La nuit était épaisse. Une nuit comme une couverture noire, lourde, qui semblait vouloir étouffer toute vie. Dans l’appartement sécurisé, Martine et Karma se préparaient à faire ce que personne ne voulait faire : disparaître.
Le plan était simple, mais cruel. Faire croire au monde qu’ils étaient morts. Mais vivre en secret, loin de tout. L’homme mystérieux leur avait expliqué comment.
Nous avons un cadavre, dit-il.
Un cadavre ? répéta Martine, la voix tremblante.
Oui. Un corps similaire, un corps que nous allons faire passer pour le vôtre.
C’est… c’est inhumain, murmura Martine.
C’est la seule façon de survivre.
Karma la regarda.
Tu es sûre ?
Oui.
Alors faisons-le.
Ils se dirigèrent vers une pièce sombre, où un corps était recouvert d’un drap. Martine sentit son cœur se serrer.
Elle s’approcha, et retira le drap d’un geste lent.
Le corps ressemblait à une version d’eux, mais ce n’était pas eux. Un homme d’une quarantaine d’années, avec une ressemblance troublante. Les traits étaient assez proches pour tromper une première inspection.
Martine se retourna, le visage pâle.
Comment… comment pouvez-vous faire ça ?
Nous avons des contacts dans les morgues. Nous avons des moyens, dit l’homme.
Et si quelqu’un regarde de plus près ?
Ils ne regarderont pas. Ils ne peuvent pas se permettre de vérifier.
Martine ferma les yeux.
Et si quelqu’un doute ?
Alors le réseau se mettra en chasse, dit l’homme.
Et nous ?
Nous serons déjà loin.
Karma s’approcha de Martine.
Tu vas bien ?
Non.
Moi non plus.
Martine prit une profonde inspiration.
Je suis prête, dit-elle.
Karma la regarda, et dans ses yeux elle vit une douleur immense.
Je ne veux pas te perdre, murmura-t-il.
Tu ne me perdras pas, répondit-elle.
Si.
Non.
Il la prit dans ses bras.
Ils restèrent ainsi quelques secondes, comme si le monde s’arrêtait. Puis, ils se séparèrent.
L’homme mystérieux les conduisit à l’endroit où la mise en scène devait se faire. Un lieu isolé, loin de la ville. Une voiture prête à brûler. Un corps prêt à être découvert.
Martine et Karma montèrent dans la voiture, et l’homme s’assura que tout était en place.
Vous êtes sûrs ? demanda-t-il.
Oui, répondit Martine.
Très bien.
Il alluma la voiture. La voiture démarra. Ils roulèrent vers l’endroit prévu. Martine regarda Karma.
Tu es certain que ça va marcher ?
Oui.
Et si le réseau découvre que c’est un faux ?
Alors on mourra.
Tu n’as pas le droit de me faire ça.
Je n’ai pas le choix.
Martine sentit une colère monter.
Je te hais parfois, dit-elle.
Moi aussi, dit Karma.
Pourquoi ?
Parce que je t’aime.
Martine se mit à pleurer.
Alors fais-le, dit-elle.
Je vais le faire.
Ils arrivèrent à l’endroit. La voiture s’arrêta. L’homme mystérieux les attendait, à distance, avec une caméra. Il devait filmer la scène pour que les preuves soient irréfutables.
Martine et Karma sortirent de la voiture. Le vent soufflait. La nuit était silencieuse.
L’homme posa le corps dans la voiture, et alluma le feu. Le véhicule s’embrasa rapidement.
Martine et Karma reculèrent.
C’est fait, murmura Martine.
Oui.
L’homme leur donna un sac contenant de nouveaux papiers, de nouveaux passeports, de nouveaux noms.
Vous avez dix minutes, dit-il.
Et après ? demanda Karma.
Après, vous partez.
Où ?
Là où le réseau ne vous trouvera jamais.
Martine regarda le feu.
Et si on se fait attraper ?
Alors vous mourrez, répondit l’homme.
Karma serra les poings.
On ne se fera pas attraper, dit-il.
On doit partir maintenant, dit Martine.
Ils coururent vers une voiture qui les attendait, et s’enfuirent dans la nuit.
La fuite finale fut un mélange de peur, de tristesse, et d’espoir. Ils traversèrent des routes secondaires, des villages, des forêts. Ils changèrent d’apparence encore une fois. Ils devinrent des inconnus.
Mais la peur restait. La peur de se faire reconnaître. La peur d’un traître. La peur d’un message qui pourrait les trahir.
Ils arrivèrent finalement dans une petite ville côtière, loin de tout. Une ville où personne ne les connaissait. Une ville où ils pouvaient peut-être recommencer.
Ils s’installèrent dans une petite maison, loin du centre. Une maison simple, sans luxe. Une maison où personne ne viendrait les chercher.
Martine regarda la mer.
On est en sécurité ? demanda-t-elle.
Pas encore, répondit Karma.
Alors pourquoi tu m’as emmenée ici ?
Parce que je veux que tu vives.
Martine se tourna vers lui.
Et toi ?
Moi aussi.
Ils restèrent ainsi, silencieux, regardant l’horizon.
Mais la paix ne dura pas longtemps.
Deux jours plus tard, alors qu’ils pensaient être en sécurité, un message apparut sur le téléphone de Martine. Un message sans numéro. Un message simple :
“Vous avez été vus. Vous n’êtes pas morts.”
Martine sentit son cœur s’arrêter. Karma prit le téléphone.
Il le regarda, puis le lança au sol.
Ils nous ont trouvés, murmura Martine.
Non, dit Karma.
Si.
Non.
Oui.
Karma se leva.
On doit partir, dit-il.
Où ?
Partout.
Martine sentit une peur intense.
Et le plan ?
Le plan est mort.
Alors quoi ?
Alors on fait un dernier combat.
Martine le regarda, les yeux pleins de larmes.
Un dernier combat ?
Oui.
Contre qui ?
Contre le réseau.
Martine serra les poings.
Tu veux mourir ?
Non.
Alors quoi ?
Je veux qu’ils tombent.
Martine comprit alors que leur fuite n’était pas seulement une fuite. C’était une préparation. Une préparation pour une guerre.
Et moi ?
Toi, tu vas être ma force.
Martine hocha la tête.
Alors on se prépare, dit-elle.
Oui.
Ils commencèrent à planifier. À reconstruire. À se préparer à une bataille qu’ils ne savaient pas s’ils pourraient gagner.