Chapitre 10

1397 Mots
Sienna J'avais demandé à Lali de me laisser seule, et me voilà, étendue sur mon lit, les yeux fixés sur le plafond. Les larmes avaient cessé de couler, mais un poids lourd et oppressant pesait sur ma poitrine. Je me sentais comme une coquille vide, flottant dans un océan d'incertitudes. La nuit était tombée, et l’obscurité de la pièce m'enveloppait, me permettant de me cacher dans l'ombre de mes pensées. Je ne savais plus quoi faire. La décision de mon père me paralysait, et l'idée d'épouser Edgar, ce vieil homme froid et sans âme, me rendait malade. Je voulais tout effacer. Tout oublier. Mais la réalité, elle, était implacable. Puis, un bruit inattendu brisa ce silence lourd et pesant : quelqu'un frappait doucement à ma porte. Un frisson parcourut mes bras, un frisson que je ne pouvais contrôler. Ma main se tendit instinctivement pour essuyer une dernière larme qui glissait encore sur ma joue. J’avais honte d’être vue dans cet état de vulnérabilité, mais je savais que je ne pouvais pas faire semblant plus longtemps. Le cœur battant à tout rompre, je murmurais d'une voix tremblante, tout en prenant une grande inspiration : « Entrez. » La porte s’ouvrit lentement, et là, dans l'embrasure, se tenait mon père. Mon souffle se coupa un instant. La vision de son visage imposant et de son regard pénétrant me faisait me sentir à la fois rassurée et submergée. À cet instant, un soulagement étrange m’envahit, mais celui-ci se mêlait rapidement à la peur. Je me levai d'un bond, mes jambes presque tremblantes, et, instinctivement, je courus me jeter dans ses bras. C’était tout ce dont j’avais besoin, un refuge, même s'il était un peu trop tard pour espérer trouver une véritable solution. « Papa, s'il te plaît, je ne veux pas me marier avec lui, » lui avais-je avoué, la voix éraillée par l'émotion qui me submergeait. Je sentais que cette confession pourrait être un tournant, un dernier appel à son amour et à sa compréhension. Il me serra contre lui, mais d’une manière qui semblait plus mécanique que véritablement réconfortante. Avec douceur, il répondit : « Mais tu n'as pas trouvé ton compagnon, ma chérie, et Edgar est un homme bien, il saura prendre soin de toi. » Ses mots étaient froids, presque dénués de chaleur. La tendresse qu’il m’offrait ne m’apportait aucun apaisement. Ce n’était pas ce dont j’avais besoin. J’avais besoin qu’il m'écoute, qu’il prenne le temps de voir la souffrance dans mes yeux, qu’il comprenne la violence de ce mariage imposé. Mais au lieu de cela, il ne voyait que l’aspect pratique de la situation, la solution logique à ses propres désirs. Le silence s’éternisa entre nous, lourd et oppressant. Je n'avais pas la force de lui répondre. Je savais, au fond de moi, que je n'obtiendrais rien de lui. Il avait toujours été celui qui prenait les décisions, sans jamais tenir compte de ce que je ressentais. Il n'avait jamais été ce père que j'avais espéré. Dans un soupir résigné, je retournais lentement m'allonger sur mon lit, laissant mes sentiments s'effondrer avec le poids de mes pensées. Mon père se tenait là, mais il était déjà loin, comme une ombre, une figure distante, presque étrangère. La chaleur de ses bras était déjà un souvenir lointain. Je pouvais entendre les bruits de ses pas qui se dirigeaient vers la porte. Il s’arrêta un instant et se tourna vers moi. « Je sais que ce n'est pas facile, mais il n'y a pas d'autre choix, ma chérie. » Il n'attendait même pas ma réponse. Il partit, refermant doucement la porte derrière lui. Un silence total s’installa. J’étais seule à nouveau. Je regardais le plafond sans vraiment voir, mon esprit tourbillonnant. Ce monde, mon monde, semblait se refermer autour de moi, comme une cage invisible. Je voulais crier, me battre, tout remettre en question, mais je savais que mes forces m’abandonnaient peu à peu. Je pensais à Edgar, à son regard froid et distant, à la promesse d’un avenir où je n'étais qu'un pion dans un jeu auquel je n’avais jamais consenti. Mais il n’était pas question que je me résigne si facilement. À cet instant, je me rendis compte que je n’avais plus d’autre choix que de lutter. Mais comment lutter contre un père qui ne m’écoutait pas, contre une belle-mère qui semblait tirer une satisfaction malsaine de ma souffrance ? Le vent soufflait doucement dehors, et une pensée me traversa l’esprit : si je ne me battais pas maintenant, je perdrais à jamais ce que j’avais de plus précieux : ma liberté. Il a alors poursuivi, d'une voix ferme et impérieuse, qui ne laissait place à aucune objection : « Arrête de pleurer. Ton mariage est prévu dans trois jours, le jour même où nous reviendrons de la bataille contre la meute de la Lune Croissante. J'ai demandé à Rosa de te préparer pour cette cérémonie. » Ses mots tombèrent sur moi comme un coup de marteau. À l'instant même où il prononça ces paroles, une vague de désespoir m’envahit. Mon père, cet homme si implacable, semblait bien plus préoccupé par l’accomplissement de ses propres objectifs que par mon bonheur. Son indifférence était si flagrante qu'elle me laissa sans voix. Je voulais crier, protester, mais aucun mot ne franchit mes lèvres. La colère, la tristesse et la résignation se mêlaient en moi, formant un cocktail toxique. Je n'étais qu'une marionnette dans ses mains, et il le savait. Sans attendre ma réaction, il se détourna et quitta la pièce d'un pas déterminé, m'abandonnant une fois de plus à mes pensées tourmentées. Le bruit de la porte qui se fermait résonna dans le silence de la chambre, me rappelant ma solitude dans cette situation. À cet instant, une réalité amère s'est imposée à moi : Rosa avait encore une fois réussi à m’éclipser, à s’imposer comme la marionnettiste de ma vie, me privant de ma liberté et de mon droit de choisir mon propre chemin. Je pouvais sentir sa présence, même lorsqu’elle était absente, comme une ombre menaçante qui se dressait entre moi et mes rêves. C'était elle qui tirait les ficelles, manipulant mon père, et maintenant, elle m’imposait cette union, une union que je n'avais jamais désirée. Cela m'enveloppait comme un nuage sombre, écrasant tous mes espoirs. Je fermai les yeux, inspirant profondément. Les larmes étaient toujours là, prêtes à déborder, mais je refusais de les laisser couler. Je me rendais compte que pleurer ne changerait rien à la situation. Cela ne me ramènerait pas le choix que j'avais perdu, ni ne m’offrirait une issue. En me laissant submerger par ma tristesse, je n'obtiendrais rien. Et cela, je le savais au fond de moi. Je me levai lentement de mon lit, le corps lourd, le cœur encore plus. Mais quelque chose en moi commença à se transformer. J'étais fatiguée de me laisser engloutir par la mélancolie. La tristesse ne réparerait rien, elle ne résoudrait pas ce qui m'attendait. Je savais que je devais agir, prendre le contrôle de ma vie de la manière la plus stratégique possible. Je me regardai dans le miroir, essayant de discerner une lueur de force dans mes yeux. Si je voulais m’échapper de ce piège, je devais commencer à penser différemment. Ce n'était plus une question de subir, mais de lutter pour ce qui m’était cher, pour ma liberté, pour ma dignité. Si mes larmes ne pouvaient pas changer le cours des choses, alors je devais trouver un autre moyen de prendre ma vie en main. Je pris une profonde inspiration, la résolution se forgeant en moi. Je ne pouvais pas rester là à pleurer ma situation, je devais agir. C'était le seul choix qui s'offrait à moi. Le mariage se déroulerait dans trois jours, mais je savais désormais que je ne pouvais pas me résigner à ce destin. L'idée de rester passive et de me laisser faire m'était insupportable. Je devais être plus maline, plus forte. Je réfléchirais à un plan, une solution qui me permettrait d’échapper à ce mariage forcé, à cette emprise de Rosa. Il était temps de lutter contre cette destinée tracée d’avance. Je m'approchai de la fenêtre, observant la nuit qui tombait sur le manoir, le vent agitant doucement les rideaux. L'air frais me rappela qu'il existait un monde au-delà de ces murs. Un monde où je pouvais être libre. Et je me battrais pour y accéder.
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