Longue nuit

1111 Mots
Nous fumes interrompus par une infirmière au moment où j'allais expliquer à mon père tout l'histoire. Déjà vinght minutes que ma meilleure amie était entre leurs mains, entre la vie et la mort, sans aucune nouvelle. Dehors, l'air était frais donc sa venue tombait à pic car de toute façon, j'allais proposer à mon père d'attendre en salle d'attente, au chaud. -"Excusez-moi messieurs dames...pourriez-vous venir à l'intérieur avec moi s'il vous plaît ? (demande-t-elle et nous la suivimes jusqu'à l'accueil) c'est bien vous, Mlle, qui avez appelé les urgences pour la jeune femme ayant fait un arrêt cardiaque dans la voiture?" Dit-elle en me regardant et j'aquiesce en réponse. -"Oui...effectivement, c'est bien moi...avez-vous des nouvelles de mon amie?" Ajoutais-je inquiète. -"Eh bien...votre amie est en salle de réanimation actuellement et sera transférée en service de cardiologie dans une heure...son rythme cardiaque s'est stabilisé mais son corps est extrêmement fragile et nous redoutons une rechute...c'est pour ceci que nous avons besoin d'informations complémentaires à son sujet, son nom et prénom, son âge, ses antécédents ainsi que le nom des membres de sa famille et ses contacts de confiance également...c'est très important pour la marche à suivre...et si c'est possible, amenez des vêtements de rechange et des affaires de première nécessité pour les installer dans la chambre où elle sera transférée..." finit-elle en nous donnant les papiers sur lesquels je dois noter toutes les informations importantes. -"Serait-il possible d'installer ses affaires maintenant ?" Lui demande papa et son charme fait toujours des merveilles car cette petite infirmière rougit mignonnement. -"Je vais appeler le service de ce pas..." une fois au téléphone, elle explique la situation et finalement, obtint le numéro de chambre, ce qui nous soulage. Elle raccroche celui-ci et sourit à mon père. -"vous pouvez déposer ses affaires maintenant et rester dans la chambre en attendant que mes collègues l'amènent... le médecin viendra vous voir pour obtenir plus de détails et surtout vous expliquer son état actuel...finissez juste de remplir les papiers car nous en avons besoin maintenant et après, vous pourrez y aller...le service de cardiologie se trouve au troisième étage, chambre 408...vous avez juste à suivre les flèches pour vous y mener...à votre arrivée, annoncez-vous à l'accueil..." explique-t-elle gentiment, attendant que j'ai fini de remplir la paperasse. Dix minutes après, je les lui donne enfin et elle nous souhaite bon courage. Papa et moi sortons des urgences, nous dirigeant vers nos véhicules respectifs afin de nous garer au parking de l'hôpital car celui-ci est strictement réservé pour les urgences. Une fois garés au bon parking, nous faisons faire les étiquettes d'entrée car Amélia avait bien sûr, pris sa carte d'identité ainsi que le reste, donc les démarches n'étaient pas trop longues à faire. Le service de cardiologie était plutôt calme et très peu de gens étaient là. En même temps, ce n'était plus l'heure des visites donc il n'y avait que nous. Mon père se présenta au secrétariat tandis que je cherchais la chambre numéro 408, que je trouvais peu de temps après. Une chambre seule, propre et moyenne au niveau de la place mais ça suffisait largement pour une personne hospitalisée. Je rangeais ses affaires dans le placard en attendant que mon père me rejoigne. Le ciel nocturne était rempli d'étoiles et je ne pouvais détacher mes yeux de cette magnifique vue. Une porte claqua et mon paternel fit irruption dans la chambre, un air grave et épuisé sur son beau visage. J'étais désolée pour lui, mais je n'avais que lui au monde et le voir fatigué par son travail ainsi que par moi me culpabilisa grandement. -"Je suis désolée papa..." dis-je sincèrement et il me regarda avec amour. -"Ne dis pas ça petite fille...tu es ma fille alors ne sois jamais désolée de quoi que ce soit, tu entends?" Repond-t-il en ebouriffant mes cheveux avec tendresse. -"Merci papa..." dis-je en le serrant fort dans mes bras, comme si j'avais peur qu'il disparaisse à la seconde près, ce qu'il sentit. -"Bébé...détends toi...je ne vais nulle part..." me rassure-t-il et mes membres se relâchent d'eux-mêmes. -"Merci d'être ici avec moi..." dis-je, encore sous le coup de l'émotion. -"De rien ma fille...je serai toujours là pour toi...(repond-t-il en me donnant un b****r sur le front) maintenant...dis-moi ce qui s'est passé...et pas de mensonge...je veux tout savoir..." ordonne-t-il et j'inspire longuement avant de commencer à tout raconter. Alors je lui parle de tout. Le journal d'Amelia qui a mystérieusement disparu, ses parents et son frère l'ignorant au quotidien jusqu'à éviter de rentrer aux mêmes heures afin de ne prendre aucun risque de la croiser et souvent ne revenant pas dutout chez eux. Amelia n'ayant pas d'appétit, ses crises d'angoisse ainsi que toutes les fois où elle a dû être transfusée en urgence à cause de son état s'aggravent chaque jour. Ses évanouissements presque tous les jours et son poids diminuant de jour en jour jusqu'à aujourd'hui. Je lui racontais la conversation qu'elle avait surprise entre ses parents, ses véritables sentiments, sa mère la voyant comme une concurrente et surtout regrettant de l'avoir adoptée. Jusqu'à mener à sa décision de ce soir, abandonnant ceux qui avaient pris soin d'elle, excepté les trois derniers mois. Mon père était stupéfait par les événements et je pouvais entrevoir une colère contenue en lui, mais ayant besoin de s'exterioriser. Alors je lui détaillais le dernier instant de vie de ma meilleure amie, de ma soeur. Son épuisement, son angoisse de retour, sa blancheur cadavérique et les secondes les plus traumatisantes de ma vie. Celles où j'ai vu sa douleur soudaine, sa souffrance, sa difficulté à respirer et la chute de sa vie. La fin de son existence. Et la fin de la mienne. Un silence reigna durant quelques secondes, trop longues à mon goût, mais je pouvais comprendre que mon père ait besoin d'un moment pour digérer toute l'affaire. -"Papa...(murmurais-je et il releva sa tête vers moi) j'ai quelque chose à te montrer..." lui annonçais-je et son regard s'attarda sur mon portable que je déverrouillais, mon doight glissant sur le logo des "photos". Une fois entrée dedans, j'ouvris l'album que j'avais précieusement gardé, comme des preuves da sa douleur passée et présente depuis les trois derniers mois . Mon père laissa un: "Bordel de merde...qu'est-ce que c'est que ça ?" Hurle-t-il sous le choc de ce qui se trouve devant lui. Et c'est bien plus qu'un choc. Sur les photos git Amelia, maigre dont le teint est pire que celle de la mort, trop mince pour son âge. Des yeux fatigués dont la couleur verte grise a disparu, des cernes énormes, des os se voyant à travers la peau, les piqûres infligées lors des transfusions de sang.
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