point de vue Alina
Il croit avoir toujours un coup d’avance.
Il pense que je suis prévisible, que je vais continuer à marcher dans ses pas comme un pantin cassé.
Mais je veux savoir…
Est-ce qu’il a remarqué que je ne suis plus la même ?
Est-ce qu’il est tombé dans mon jeu… ou est-ce qu’il me laisse juste m’agiter pour mieux m’écraser ensuite ?
Aujourd’hui, je vais tester.
Rien de trop gros.
Juste assez pour voir s’il mord.
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Liam m’a dit qu’il rentrerait tard ce soir.
J’ai haussé les épaules, comme si ça ne me faisait ni chaud ni froid.
En réalité, ces mots m’ont donné la première ouverture dont j’avais besoin.
S’il est vraiment absent, je suis libre de mes mouvements.
Et s’il ment… je verrai comment il réagit à ce que je vais laisser traîner.
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Je commence par m’habiller autrement.
Pas pour séduire, mais pour faire réagir.
Un jean clair moulant, un débardeur blanc simple, et mes cheveux attachés en queue haute.
Pas de maquillage lourd.
Juste moi.
Pas la poupée qu’il façonne, pas la femme qu’il veut montrer aux autres.
Le tissu du jean est rugueux contre ma peau, presque inconfortable comparé aux robes soyeuses qu’il m’impose.
Mais cette sensation, je l’accueille comme un rappel : aujourd’hui, je décide.
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En fin d’après-midi, je descends au salon avec mon carnet.
Je l’ouvre ostensiblement, puis je commence à écrire, penchée sur les pages comme si j’y mettais ma vie entière.
En réalité, je ne note que des phrases sans lien, mais je prends soin de tourner le carnet légèrement vers l’extérieur, assez pour qu’il puisse lire… si jamais il me surveille.
"Parler à Matteo."
"Ne plus perdre de temps."
"Sortir de cette maison."
L’encre noire brille encore, fraîche.
Je sens presque les caméras invisibles sur ma peau.
Est-ce qu’il regarde ?
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À un moment, je me lève, carnet en main, et je traverse le couloir.
Je pose volontairement mon téléphone sur la table basse, l’écran allumé sur un message… vide.
Pas d’expéditeur, pas de texte.
Mais vu de loin, ça pourrait ressembler à une conversation.
Je veux voir si, demain, il me demandera à qui j’écrivais.
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Le soleil descend, l’air devient lourd, chargé de cette odeur d’orage qui annonce une soirée étouffante.
Je prépare un thé, comme d’habitude.
Mais au lieu de le boire dans la cuisine, je vais m’asseoir près de la porte-fenêtre qui donne sur le jardin.
De là, si Liam me regarde sur ses écrans, il verra que je jette de brefs coups d’œil dehors.
Assez pour lui faire croire que j’attends quelqu’un.
Mon cœur bat vite.
Pas de peur.
D’adrénaline.
Cinq ans que je subis.
Cinq ans que je me tais.
Et là… je suis en train de jouer avec le feu.
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La nuit tombe.
Je laisse exprès la lumière du salon allumée, le carnet ouvert sur la table.
Puis je monte me doucher, sans fermer la porte complètement.
Sous l’eau froide, je ferme les yeux.
Les gouttes claquent sur ma peau comme de petites décharges électriques.
Je laisse mes pensées s’infiltrer dans ce bruit continu.
Des images reviennent.
Le lendemain de notre mariage, quand j’ai refusé de coucher avec lui et qu’il a pris une autre femme devant mes yeux.
Sa main autour de ma gorge, ses phrases murmurées pour me rabaisser.
Le goût amer de l’humiliation qui me collait encore aux lèvres des jours entiers.
Je rouvre les yeux, mes poings se serrent.
Aujourd’hui, c’est moi qui teste.
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En sortant de la douche, je m’enroule dans ma serviette et je reste un instant devant le miroir embué.
Mon reflet est flou, mais je distingue mes yeux.
Ils ne sont plus éteints.
Il y a quelque chose de dur dedans.
Je mets un jean et un haut en satin noir.
Pas pour lui.
Pour moi.
Pour me rappeler que je suis encore une femme, pas juste une ombre dans ses murs.
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Vers minuit, j’entends la porte d’entrée.
Je me fige.
Il est là.
Les battements de mon cœur ralentissent, comme si mon corps savait que c’est maintenant que je dois rester de marbre.
Il monte l’escalier, ses pas lourds et réguliers.
Quand il entre dans la chambre, je suis assise sur le lit, les jambes croisées, mon carnet à la main.
— Tu es rentré plus tôt que prévu, dis-je d’un ton neutre.
Il me regarde.
Ses yeux glissent vers le carnet, puis reviennent à mon visage.
— Tu fais quoi ?
— J’écris.
Sa mâchoire se contracte à peine.
Il ne demande pas ce que j’écris.
Mais je vois la tension dans ses épaules.
Il a vu.
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Il se déshabille lentement, comme si de rien n’était, puis se glisse dans le lit.
Je sens la chaleur de son corps contre le mien, mais aussi cette rigidité.
Il ne dort pas.
Moi non plus.
Je ferme les yeux, mais ma tête tourne encore.
Ce soir, je n’ai pas obtenu toutes les réponses.
Mais une chose est sûre : Liam est entré dans mon jeu.