Chapitre 1:Le Crash
La nuit était tombée sur la ville comme un voile épais, étouffant les bruits et les lumières. Là-haut, dans le ciel sombre, un hélicoptère noir avançait à vive allure, ses pales découpant l’air avec une régularité presque hypnotique.
À l’intérieur, Karma restait silencieux. Assis à l’arrière, le regard perdu dans l’obscurité, il semblait calme, presque détaché. Pourtant, derrière cette façade impassible, son esprit travaillait sans relâche. Toute sa vie avait été une fuite permanente — fuir la police, fuir ses ennemis, fuir parfois lui-même. Il était devenu un fantôme, un nom sans visage, un mythe que tout le monde cherchait mais que personne n’attrapait jamais.
Pourtant, cette nuit-là, une sensation étrange l’envahissait. Un pressentiment lourd, oppressant, comme si le destin avait décidé de resserrer son étau.
Le pilote, concentré, consulta rapidement ses instruments.
— Tout va bien pour l’instant, annonça-t-il d’une voix tendue.
Karma ne répondit pas. Il n’avait jamais fait confiance aux mots rassurants.
Soudain, un bruit sec retentit, v*****t, inattendu. L’hélicoptère vibra brutalement. Les lumières clignotèrent.
— Qu’est-ce que c’était ? lança Karma en se redressant.
Avant que le pilote n’ait le temps de répondre, une seconde secousse, plus forte encore, projeta l’appareil sur le côté. Les alarmes hurlèrent.
— Problème moteur ! cria le pilote.
— On peut contrôler ? demanda Karma, la mâchoire crispée.
— J’essaie… mais on perd de l’altitude !
L’hélicoptère commença à tourner sur lui-même. À travers la vitre, la ville semblait s’approcher dangereusement, comme une masse prête à les engloutir.
Karma sentit son cœur s’emballer. Il n’avait jamais eu peur de mourir, mais il détestait perdre le contrôle.
— Accroche-toi ! hurla le pilote.
Le choc fut d’une violence extrême.
Un fracas assourdissant.
Du métal qui se déchire.
Puis le noir.
Un silence pesant suivit l’impact, rapidement remplacé par un bourdonnement sourd dans les oreilles de Karma. Lorsqu’il ouvrit les yeux, une douleur fulgurante lui traversa le visage. Il tenta de bouger, mais son corps refusa d’obéir.
Le goût du sang envahissait sa bouche. Son visage brûlait, comme s’il avait été fracassé contre le sol. Autour de lui, des débris fumaient encore.
Il essaya de parler, mais aucun son ne sortit.
Une silhouette apparut alors dans son champ de vision. Une femme. Grande, élégante malgré sa tenue simple, les cheveux attachés à la hâte. Son visage exprimait un mélange de choc et de sang-froid.
— Oh mon Dieu… murmura-t-elle.
Elle se précipita vers lui, s’agenouilla à ses côtés.
— Ne bougez pas… vous m’entendez ? Les secours arrivent.
Sa voix était ferme, maîtrisée, comme celle de quelqu’un habitué aux situations de crise.
Karma voulut la regarder plus attentivement, mais la douleur l’en empêcha. Ses paupières étaient lourdes. Avant de sombrer à nouveau dans l’inconscience, il distingua à peine la maison derrière elle, illuminée par les gyrophares qui commençaient à approcher.
Cette femme s’appelait Martine Delcourt.
Inspectrice cheffe d’une unité spéciale, elle venait de rentrer chez elle après une journée interminable consacrée à une seule obsession : capturer Karma. Depuis des mois, son nom occupait tous ses rapports, toutes ses nuits blanches, toutes ses pensées.
Ironie cruelle du destin : l’homme agonisant dans sa cour était précisément celui qu’elle traquait sans relâche.
Mais elle ne le savait pas.
Son visage était trop gravement blessé. Méconnaissable.
À l’hôpital, l’agitation était à son comble. Les médecins s’affairaient autour du blessé, évaluant l’étendue des dégâts.
Fractures multiples du visage, annonça l’un d’eux.
Son état est stable ? demanda Martine, les bras croisés, le regard grave.
Oui, mais il faudra une chirurgie reconstructive lourde. Il ne ressemblera plus à l’homme qu’il était.
Martine acquiesça lentement. Elle observa l’homme inconscient à travers la vitre. Quelque chose chez lui l’intriguait. Peut-être son silence, ou cette impression étrange qu’il cachait plus que ce que son corps blessé laissait voir.
Lorsqu’il se réveilla enfin, plusieurs heures plus tard, Martine était là.
— Vous êtes en sécurité, dit-elle calmement. Vous avez eu un grave accident.
Il cligna des yeux, désorienté.
— Votre nom ? demanda-t-elle.
Il hésita.
Une fraction de seconde seulement, mais décisive.
Dire la vérité signifiait la fin. La prison. Peut-être pire.
Alors il mentit.
— Joseph, murmura-t-il. Je m’appelle Joseph.
Martine nota le nom, sans se douter qu’elle venait d’inscrire sur son carnet le premier mensonge d’une histoire qui allait bouleverser sa vie.
Dehors, la nuit poursuivait son œuvre silencieuse.
Et le destin, lui, venait de commencer son jeu.