu de monter directement dans la chambre prévue, j’étais restée dans la grande salle et j’avais commandé une chope de bière. Je n’avais jamais bu auparavant. Une seule chope avait suffi. Quand je m’étais finalement dirigée vers la chambre, vacillante, je m’étais convaincue que l’alcool engourdirait tout. Que je ne ressentirais rien. Mais au moment où j’étais devenue une femme, la douleur avait été bien réelle. Aucune quantité d’alcool n’avait pu me protéger de cela. Ni de la honte qui avait suivi. J’étais souillée à jamais. Une femme abîmée. Une femme qui ne mériterait jamais l’amour sincère d’un homme honorable… encore moins celui de son âme sœur. Jamais je ne serais célébrée comme les jeunes vierges le jour de leurs noces. Une fois rejetée par mon compagnon destiné, j’aurais de la chance si un vieux veuf privé de sa compagne acceptait seulement de me regarder. J’avais décidé d’ignorer cette perspective solitaire tant que Myriam survivait. Mais maintenant… — Il t’avait promis d’être doux ? Comment pourrais-tu savoir ça… Ma phrase mourut dans ma gorge tandis que mon esprit tentait désespérément d’assembler les morceaux. — C’était la moindre des choses que je puisse faire pour toi. Myriam haussa simplement les épaules. Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre le sens de ses paroles. Puis une éternité entière pour réaliser ce qui se passait réellement. J’avais été stupide. — T-Tu n’étais jamais malade ? Mon monde se brisa à cet instant précis. — Maman disait que le poison avait empêché ta guérison de loup d’agir… qu’il te fallait cette potion sinon tu mourrais… C’était faux ? Tout était faux ? L’air refusa soudain d’entrer dans mes poumons. La trahison me transperça avec une violence insoutenable. Comment aurais-je pu respirer alors que je découvrais peut-être la pire des perfidies ? Ma propre famille m’avait-elle vraiment manipulée ? Une image de ma mère en pleurs me revint brutalement. Mon père la consolant pendant qu’ils me suppliaient tous les deux. Ils avaient si bien joué leur rôle… et moi, je les avais crus. Une larme chaude s’écrasa sur ma main crispée contre ma poitrine. Je détestais montrer ma faiblesse. Mais même la femme forte que ma mère prétendait avoir élevée ne pouvait supporter une telle douleur sans vaciller. — Pourquoi ? Ma voix se brisa sur ce mot. Rien n’avait de sens. Myriam m’aimait. Elle m’avait protégée toute ma vie. Consolée lorsque j’étais triste. Une grande partie de ce que j’étais venait d’elle. C’était précisément pour cette raison que j’avais accepté ce sacrifice malgré l’humiliation, malgré la souffrance. J’avais renoncé à l’avenir qui m’attendait avec mon compagnon destiné… mon âme sœur. — J’espère sincèrement qu’il te pardonnera quand tu le rencontreras. Je parle de ton compagnon. — Pourquoi tu m’as fait ça ?! crachai-je, incapable de supporter qu’elle m’ignore davantage. J’avais besoin de comprendre avant de perdre complètement la raison. — Le prince a finalement décidé de choisir une jeune femme. Une compagne officielle. Tu savais qu’il n’avait jamais trouvé sa véritable âme sœur, n’est-ce pas ? Je fronçai les sourcils, ne voyant pas le rapport entre la décision d’un prince gâté et ma sœur… ou moi. — Dois-je vraiment tout t’expliquer ? soupira Myriam en levant les yeux au ciel. Ce village est peut-être oublié de tous, mais pas de la Déesse de la Lune. Un immense sourire illumina son visage tandis qu’elle tournoyait dans notre petit salon, euphorique. Mon incompréhension grandit. — Aucune noble des autres districts n’a été jugée digne. Alors maintenant, le prince cherche sa compagne — ou sa compagne choisie — dans notre village. Et moi, je fais simplement en sorte d’être la seule candidate convenable. Je fais simplement en sorte d’être la seule candidate convenable. Ses paroles me frappèrent avec brutalité. Mon corps entier trembla de colère. — Tu as détruit toute ma vie parce que tu pensais que je pourrais devenir ta rivale dans cette ridicule sélection de mariée ?! — D’abord, ce n’est pas ridicule. Ensuite… oui. Son regard se durcit. — Depuis le jour où tu es entrée dans ma vie, tu n’as été qu’une épine dans mon pied. Je n’allais certainement pas te laisser me voler ce qui me revient de droit. Je la fixai, abasourdie. Pendant une seconde, je me demandai si elle n’avait réellement pas perdu la raison, parce que les mots qui sortaient de sa bouche ressemblaient aux délires d’une folle. Moi ? Une épine dans son pied ? — Je veux récupérer mon argent ! Le rugissement soudain d’une voix grave me fit sursauter. Je me retournai brusquement. Un homme terrifiant se tenait dans l’encadrement de notre porte. Sa carrure immense remplissait presque toute l’ouverture. Ses yeux brûlaient de rage, révélant le loup furieux tapi derrière son regard. J’étais persuadée qu’il nous réduirait en pièces s’il se transformait. — Tu m’avais promis une vierge. Tu m’as menti. Je déglutis difficilement, même si sa colère n’était pas dirigée contre moi. Son regard dépassa ma silhouette pour se poser directement sur Myriam. L’espace d’un instant, j’oubliai ma propre douleur. — Dis-moi que tu n’as pas été assez stupide pour traiter avec un homme pareil. Malgré tout ce qu’elle venait de me faire, l’inquiétude pour ma sœur persistait encore. Contracter une dette envers un homme comme lui revenait à attirer le malheur sur toute une famille. Les b****s de brutes qui s’en prenaient aux jeunes femmes sans protection étaient déjà une terreur en plein jour. Myriam avait-elle réellement été assez inconsciente pour se mêler à lui ? À la manière dont il avait pénétré chez nous, la réponse était évidente. — Stupide ? Je ne serai jamais toi, Elyra. Je clignai des yeux, choquée par son arrogance. Pour la première fois de toute mon existence, ma sœur me regardait avec mépris avant de m’écarter complètement de la conversation. — Je t’avais promis une jeune fille vierge et je t’en ai donné une. Je tiens toujours parole. — Est-ce que j’ai l’air satisfait ?! L’homme rugit si fort que je crus que le toit vétuste de notre maison allait s’effondrer. J’aurais dû fuir. Mais une autre prise de conscience me cloua sur place. Myriam m’avait vendue à un monstre. Un homme qui aurait pu me briser entièrement. — Tu as vraiment été assez idiote pour entrer dans la mauvaise chambre ? Cette fois, Myriam ne souriait plus. Une rage brûlante consumait les yeux qui, quelques heures plus tôt encore, me regardaient avec affection. — Elyra ! Elle hurla mon nom quand je ne répondis pas. Mais j’étais incapable de bouger. Mon cœur se désagrégeait seconde après seconde. — Peu importe, finit-elle par lâcher avec dédain, comme si je n’étais qu’un insecte insignifiant. Le principal, c’est que tu ne sois plus vierge. Franchement, je me fiche de savoir quel homme t’a eue. Quant à toi… Elle se tourna vers le colosse, désormais étrangement silencieux. — Voici ton argent. Si tu considères ne pas en avoir eu pour ton compte, il est normal que je te rembourse. Le tintement des pièces résonna lorsque la bourse atterrit dans les mains de l’homme. Mais je n’écoutais déjà plus. Les paroles de ma sœur tournaient encore dans ma tête. Le claquement v*****t de la porte me fit revenir à la réalité. Myriam affichait désormais une expression agacée. — Puisque tu n’es pas entrée dans sa chambre… avec quel misérable as-tu fini au lit ? Tu es la misérable. J’aurais voulu le lui hurler au visage. Mais le poids écrasant du mensonge qui avait été toute ma vie m’étouffait bien davantage que le besoin de l’insulter.

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