— Liam
Je n’aime pas attendre.
Et je n’aime pas douter.
Ces deux dernières journées m’ont suffi pour comprendre une chose : Alina change.
Et ce changement, je ne peux pas le laisser grandir sans savoir d’où il vient.
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Ce matin, avant qu’elle se réveille, j’ai ouvert mon ordinateur.
Le plan de la maison s’affiche sur l’écran : chaque pièce, chaque couloir.
Les caméras couvrent déjà presque tout… presque.
J’ai ajouté deux nouveaux points hier soir, discrètement, pendant qu’elle dormait.
Une dans la bibliothèque.
Une dans la petite chambre où elle aime se réfugier pour écrire dans ce carnet.
Pas pour l’effrayer.
Pour observer.
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Je connais ses habitudes.
Pendant cinq ans, elle a toujours marché dans le même couloir à la même heure, bu le même thé à la même minute, lu le soir avant de dormir.
Aujourd’hui, j’ai envie de voir si elle brise ce rythme.
Je veux trouver la faille.
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Quand elle descend au petit déjeuner, je suis déjà installé.
Je la regarde approcher.
Jean brut encore.
Haut clair cette fois, simple, mais parfaitement choisi.
Rien à voir avec les robes que je veux qu’elle porte.
Je ne commente pas.
Je lui parle comme si de rien n’était.
Je veux qu’elle croie que je ne remarque rien.
— Tu as bien dormi ?
— Oui, merci.
Sa voix est posée. Trop posée.
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Je glisse ma première question-piège.
— Tu as prévu quelque chose aujourd’hui ?
Elle hésite une demi-seconde.
— Non, je pensais rester ici. Pourquoi ?
Je souris.
— Pour rien. Je me demandais juste.
Ce n’est pas sa réponse qui m’intéresse.
C’est l’hésitation avant.
Une fraction de seconde, mais je l’ai vue.
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La journée, je la laisse tranquille.
Enfin… en apparence.
Je travaille dans mon bureau, mais je garde un œil sur l’écran discret posé sur le côté.
Elle lit.
Elle écrit.
Parfois, elle s’arrête et regarde par la fenêtre.
Rien de suspect.
Mais je sais que quand quelqu’un prépare quelque chose, il ne le montre pas ouvertement.
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En milieu d’après-midi, je vais la trouver dans le petit salon.
Je m’assois à côté d’elle, un peu trop près.
Elle sursaute à peine, mais ses doigts se crispent légèrement sur son livre.
— Tu sais, Alina…
Elle lève les yeux.
— Oui ?
— J’ai pensé qu’on pourrait sortir demain. Juste nous deux.
Je vois son regard glisser une seconde vers le carnet posé sur la table basse.
Comme si elle voulait le protéger.
Je souris intérieurement.
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Je change de sujet comme si de rien n’était.
On parle de banalités, mais je glisse des remarques calculées.
— Tu sembles… différente ces derniers temps.
— Différente ?
— Oui. Plus… vivante.
Elle ne répond pas tout de suite.
— Ce n’est pas une mauvaise chose, non ?
— Pas forcément, dis-je en la fixant. Tant que ça reste pour moi.
Je veux qu’elle sente la frontière.
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Le soir, je teste autre chose.
Je lui dis que je vais rentrer plus tard demain.
Je ne le ferai pas.
Je veux voir ce qu’elle fera en pensant que je ne suis pas là.
Je ne lui dis pas que la maison entière est sous surveillance.
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Avant de dormir, je m’approche d’elle.
Je pose ma main sur sa gorge, doucement, juste assez pour sentir son pouls.
Elle me regarde sans bouger.
— Ton cœur bat vite, Alina.
— Je suis fatiguée, c’est tout.
Je relâche ma prise, mais mes yeux restent ancrés aux siens.
— Bonne nuit.
Je sais qu’elle pensera à ce geste.
Et je veux qu’elle se demande si c’était une menace… ou un avertissement.
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Demain, je saurai.
Demain, je verrai si cette "nouvelle Alina" est juste un hasard…
Ou le début d’une trahison.
Et si c’est une trahison…
Alors elle comprendra qu’on ne joue pas contre moi.