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14 mars 1860 — Rome — Italie
Elle ne parvient pas à trouver le sommeil. Elle quitte son lit à tâtons, sort de la chambre en retenant son souffle pour ne pas réveiller sa jeune sœur.
Elle avance pieds nus sur le palier, frissonne au froid contact des tomettes.
Elle descend l’escalier à pas de loup.
Elle entend au-dehors des chants qui se perdent dans la nuit. La ville résonne des échos de la fête. La Mi-Carême autorise tous les excès, toutes les folies !
La maison est étrangement silencieuse après la soirée enchantée que son cher papa lui a offerte pour ses quinze ans. Celle de son premier bal.
Elle a encore dans les oreilles les sons vibrants des instruments, dans les yeux la flamme des bougies qui par milliers éclairaient la salle.
Elle commence à tourner sur elle-même, insensible à l’obscurité glacée qui a envahi la pièce. Elle tourne de plus en plus vite, se souvient avec bonheur des robes et habits de soie. Elle retrouve l’ivresse de la danse qui l’enivre…
Elle titube, se laisse tomber dans un grand éclat de rire sur le carrelage noir et blanc. Elle se relève d’un bond, se rend à l’office, verse un peu d’eau au creux de ses mains, boit quelques gouttes, rafraîchit son visage.
Elle se décide, épuisée, mais joyeuse, à regagner l’étage quand elle aperçoit un rai de lumière sous la porte du bureau de son père. Elle se réjouit à l’idée de la surprise qu’elle lui réserve. Elle va aller l’embrasser, se blottir dans ses bras, comme elle le faisait si souvent petite fille quand il travaillait tard.
Elle pousse les deux battants d’une main ferme, franchit le seuil en courant, s’arrête net dans son élan, reste pétrifiée sur place.
Flavia d’un coup se met à hurler, à hurler toujours plus fort comme si son cri déchirant pouvait ramener à la vie le pendu au bout de sa corde.
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