A l’époque, on parlait beaucoup moins de la maladie d’Alzheimer qu’aujourd’hui. Ma mère disait : C’est comme si elle s’était enfuie dans un autre monde, une sorte de mort pendant la vie. Lors d’une des dernières visites de Louise chez mes parents, je l’ai, sans le vouloir, entendu chantonner pendant que ma mère était partie chercher du thé. Il me fait tourner la tête… Il m’a fait tourner la tête. On se fait prendre la tête. La tête est partie, perdue. Le chant s’était transformé en une sorte de marmottement. Je me suis sauvée dans ma chambre sans que ni elle ni ma mère ne me voient. J’étais triste à pleurer. Le silence retombe une seconde avant que Bénédicte ajoute : – Je ne sais pas pourquoi je te raconte cette histoire... Moi aussi je crois que je perds la tête. Un rien d’inquiétude


