Chapitre 7 : Deux contre le monde

977 Mots
La décision avait été prise. Elle ne s’était pas faite dans la joie, ni dans l’enthousiasme. Elle s’était faite dans la douleur, dans la fatigue, dans la certitude que l’amour, parfois, est une force plus grande que la loi. Le matin même, Martine avait remis son badge et son arme. Elle avait quitté le commissariat sans un regard en arrière, comme si elle effaçait une partie d’elle-même. Les collègues la regardaient avec une froideur méprisante ou une pitié silencieuse. Certains murmuraient, d’autres détournaient le regard. Elle ne pleura pas. Elle ne s’arrêta pas non plus pour répondre aux questions. Elle marcha vers sa voiture, et au fond d’elle, une colère sourde grandissait. Une colère contre un système qui la punissait pour avoir aimé, contre une justice qui n’était pas capable de voir la complexité des êtres humains. À la maison, Joseph l’attendait, déjà prêt. Il avait tout organisé, comme il l’avait toujours fait. Il avait prévu la fuite, le plan, les routes, les cachettes. Il avait même un sac prêt, contenant des documents falsifiés, de l’argent, des vêtements. Il regarda Martine, la tête inclinée, comme un général qui observe son soldat avant la bataille. — Tu es prête ? demanda-t-il. Martine hocha la tête. — Oui. Leur départ se fit sans bruit. Ils n’avaient pas le luxe d’un adieu. Il n’y avait pas de place pour la nostalgie. Ils n’étaient plus deux personnes ordinaires. Ils étaient deux fugitifs. Ils roulèrent pendant des heures, sans parler. La route défilait, monotone, comme si le monde continuait de vivre sans se soucier de leur destin. Au bout d’un moment, Martine brisa le silence. — Tu as déjà prévu tout ça ? demanda-t-elle. Joseph regarda la route, les yeux concentrés. — Oui. — Pourquoi ? — Parce que je savais que ce jour finirait par arriver. Elle se tourna vers lui. — Tu savais ? — Depuis le début. Martine sentit un frisson la traverser. — Et tu ne m’as rien dit. — Je ne voulais pas te faire peur. Elle le regarda. — Tu m’as menti encore. Joseph hocha la tête, comme s’il acceptait la sentence. — Oui. Mais je t’ai aimée. Et je ne voulais pas te perdre avant même de te connaître. Martine soupira. — Tu es un homme dangereux, Karma. Il ne répondit pas. Il savait. Ils atteignirent une petite ville éloignée, loin des grandes routes, loin des radars, loin des regards. Là, Joseph avait une maison abandonnée, cachée derrière des arbres, un endroit qu’il utilisait parfois pour se cacher. Ils y entrèrent, épuisés. Martine s’assit sur un vieux canapé poussiéreux. Elle regarda autour d’elle, comme si elle essayait de se convaincre que tout cela était réel. — C’est ici que tu vis quand tu es seul ? demanda-t-elle. Joseph hocha la tête. — Oui. Martine ferma les yeux. — Tu vis ici… comme un fantôme. Joseph resta silencieux. Il ne voulait pas lui parler de son passé. Pas encore. Pas maintenant. Il posa une main sur la table. — Il faut que tu comprennes quelque chose, dit-il. — Quoi ? — Je ne suis pas un homme comme les autres. — Je sais. Elle ouvrit les yeux. — Je sais que tu es dangereux. Mais je sais aussi que tu m’aimes. Il ne répondit pas. Il regarda Martine, et pour la première fois, il ressentit une peur réelle : celle de la perdre. Le soir, ils préparèrent leur plan de survie. Joseph expliqua comment éviter les contrôles, comment changer d’identité, comment se déplacer sans laisser de trace. Martine écoutait attentivement, comme si elle apprenait un nouveau langage. — Tu as des contacts ? demanda-t-elle. — Quelques-uns, répondit-il. — Des gens en qui tu as confiance ? — Non. Mais j’ai des gens qui me doivent des services. Martine sourit faiblement. — Ce n’est pas rassurant. — Ce n’est pas censé l’être. Ils ne dormaient pas. Ils restaient éveillés, attentifs aux bruits. Martine avait l’impression que le monde entier les observait. Puis, à l’aube, Joseph se leva et sortit. Martine le suivit. Ils marchèrent dans la forêt, jusqu’à un point précis où un vieux téléphone portable était enterré sous une pierre. Joseph le déterra, le nettoya, et le fit fonctionner. — Tu as un plan pour le prochain mouvement ? demanda Martine. Joseph hocha la tête. — Oui. Nous allons changer de ville, puis de pays. Mais pas tout de suite. Nous devons d’abord savoir si la police nous suit. Martine le regarda. — Ils vont nous suivre. — Je le sais. Le silence revint. Puis, Joseph se tourna vers elle. — Et toi ? demanda-t-il. — Moi quoi ? — Tu es prête à vivre comme ça ? À être une fugitive ? Martine inspira profondément. — Je n’ai plus le choix. Elle se rapprocha de lui, posa une main sur son bras. — Je te suivrai, même si le monde entier est contre nous. Joseph la regarda, les yeux brillants. — Alors nous sommes un duo, dit-il. Un duo que personne ne comprend. Martine sourit, malgré elle. — Oui. Mais leur fuite ne passa pas inaperçue. À des centaines de kilomètres, dans un bureau de police, un nouveau dossier s’ouvrit. Le directeur de l’unité spéciale avait une expression dure. Il ne pouvait pas accepter qu’une inspectrice soit tombée amoureuse de l’homme qu’elle traquait. Et surtout, il ne pouvait pas accepter qu’elle ait disparu. — Ils se sont échappés, annonça un agent. — Ils ne peuvent pas être loin, répondit le directeur. — Ils ont changé d’identité. — Alors on les trouvera. Martine, même loin, savait que la traque avait commencé. Elle regarda Joseph, qui lui tenait la main. — Ils vont venir, dit-elle. Joseph hocha la tête. — Oui. Et dans le silence, une certitude étrange s’installa : ils étaient désormais deux ennemis du monde, mais unis par un amour que personne ne pouvait comprendre.
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