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Pendant ce temps dans la ville de Tottori, Aeka étendait son linge.
** Aeka
Avant, c’était Hiroko qui étendait le linge en rentrant de l’école. Elle aimait le parfum de la lessive. Je ne me rendais pas compte de tout ce qu’elle faisait dans la maison. C’était devenu un quotidien et je ne lui avais jamais redemandé si elle aimait toujours cette odeur d’amande fraîche.
Il n’y a plus mon déjeuner quand je me lève le matin, la vaisselle déborde quand je rentre le soir. Le linge s’accumule dans la panière… Mais… Tout ça n’avait plus d’importance. Hiroko, elle… N’était plus là, avec moi.
J’apercevais Austin rentrer chez lui le cartable à la main. Ou était ma fille ? Je faisais la cuisine et remplissais systématiquement deux assiettes. Mais qu’est ce que j’ai fait ?…
Je tordais le chiffon en deux et retenais mes larmes de couler. Si Vicky me voyait ! Si elle voyait ce que devenait sa fille ! Mais elle ne pouvait pas rester ici. Je ne pouvais plus supporter de voir son visage se décomposer à chaque fois qu’elle regardait par la fenêtre. Je n’avais pas assez d’amour pour elle, c’est vrai. Je m’en rends compte maintenant… De la mauvaise mère que j’ai été. La preuve… Hiroko ne m’a jamais appelé maman ! Parce que je n’étais pas faite pour ce rôle. Je l’ai recueillie parce que c’était les derniers volonté de Vicky… Que je garde sa fille.
Je n’étais pas faite pour être sa mère, ni à cette époque… Ni maintenant. Je suis sure qu’elle me déteste à présent. Peut être que je l’ai perdue pour de bon ? Je l'aime tellement ! Et pourtant … Je suis incapable de la faire sourire. Austin était son seul rayon de soleil. Il ressemble tellement à son frère… Je suis sure… Qu’il aurait le même visage aujourd’hui.
Je sortais prendre l’air sur la terrasse… L’air printanier était plus qu’agréable. Le soleil se couchait déjà… Le temps passait vite.
« Madame Mori ? »
Je sursautais en rouvrant les yeux. Je m’étais endormie sur la balancelle. Je clignais des paupières quand cette silhouette à contre-jour répéta :
- « Madame Mori ?
- …Je… Je m’appelle Banru Aeka. Qui êtes-vous ?
- Ha… Vous n’êtes pas la mère de Mori Hiroko ?
- Si. Que voulez-vous ? »
C’est quand ce garçon se pencha au-dessus de moi que j’aperçus un visage de lycéen aux cheveux aussi orangés que le soleil couchant.
- « Bonjour, je ne me suis jamais présenté. Je m’appelle Fuyuki Nekonuma. J’étais… Je crois, l’ami d’Hiroko.
- Vous croyez ? Répétais-je surprise.
- En fait… J’étais l’ami d’Austin et je voyais Hiroko aussi souvent que lui.
- Il est tard pour une visite de courtoisie.
- Je m’excuse, madame. J’attends depuis à peu près deux heures, je ne voulais pas vous réveiller, mais il commençait à faire frais.
- Hein ? Sursautais-je en voyant l’heure. Je dors depuis aussi longtemps ? !
- Ha… Oui.
- J’ai encore des milliers de choses à faire, mais… Tu as poliment patienter alors, que puis je faire pour toi ?
- Prendre des nouvelles d’Hiroko.
- Hiroko n’est plus ici. Rétorquais-je tristement.
- Oui… Je sais. Il se trouve que ma copine est dans sa classe. Elle me l’a dit il y a tout juste quelques heures. Alors… Je voulais savoir… Pourquoi l’avoir envoyé si loin ?
- Que je sache, tu n’es pas venu la voir quand elle était là. Et tu viens quand tu sais qu’elle n’est plus là. Est-ce que mon raisonnement paraît censé ?
- Oui madame.
- Et tu veux savoir pourquoi je l’ai envoyé là-bas ?
- Oui madame.
- … Bon, très bien. Hiroko ne m’a jamais rien raconté sur ce qui c’était passé. Alors je vais te dire comment je vois les choses. Tu as les sourcils inquiets et les yeux d’un chien battu. Alors soit tu es son ami et c’est vraiment de l’inquiétude, ce que je viens de démentir par ton manque de visite, soit tu te sens coupable. Et j’opte pour mon deuxième argument. Maintenant ne compte pas sur moi pour te remonter le moral et te sentir moins fautif que ce que tu n’es déjà censé l’être.
- Vous avez raison, madame. Je suis désolé.
- Ce n’est pas à moi qu’il faut le dire mon petit. Mais… Il n’est jamais trop tard pour lui dire à elle. Apparemment, tu sais où la trouver.
- Je ne pourrais pas lui dire…
- Pourquoi ?
- Parce que… Hésitait-il en plissant des yeux et relevant ses épaules comme si j’allais le frapper : je ne le pense pas vraiment.
- Quel genre d’ami crois-tu être ?… Fuyuki Nekonuma ?
- j’en sais rien. Je voulais la sauver d’Austin. Mais j’ai échoué.
- Tu te trompes. C’est Austin qui sauvait Hiroko. Ca peut paraître horrible, mais c’est pourtant la triste réalité.
- Qu… Quoi ?… Je… Je ne comprends rien !
- Ce n’est pas si simple. Austin n’était pas seulement son ami d'enfance ou son grand amour. Je sais à quel point elle a pu l'aimer…Mais, ce n'est pas juste ça. C’est plus profond encore. Austin le sais bien. C’est pour ça que je ne lui en veux pas et… Ce jour là devait arriver. Ce poids était trop lourd à supporter. En vérité, tu n'as pas grand-chose à te reprocher si ce n’est peut être avoir fais exploser une bombe destiné à exploser tôt ou tard.
- Je ne comprend pas Madame. Comment ne pas lui en vouloir ? De quel poids parlez-vous ? Il était affreux avec elle et la traité comme une esclave !!
-Ça n'as pas toujours était le cas. Bien sur que je lui en veux de l'avoir traiter comme ça, elle ne le méritait pas. Mais je ne lui en veux pas d'avoir craquer. J’espère seulement… Qu’ils pourront se pardonner l’un l’autre et vivre enfin leurs vies.
- Je… Ne comprends décidément pas.
- … Il n’est pas nécessaire de comprendre. Seul le futur compte maintenant, et aucun de nous n’a les bonnes cartes en main. Merci de t’inquiéter pour elle. »
** Fuyuki **
Je restais encore quelques minutes sur le palier. Son corps voûté et fatigué avait croulé sous ses pas. Que voulait-elle dire en faisant allusion des sentiments d’Hiroko pour Austin ? Ce qu’il représentait pour elle ?… Son meilleur ami, son amour secret, son ami d’enfance ? Il était les trois. Mais pourtant… Dans ses yeux pétillants de larmes… Il y avait autre chose, de bien plus fort. Quelque chose que je ne pouvais comprendre, et qui me laissait sentir bien plus désorienté que je ne l’étais déjà.
Quel était ce sentiment ? Comme si je venais de me rendre compte que je ne savais rien. Rien sur Hiroko, sur sa vie, sur qui elle est… ? Etait ?… Je ne savais même pas qu’elle portait un nom différent de sa mère. Elle avait été adoptée ?
Je traînais dans le jardin quand Austin sortit de chez lui. Il me regardait, le regard dans le vide et sans s’attarder. Lui aussi avait changé. Son sourire s’était effacé en même temps que le soir ou il avouait ses sentiments à Hiroko. Quelle ironie…
Il ne m’adressa pas un bonjour, et moi non plus. Pourtant il ne partait pas, restant là sans rien faire comme s’il me faisait savoir qu’il était là mais qu’il ne venait pas volontairement.
Alors j’allais à sa rencontre sans vraiment savoir quoi dire ni quoi faire. Est-ce que je le détestais maintenant ? Je n’avais aucune idée de ce que je ressentais.
Il s’asseyait sur les quelques marches du palier et je fis de même. J’entrouvrais la bouche près à entamer une discussion quand il me devança :
- « Elle est parti, c’est ça ? Demandait Austin sans lever les yeux.
- … Tu ne le savais pas ?
- Non… Je la croyais encore enfermée dans sa chambre.
- Et alors, comment tu te sens ? Elle te manque ?
- Pas du tout. Rétorquait-il le visage froid. Je suis débarrassé. Je ne l’ai plus sur le dos… C’est ce que je voulais.
- Ouais… Je peux te demander de sourire ?
- … Je n’aime pas sourire bêtement.
- Tu devrais. Parce que depuis le soir ou vous vous êtes disputés, tu es dépressif.
- Dis pas de conneries.
- Quand elle t’a poussé dans les escaliers, tu ne l’as même pas évitée. Tu aurais facilement pu, j’étais à côté et je ne suis pas stupide. Et puis elle s’est fait virer à cause de toi. Tu aurais pu la défendre.
- C’est elle qui m’a poussé, elle a eu ce qu’elle méritait. J’aurais pu faire une sacrée chute !
- Ne dis pas n'importe quoi. Tu l'as cherché en la dévisageant. Elle ta à peine pousser parce que tu lui barré le passage. Franchement…A croire que c’est ce que tu voulais.
- Tu es venu pour m’emmerder ?
- T’as raison, je dois y aller. Et puis qui sait, elle trouvera peut-être un garçon qui mérite son attention dans son nouveau lycée ! »
Il avait brusquement levé les yeux sur moi. Je m’en doutais. Il n’était pas si insensible qu’il voulait le prétendre. Quoi ? C’est sa cuisinière personnelle qui lui manquait ?… Ou bien juste elle et sa pénible dépendance ? … Peut-être bien les deux.
** Austin **
Seul face au soleil qui épuisait ses derniers rayons, j’apercevais Aeka faire la cuisine par la petite fenêtre. Les rideaux étaient à moitié tirés… Mais je la voyais, et elle aussi, me regardait.
« La ferme… Marmonnais-je en plongeant mon visage dans mes mains, les larmes cognant contre mes paupières … La ferme. »
**
Le lendemain. Chez Tsume
** Tsume **
Mon réveil n’avait pas paru aussi doux depuis des jours. J’éteignais l’alarme de l’horloge et m’étirais en grande forme. Je sautais dans mes chaussons et sortais de ma chambre.
Cette porte enchaînée à ma droite semblait étrangement intégrer mon quotidien. Je passais devant sans plus m’attarder et m’installais à table avec mes parents.
Mon père baissait le journal pour me saluer, mal rasé, mal peigné… Il n’avait pas l’air pressé, un jour comme un autre. Il ne commençait le boulot qu’à neuf heures, un luxe que beaucoup aimerait avoir, même si son travail à lui était de nature stressante. Cela dit...Mon père était le genre à oublier le travail aussitôt sorti de son bureau. A quoi bon se ruiner la santé à penser à une chose qu’on ne peut arranger en étant chez soi ? Il n’avait pas tort. Il travaillait dans les ressources humaines. En gros, son travail c’est d’embaucher et de virer des gens et de gérer tous les problèmes du personnel de l’entreprise.
…S’il arrive à gérer cent-trente salariés… Il ne peut pas gérer une fille coincée dans sa chambre ?
Maman avait lissé ses cheveux aujourd’hui, tous les jours elle se coiffait différemment et représentait l’image du salon de coiffure qu’elle avait créé il y a deux ans, moderne et plein de vie.
A peine avait-elle fini de boire son café qu’elle passait ses mains dans mes cheveux, choses très désagréable au réveil.
- « Maaaman ! !
- Quoi ? Ils sont un peu longs, non ?
- Occupe-toi plutôt des cheveux d’Hiroko, elle commence à avoir la frange jusqu’au nez ! On dirait une poupée vaudou !
- Fait attention à ce que tu dis jeune homme. Moi je la trouve très mignonne, même si je me ferais un plaisir de m’occuper de ses cheveux, mais si je m’écoutais, toute la planète passerait sous mes ciseaux.
- Wow ! Non merci, Lançais-je en sortant de table. Garde tes ciseaux loin de moi.
- Tu t’en vas déjà ?
- Oui, j’aimerais… Vérifier quelque chose.
- … Hum… Soufflait ma mère en m'observant quitter la maison. Ou il va comme ça ?…
- Arrête de l’espionner. Soufflait mon père en changeant sa page du journal.
- Ne fais pas comme si tu n’étais pas curieux derrière ton journal. Tu ne le lis même pas !
- C’est justement en faisant semblant de ne pas écouter qu’on en apprend le plus.
- Et qu’est ce que tu as appris ? Demanda-t-elle d’un large sourire.
- Que tu es aussi curieuse que notre fils !
- Ça, tu le savais déjà. »
Je squattais sous le sapin, le soleil s’était déjà levé et les fleurs se réveillaient autour de moi. Des pissenlits s’envolaient dans la rosée du matin, je les suivais comme des anges qui égaillaient la journée, quand je croisais son regard noisette par la fenêtre. Son visage était triste… Comme tous les autres jours. Je perdais le sourire quelques secondes pour me perdre dans cette abysse vide et sombre. Je n’avais pas l’habitude d’être confronté à ces regards là… Ceux qui disent que tout est perdu, que la partie a été jouée et qu’il n’y a plus qu’à abandonner.
Je n’arrivais plus à détourner le regard, plongé dans ce malaise.
Elle ouvrait la fenêtre et se hissait par-dessus le rebord de pierre effrité. Sa frange de toutes les longueurs cachait de plus en plus son visage, de jour en jour, et son sport du matin ne l’aidait pas à rester coiffée.
Elle passait à côté de moi sans même un regard et sans m’adresser la moindre parole. Etais-je devenu à ce point invisible ?
J’engageais la discussion :
- « Bonjour Hiroko.
- …
- Haaa… Soufflais-je d’un ton satisfait. Je vois que je n’aurais pas besoin de courir les magasins pour t’acheter des livres. »
Elle s’était arrêtée et serrait des poings. Wow ! ! Elle a vraiment pas l’air contente ! Je penchais la tête pour voir son visage de plus près quand une sorte de grimace se dessinait sur son visage, son corps tout tremblant.
- « Bon…..boooon… Bégayait Hiroko en décrispant ses lèvres au maximum. Bonjour !
- ….Wooow…. Soufflais-je perplexe. C’est un sourire, ça ? J’espère que t’as jamais souri à personne… »
Elle me regardait avec un regard vexé. Moi et ma foutu langue qui parle trop vite.
- Ne te moque pas de moi ! Avait- elle fini par dire
- Ce n’était qu’une plaisanterie. Mais… désolé si ça t'as vexé. Je n'avais pas réaliser les efforts que tu faisais.
Elle avais pris un air surpris. Je ne pense pas qu’elle soit habitué à ce que quelqu’un s'excuse. C’était ma faute après tout. Elle entrouvrait la bouche, mais aucun mot n'en sortie. Je me demande à quoi elle pensait. C’est fatiguant d'essayer de la comprendre.
- J'y vais. A ce soir Hiroko.
Demi-tour. Je ne voulais plus la voir. Je sautais sur la mob à Sarim et partis sans plus échanger de mot.
La matinée s’était passée plutôt calmement, c’était limite agréable d’être en cours.
Je me plongeais dans le premier chapitre à traduire. Je déchiffrais tout juste le sens du texte qu’une masse noire m’assommait de plus en plus. Je me retournais, sourcillant de nervosité… Hiroko me dévisageait littéralement. Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait encore ? !
Ses petites noisettes me dévoraient affreusement quand elle me fit signe du doigt.
« Hein ? »
Elle me montrait un petit bout de papier qui s’était déposé sur ma table. Depuis quand je l’avais reçu celui là ? Je l’ouvrais curieusement…
« David Gemmel : La legende »
C’était le livre qu’elle voulait ? Je la fixais sans aucune discrétion. Elle aurait au moins pu attendre la pause et me parler de vive voix.
A la pause déjeuner, Hiroko s’était envolée aussi vite qu’un petit oiseau. Impossible de lui dire que je ne pourrais pas acheter son livre aujourd’hui. On montait comme d’habitude sur le toit du Lycée. Accompagné de Sarim, fidèle compagnon, De Kiru, une camarade de classe que je soupçonne d’être amoureuse de Yuen, qui nous a rejoint cette année dans notre Lycée.
On s’asseyait tous les quatre à notre emplacement habituel, près du petit muret ombragé. Kiru avait créé un petit jardin secret auquel on aimait tous mettre la main à la patte. C’était le tour de Yuen d’arroser les fleurs. Kiru s’était levé et le suivait partout ou il allait. Qui n’était pas amoureux de lui de toute façon ? C’est de loin le gars le plus canon du Lycée, le mec parfait sous tous les angles. Imaginez le gars d’un mètre quatre-vingt aux cheveux noirs ébène et aux yeux d’un lac bleu turquoise ?
Le pire c’est quand on va à la piscine, il déclenche carrément une émeute autour de lui avec son tatouage d’ailes dans le dos. Ca lui suffit pas de faire croire qu’il est un ange, il a fallu qu’il se fasse un tatouage pour que tout le monde le voit.
Néanmoins, il est aussi canon qu’adorable. il a de la patience… Kiru est vraiment de nature collante. Elle est venue une fois me dire bonjour, j’ai répondu la même chose et depuis elle me colle au bask. Sans vraiment m’en plaindre, Kiru est une gentille fille. Je l’observais le sourire aux lèvres sautiller derrière Yuen, ses cheveux longs et ondulés doraient au soleil et s’émerveillait à chaque arc-en-ciel qui apparaissait sous les gouttes de l’arrosoir.
Je me relaxais enfin et demanda curieusement à Sarim
- « Dis… Tu connais le livre : La légende, de David Gemmel ?
- Non… Mais Yuen est calé en littérature. Tu devrais lui demander. Depuis quand tu lis ?
- … Ha… Non j’aime pas spécialement lire mais je suis curieux de savoir de quoi ça parle.
- Laisse moi deviner… Hiroko aime ce livre ?
- Ha… heu… J’en sais rien. Elle veut que je lui achète.
- Que tu lui achète ? ! Attends, ça veut dire que vous avez parlé ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ! ! Raconte ! Demanda t-il excité.
- Parlé, pas vraiment. Plutôt… Négocié.
- Ca fait quoi, presque deux mois maintenant qu’elle vit chez toi, et c’est la première fois que vous ouvrez un dialogue, je trouve ça pas si mal.
- Ouais… On a mangé ensemble aussi. Par terre, et moi calé entre la porte du couloir et sa chambre. Hum…
- Tu as l’air bien pensif…
- Je me demande juste ce qu’elle pouvait aimer. Elle a tellement l'air triste tout le temps
- … ça te ressemble bien de t’inquiéter pour elle. Tu commence a t'attacher on dirait.
- Je ne dirais pas que je suis attaché. Mais elle vie chez moi alors forcément je fini par me poser des questions.
- Et voilà ! Cria fièrement Kiru, notre petit jardin se porte bien !
- Oui, Kiru a de vraies mains vertes. Rétorqua Yuen d’un large sourire, qui fit pâlir Kiru de bonheur.
- Ha ! Coupa Sarim, puisque tu es revenu, Tsume me demandait si je connaissais le livre « la legende, de David Gemmel. » mais je ne suis pas très littérature moi.
- La légende, oui je l’ai lu, il est vraiment bien !
- Wow ! ! Ca raconte quoi ?
- Huum…. Réfléchissait Yuen en levant les yeux au ciel. C’est une histoire fantastique. Druss est une légende. Ses exploits sont connus de tous, il était un guerrier redoutable. Mais au lieu de la richesse et de la célébrité, il a choisi de vivre retiré loin des hommes, au sommet d'une montagne, avec pour seuls compagnons quelques léopards des neiges. C’est là que le vieux guerrier attend son ennemi de toujours, la mort.
- Ha ouais… C’est pas très joyeux comme histoire.
- Ce n'est que le synopsis ! Je te conseille de le lire. Rétorqua aussitôt Yuen. Qui que ce soit qui te l’ai conseillé, cette personne a de bon goût. La puissance de l’auteur, le souffle épic des descriptions, les valeurs qu’on ne connaît plus aujourd’hui…
- Ok ok…j’ai compris. »
Yuen s’entendrait bien avec Hiroko… Ils pourraient au moins parler tous les deux. Je suis sure qu’ils auraient plein de chose à se dire.
Cette histoire… On dirait celle d’Hiroko. Une fille qui attend la mort dans sa chambre avec son ours Kihou pour seule compagnie. Une forteresse imprenable, cadenassée par de solides chaînes. Et l’envahisseur… ça serait moi ?
Je suppose qu’elle n’aime pas vivre chez des inconnus, et j’aurais surement du m’abstenir de me moquer de son sourire. Mais j’y peux rien, je dis ce qui me passe par la tête sans jamais y réfléchir. Je ferais mieux de faire encore des efforts moi aussi sur mon franc parler.
…Est-ce qu’elle mange au moins ?… Est ce qu’elle ne se sent pas trop seule derrière son muret ?…
** Yuen **
Tsume paraissait pensif et ne calculait plus rien à ce qu’on racontait. Il fixait ce muret depuis bien cinq minutes et ses sourcils se fronçaient en permanence.
Il se levait sans rien dire, faisait quelques pas, et revenait s’asseoir. C’était la première fois que je le voyais aussi perdu dans ses pensées. En fait, depuis qu’Hiroko habite chez lui, je ne sais jamais quelle tête va avoir Tsume au petit matin.
Il me fatiguait presque à être aussi hésitant alors je me décidais finalement à intervenir :
- « Va la voir….
- Hein ? Marmonnais-je en sortant de mes pensées.
- Tu t’inquiètes pour elle… Va la voir.
- … Je vais juste voir si elle a mangé. »
C’était étonnant. La première fois que j’ai vu Tsume, il paraissait être un garçon plutôt banal. Il n’était pas spécialement aimé, mais n’était pas détesté. En fait tout le monde avait une bonne image de lui comme le gars gentil et intelligent, mais sans rien de bien particulièrement attachant. Et pourtant, il y avait cette fille, Kiru le suivait partout où il allait. Je trouvais ça bizarre, mais on voyait bien qu’il prenait sur lui.
J’ai aimé cette gentillesse, mais ce qui a fait de lui mon meilleur ami… C’est sa façon de toujours dire ce qu’il pense au moment ou il le pense.
Les gens en général, n’accrochent pas avec les personnes trop honnêtes. C’est vrai, on préfère ne savoir que le bon, être complimenté et aimé. Mais Tsume n’était pas comme ça. Il le savait et essayait parfois de se corriger, jusqu’à ce que sa nature revienne plus vite que ses pensées.
Combien de fois je l’ai entendu dire à Kiru qu’il allait partir en courant et qu’il la sèmerait dans une ruelle pour respirer un peu. He bien… Ce n’était pas des paroles en l’air. Il l’a vraiment fait.
Ca peut paraître méchant… Mais faut connaître Kiru ! Personne ne veut rester ami avec elle, tellement elle est envahissante. Jour et nuit, elle est là. Mais Tsume revenait toujours le lendemain en s’excusant. Je crois que c’est pour ça qu’elle était tombée amoureuse de lui, avant qu’elle ne jette son dévolu sur moi. Kiru est une vraie girouette de toute façon. On ne la prend pas vraiment au sérieux et je crois qu’elle non plus ne se prend pas au sérieux. Ce qui est un bon point car on peut l’apprécier à sa juste valeur.
Ce qui était donc étonnant… C’est que Tsume paraissait de jour en jour plus désorienté en ce qui concernait Hiroko. D’habitude sur de lui et têtu comme un mulet, il se remettait en question et pour la première fois… Il cherchait à connaître quelqu’un de lui-même.
Je le voyais penché au-dessus du muret, avant de sauter par-dessus et disparaître avec elle.