— Liam
Je sais.
Depuis que je l’ai vue aujourd’hui, je sais qu’il y a quelque chose qui cloche.
Alina a changé.
Pas brutalement, pas comme une crise de colère que je peux écraser en deux mots…
Non.
C’est plus subtil.
Une nuance dans ses gestes.
Un silence qui n’est pas vide, mais rempli d’autre chose.
---
Quand je suis rentré ce soir, je l’ai trouvée assise sur le lit, son carnet à la main.
Je ne l’ai pas quitté des yeux.
Elle m’a dit qu’elle écrivait.
Elle croit que je n’ai pas remarqué la façon dont elle a tourné légèrement le cahier, comme pour protéger ce qu’il contient… mais pas complètement.
Provocation.
Délibérée.
---
Elle pense pouvoir me tester ?
Elle me prend pour un imbécile ?
Je ne suis pas un homme qui agit sur un coup de tête.
Je laisse toujours croire que je suis pris au dépourvu… et c’est là que je frappe.
Si elle veut jouer à ça, elle va vite comprendre que je connais toutes les règles… et que je les brise quand ça m’arrange.
---
En descendant à la cave pour déposer ma veste, j’ai vérifié les enregistrements des caméras.
Je l’ai vue.
Assise près de la porte-fenêtre, le regard qui file dehors toutes les deux minutes.
Pourquoi ?
Qui est-ce qu’elle voulait faire croire qu’elle attendait ?
Et ce téléphone, laissé sur la table, écran allumé.
Même d’ici, je sais qu’il n’y avait rien dessus.
Mais l’intention était claire : me donner l’illusion d’un secret.
---
Elle croit que c’est elle qui observe.
Mais c’est moi qui la regarde, qui dissèque chacun de ses gestes.
Je pourrais tout de suite lui faire payer cette petite comédie.
Mais non.
Je vais attendre.
Je veux voir jusqu’où elle ira.
---
Cinq ans que je la tiens.
Cinq ans qu’elle plie, qu’elle encaisse, qu’elle revient toujours au point zéro.
Je l’ai façonnée.
Brisée.
Et maintenant, elle ose relever la tête.
C’est… intéressant.
Presque excitant.
---
Je me glisse dans le lit à côté d’elle.
Elle fait semblant de dormir, mais sa respiration est trop régulière pour être réelle.
Je sens la tension dans ses muscles, comme une corde prête à casser.
Je pourrais la prendre là, lui rappeler qui commande.
Mais ce serait trop facile.
Non, je vais la laisser croire qu’elle mène la danse.
Qu’elle a un coup d’avance.
Elle ne se doute pas que chaque pas qu’elle fera vers la sortie, je le contrôlerai.
Elle pensera qu’elle fuit… alors qu’elle ira exactement là où je veux.
---
J’ai vu ses mains tout à l’heure, légèrement rouges, comme si elle avait frappé quelque chose.
De la colère ?
De la frustration ?
Ou les deux.
Si elle commence à sortir cette rage que je sais enfouie en elle, ça pourrait être dangereux…
ou amusant.
---
Je ferme les yeux.
Pas pour dormir, mais pour mieux réfléchir.
Demain, je vais changer de stratégie.
Je ne serai pas seulement le mari qui impose.
Je vais devenir l’ombre derrière elle.
Invisible… mais partout.
Elle ne pourra plus faire un pas sans sentir ma présence.
Elle pensera être libre, mais c’est moi qui tiendrai les ficelles.
---
Et quand elle comprendra enfin qu’il n’y a pas d’issue…
Ce sera trop tard.