La négociation

4790 Mots
je continuais à recevoir des origamis, de plus en plus nombreux, s’enchaînant sans fin, recouvrant presque mon bureau jusqu'à se retrouver par terre. Cette fille ne va vraiment pas bien ? !… Et c’est moi qui ose penser ça… Sans me démonter, je levais mes petits yeux noisette pour lui lancer quelques éclairs furieux, quand le professeur m’interpella : - « Mademoiselle Mori Hiroko ! Qu’est ce que signifie toute cette pagaille sur votre bureau ? ! Ce n’est pas une cour de récréation ! ! ! - …. - Très bien, vous persistez à garder le silence, vous viendrez passer votre samedi en retenue, ça vous fera peut être prendre conscience de vos actes ! » Je le maudissais, et elle encore plus ! Quand elle se leva subitement, faisant racler sa chaise sur le sol grinçant. - « Excusez-moi, Monsieur, ce n’est pas Hiroko qui a fait ça… C’est moi. Je persistais à vouloir attirer son attention. Mettez-moi en heure de colle à sa place s’il vous plaît ! - Non. Vous irez, toutes les deux. Ce n’est pas un terrain de jeux ici. - Mais… ! ! ! - Taisez-vous maintenant et continuez votre devoir. - …Oui monsieur. » Si elle croit que parce qu’elle se dénonce, je vais lui pardonner ! Et pourtant ma petite bulle à l’intérieur me suppliait de le faire. Mais non ! Moi et ma grande fourche, on ne pardonne personne ! Tsume s’était retourné quelques minutes plus tard et me marqua en gros sur ma feuille : « C’était des cadeaux ! Sois polie et dit merci ! » Merci… Ce garçon était à cheval sur la politesse. Je le regardais, surprise, son dos était voûté sur la table, visiblement épuisé. Ses cheveux châtains voguaient sur sa nuque. Je n’arrivais pas à me rappeler où je l’avais déjà vu avant que je n’atterrisse chez lui. Mais cette phrase écrite noir sur blanc… M’évoquait un drôle de souvenir. Je passais la matinée à me poser la question, mais c’est à la pause déjeuner que j’eus enfin la révélation. Je ne mangeais pas aux réfectoires à midi, il y avait bien trop de monde. Alors je m’éclipsais sur le toit du Lycée d’où la vue était impressionnante. Le moderne se mélangeait aux maisons traditionnelles, aux rues bondées comme à celles désertes. La végétation était parfaitement équilibrée par ce temps printanier. Les fleurs de cerisier envahissaient les trottoirs, les toits, les terrasses et les jardins. Je m’asseyais dans un coin un peu reculé et caché par deux petits murets, quand j’entendais un petit groupe s’installait non loin de là. Personne n’avait détecté ma présence et c’est sans trop de curiosité que j’entendais parler de pizza champignon. « Pizza champignon ! ! » J’avais crié malgré moi. Mais je venais de me rappeler, ce garçon qui m’avait secoué, et qui par la suite m’avait demandé de lui présenter des excuses pour avoir laissé le magasin en désordre… C’était Tsume ! ! Et… Celui qui m’avait surprise en train de chanter… C’était Sarim. Je me secouais la tête comme un mauvais souvenir. Dire que cette pizza était pour Austin ! ! Depuis quand n’avais-je pas pensé à lui ? Une aura me consumait, furieuse d’avoir été aussi naïve, qu’est ce que je pouvais être nulle ! Et dire qu’il en a profité et qu’il a mangé des champignons ! ! ! Des champignons !! Avec sa peau lisse et rugueuse ! - « Wow… Tu m’as fait sursauter à hurler comme ça. Lançait tout à coup Tsume par-dessus le muret, me regardant curieusement. - Des champignons ! Il a mangé des champignons ! - …Woow… Coupa-t-il les yeux écarquillés … Alors tu causes finalement ? Même si je ne comprends rien à ton histoire de champignons, tu es rouge écarlate, tu devrais boire un peu. - Hein ?… Je… Je… - … regard perplexe - …bouche entrouverte…. » Qu’est ce qu'il m’arrive ?… Est-ce que je viens d’hurler ?… Ma voix n’était pas juste intérieure ? Ses yeux marins m’étouffaient encore une fois… M’emmenant loin, profondément, dans les abîmes ou l’air commençait à manquer. J’entrouvrais plus grandement les lèvres pour respirer mais seulement des bulles en sortaient, je me noyais. ** Tsume ** Son regard s’était fixé. Le visage levé vers le mien, ses cheveux châtains tombaient derrière ses oreilles. Sa peau était pâle et des sons étranges sortaient de sa gorge comme si… Elle suffoquait ? ! ! - « Wow ! ! ! Hiroko, ça va ? ! ! … Criais je en sautant par-dessus le mur, appelant Sarim dans la même action. Hiroko ! ! - Qu’est-ce qui se passe ? intervint Sarim en passant à son tour la tête par-dessus le muret. Elle est tombée dans les pommes ? - J’en sais rien, elle a aucune réaction depuis quelques secondes, mais ses yeux sont ouverts. Hiroko c'est vraiment pas drôle ! Criais je en la secouant de tous les côtés de plus en plus fort - Heu… intervint Sarim en sautant le mur. Calme-toi Tsume, je sais que tu veux la tuer mais le faire en la secouant c’est v*****t comme mort ! - Tiens, j’avais pas pensé à ça… Soufflais-je d’un sourire en coin avant de reprendre mon sérieux, arrêtant de la secouer pour la poser contre mon épaule. - … Je plaisantais Tsume. - Dommage, l’idée était intéressante ! Je l’emmène à l’infirmerie. - Besoin d’aide ? - C’est pas parce que t’es plus baraqué que moi que je n’ai pas de force. - De suite, la jalousie… - Elle a fermé ses yeux… Je crois qu’elle est vraiment tombée dans les pommes. Aide-moi à la passer par-dessus le mur. - Tu vois que t’as besoin d’aide. - Je ne vois pas de quoi tu parles. - Jaloux. » Elle était légère et sans vraiment m’en rendre compte, j’admirais son visage endormi d’un air apaisé. Qu’est-ce qui l’avait conduit jusqu’ici ?… Je ne comprenais pas sa souffrance. Sa tête basculait sur mon épaule et ses mains agrippaient inconsciemment ma chemise. Wow… Elle est vraiment évanouie ? Ses yeux se plissaient parfois mais ne se décidaient pas à s’ouvrir. Ses cheveux étaient si fins qu’il venaient chatouiller mon cou. Je grimaçais, je n’aime pas les chatouilles. Mais… Elle… Elle sentait bon. Après l’avoir déposé, l’infirmière m’annonçait qu’elle était tout simplement endormie. Ca ne m’avait guère étonné au vue de son rythme de vie et ses balades nocturnes dans ma chambre. Je repartais sur le toit sans grande inquiétude quand Miho, ma camarade de classe m’arrêta au milieu du couloir. D’habitude souriante, son visage se montrait anormalement fermé. Ses cheveux d’or ne suffisaient pas à éclaircir son teint déprimé. - « Tsume ! … C’est vrai, qu’Hiroko est à l’infirmerie ? - Oui, elle était juste fatigué. Pas de quoi s’inquiéter. - S’il te plait… Prends bien soin d’elle ! ! Cria-t-elle subitement - ….wow… Soufflais-je surpris. Qu’est ce qu’il y a ? Me dit pas que ma mère a fait une réunion collective pour m’obliger à être gentil avec elle ! ! Je viens de traverser le bâtiment pour l’emmener à l’infirmerie, ça prouve ma bonne foi non ? Bon d’accord, c’est vrai que j’ai toujours l’idée qu’elle fera aussi des efforts pour me laisser dormir mais enfin je… - Ce… Ce n’est pas ça. Coupa-t-elle les yeux étonnés en se redressant. Je sais… Pourquoi elle est comme ça. Et… J’y suis aussi pour quelque chose alors… Je veux juste qu’elle soit heureuse. - Comment ça, ta faute ? Rétorquais-je sérieusement. Attends, c’était pour ça, les origamis ? ! - Je voulais me faire pardonner ! Au début… Je n’étais pas sure que c’était bien elle… Mais maintenant j’en suis sure ! - Miho. Criais-je, les sourcils froncés. Raconte-moi. - Mon… Mon copain… C’est Fuyuki Nekonuma. A cette époque, c’était l’ami d’Austin Isuko. - Qui est ce ? - Tu…Tu ne sais pas ? C’est pourtant à cause de lui qu’elle est chez toi ! - Ha. Ouais, on m’a pas vraiment dit grand-chose en fait. » Miho m’avait calmement invité dans une salle de classe vide à cette heure ci. Assis sur le rebord de la fenêtre, j’écoutais attentivement son histoire… - « Un jour… Fuyuki m’a téléphoné parce qu’il voulait rendre service à Hiroko. Je ne l’avais jamais vue mais Fuyuki m’avait déjà parlé plusieurs fois de cette fille folle amoureuse de son ami, Austin. Mais… ça faisait plusieurs semaines qu’il se plaignait de voir Austin dépasser les limites de leur relation. On se téléphonait presque tous les soirs et à chaque fois, il me racontait comment Austin traitait Hiroko. Et combien il devenait différent dès qu’elle était là. Austin n’est pas quelqu’un de méchant. Je l’ai déjà rencontré à plusieurs reprises. Il est même très beau garçon, gentil et drôle. Mais Fuyuki disait qu’il avait une autre facette dés qu’il rentrait chez lui, qu’il devenait mesquin, menteur, et profiteur. - Désolé mais moi j’ai entendu que la version ou il reste un beau salop. Qu’est-ce que tu viens faire là-dedans ? - …Ha oui… Fuyuki m’avait téléphoné pour lui rendre service. Il disait qu’il voulait faire d’Hiroko une vraie beauté pour un festival, mais qu’elle n’avait pas de Yukata. Il m’a demandé s’il pouvait emprunter mes affaires, et je lui ai dit oui. Ce n’était que pour une soirée et puis… Je croyais que ça partait d’une bonne intention. Mais… ça s’est mal terminé. Si seulement j’avais refusé de l’aider ! Elle ne serait sans doute pas comme ça aujourd’hui ! ! ! Fuyuki m’a dit qu’elle était adorable, qu’elle chantonnait tout le temps et qu’elle souriait toujours pour pas grand chose, alors… Alors quand j’ai su que c’était elle… Et que je l’ai vu si renfermé… - Mais en quoi c’est votre faute ? - Fuyuki savait comment ça allait finir et… Il me l’avait dit au téléphone. Il disait qu’Austin ne supporterait pas de la voir comme ça… Je ne sais pas pourquoi. Mais il avait raison sur absolument tout… Sauf sur comment elle deviendrait. J’ai pensé que c’était une bonne idée. Que si elle voyait d’elle même la face cachée d’Austin, elle vivrait sa vie et pas celle qu’il lui dictait. Je ne suis qu’une idiote. Je n’avais pas à décider pour elle. - Ça, c’est bien vrai. Rétorquais-je sérieusement. Voilà ce qui arrive en se mêlant de la vie des autres. - Je sais. Il s’en veut tellement d’avoir déclenché tout ça, qu’il est devenu distant et… Enfin… Je ne vais pas te prendre la tête avec nos problèmes. Je veux juste que tu prennes soin d’elle… S’il te plaît. Et… Elle semble ne pas savoir qui je suis alors s’il te plaît… Ne lui dit rien. Je voudrais, qu’elle se sente à l’aise dans cette classe. - Je ne peux rien te promettre. Si elle me le demande… Je ne compte pas lui mentir. Cela dit… Vu nos dialogues, elle n’est pas prête de me demander quoi que ce soit. - Je sais… Tu es toujours honnête et direct. Sans forcément chercher à blesser les gens, tu le fais parfois sans trop t’en rendre compte. Mais tu as un bon fond… Tout comme elle. - Bon… Finalement je n’aurais pas appris grand chose de plus. Son attitude reste stupide. - Ne la juge pas trop vite. Ne l’abandonne pas comme tout le monde. Ne sois pas comme tout le monde. » ** Miho ** Tsume s’était soudainement levé sans rien prononcer d’autre qu’un « ouais » … Sentant bien que c’était plus pour mettre fin à la conversation que pour un « oui » à mes demandes. ** Tsume** … Pas comme tout le monde hein ?… **Flash back Sarim & Tsume - « Bon alors Tsume… Balance, c’est quoi ton genre de fille ? - Le genre… Le genre qui ne ressemble pas à tout le monde. - … Ouais genre comme cette fille ! » ** Fin du flashback. Je secouais la tête pour évacuer ce souvenir stupide. Je ne pressais guère le pas pour rejoindre Sarim et les autres. En fait… J’allais même à l’opposé. Je toquais à la porte de l’infirmerie, sans réponse. Elle était sûrement partie chercher son plateau repas et ne tarderait pas à revenir. Je m’invitais dans le dortoir et tirais doucement le rideau où reposait Hiroko. Pourquoi j’étais revenu la voir ?… Je me sentais vraiment idiot pour le coup. Ses cheveux en pagaille sur l’oreiller, son teint se rosait tendrement. Non mais… ! ! ! Si elle dort trop maintenant, elle ne va pas dormir cette nuit ! ! ! Et là… C’est moi qui ne vais pas dormir ! ! Je sentais déjà la fatigue m’envahir, mes yeux se ternir et mes muscles m’abandonnaient. Ha bah, génial. Je sens que je ne vais pas tenir la semaine moi. A moins que… Je venais d’avoir une super idée et fonçait vers le toit avant que la sonnerie ne retentisse. - « Sarim ! ! - Ha, te revoilà ! S’écria-t-il en se retournant, remontant ses lunettes. Je croyais que tu n’allais plus revenir. - Tu peux me prêter ta mob pour ce soir ? - Et je rentre comment, moi ? - Allez sois sympa, je voudrais arriver avant Hiroko ce soir ! - Comment elle va d’ailleurs ? - Ha ! C’est vrai ! Elle va bien, elle était juste fatiguée. Alors pour la mob ? - Encore une fois, ma générosité me perdra… Pourquoi tu veux rentrer tôt ? - Ha…je te raconterais ! Ca va sonner, je redescends pour appelez ma mère et la prévenir qu’Hiroko passe l’après-midi à l’infirmerie. - Et elle va rentrer à pied ce soir ? - Tu préfères que je l’assomme pour la mettre à l’arrière de la mob ? - Haha ! ! T’as raison, c’est plus prudent pour vous deux de faire chemin à part. » Le soir venu, je me dépêchais d’enfourner la petite bécane de Sarim. Elle faisait un bruit terrible mais elle était vraiment Cool. Je descendais les ruelles pavées de fleurs de cerisier, tournais à l’angle du deuxième carrefour, freinais brutalement aux feux avant de repartir de plus belle en slalomant entre les voitures. J’atteignais bientôt le quartier calme et paisible de mon enfance. Des arbustes saluaient mes traces laissées par la gomme des pneus usés. Les petits immeubles s'étaient transformés en de petites maisons les unes à côté des autres. Toutes se ressemblaient mais avaient chacune leur propre parfum de fleurs fraîches. J’arrivais à mon portail de bois à la peinture défraîchie. Le portail grinçait, un son que j’aimais entendre et qui me disait tous les jours que j’étais bien rentré. Je garais l’engin près du grand sapin, qui me laissait rêver à une maison sur un flanc de montagne. Je claquais la porte de la maison en rentrant, ma mère sursautait alors qu’elle venait tout juste d’arriver aussi. Elle me demandait ou était Hiroko et comment elle se sentait mais je ne pris pas le temps de lui répondre, filant tout droit dans ma chambre. - « Tsume ? ! ! ! Tsume ! ! Mais qu’est-ce que tu fais ? - Ha pardon ! ! Je suis rentré ! - … Je le vois bien que tu es rentré. Hiroko est encore passée par la fenêtre ? - Elle va arriver dans une quinzaine de minute. - Mais qu’est ce que c’est que ce boucan ? Demandait-elle en toquant à ma porte tandis que j'en ressortit aussitôt, chargé comme un mulet. - Plus tard ! - Haaa… Soufflait-elle en lui laissant le passage. Tu es bien étrange. - Et c’est moi qui suis étrange dans cette maison ? ! Peinais-je à répondre le dos courbé et encombré. » Dix minutes plus tard, je m’affalais sur le canapé comme si je venais de parcourir le cent mètre. Quoi, ce n’est pas tous les jours qu’on escalade un mur avec un ours géant sur le dos ! ** Hiroko ** L’infirmière m’avait laissée me reposer pendant une heure avant que je ne revienne finalement pour le reste des cours de la journée. Je n’étais pas habituée à cette nouvelle vie, à ce rythme infernal où mes émotions prenaient le dessus sur ma conscience. Les seuls moments ou je me sentais encore normale étaient quand je faisais mes exercices, que je révisais sur des fractions qui ne me demandaient aucun instant de réflexion ou de réfléchir à une morale quelconque. Je n’étais plus moi depuis tellement longtemps… Que je ne savais plus qui j’étais. Est ce que j’étais triste, en colère, heureuse ainsi ? J’avançais seulement un pas devant l’autre sans savoir ou j’allais arriver. Aeka me manquait… Pourquoi m’avait-elle abandonnée chez cette famille qui se fait croire parfaite ? Alors que j’arrivais bientôt dans ma seconde maison, quelque chose n’allait pas. La branche du sapin était abîmée, la fenêtre n’était pas entrouverte comme je l’avais laissé, les érables flamboyant aux pieds du mur semblaient avoir été quelque peu piétinés… Qui avait osé faire ça ? ! Un si joli arbuste ! ! Et surtout… Qui avait osé s’introduire dans ma cham… Tsume ! ! ! Je n’avais pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir que c’est ce garçon qui croit toujours avoir raison, qui a fait ça ! Je grimpais dans ma tour et à peine avais-je posais le pied à terre, que je restais stupidement face à face avec ses grands yeux bruns, son pelage doux et imposant, ses deux bras molletonnés qui m’invitaient à venir me reposer contre lui. « Kihou ! » C’est ainsi que j’avais nommé l’ours géant. Kihou, la bulle d’air. Avec lui je pouvais respirer, je me sentais apaisée et protégée. Je ne me demandais plus pourquoi il était là, ni comment il avait atterri là. Il était juste avec moi. Quelqu’un toquait à la porte. Ou plutôt tapait du pied en la faisant trembler. Quelque chose racla le sol et les pas s’éloignèrent. J’attendais encore un peu, et ouvrais doucement la porte avant de tendre le bras pour attraper l’objet déposé. Je tapotais le sol… Toujours rien. J’ouvrais un peu plus et jetais un œil dans le couloir : - « Wow wow wow… Soufflait Tsume à quelques centimètres de mon visage. Tu pourrais au moins me dire merci pour… Kihou ? C’est un drôle de prénom pour un ours imposant. - HAAAAAAAAAAAaa ! ! » ** Tsume** Elle avait crié et s’était littéralement jetée en arrière, laissant la porte entrouverte dans sa chute. J’en profitais pour caler mon genou, lui bloquant toute envie de s’approcher pour refermer. « Que tu ne veuilles pas me parler c’est une chose. Mais devoir te nourrir comme si tu étais un petit chien sauvage commence à devenir ennuyeux. Alors… Je t’ai apporté ton goûter. Si tu ne veux pas venir à table avec nous, prends au moins le goûter avec moi. » Je lui glissais son plateau. Au menu, un gâteau chocolat et une tasse de thé vert. Elle me regardait les yeux ronds comme des billes. Deux vrais grandes noisettes que j’aurais bien croqué pour accompagner ma gourmandise. Je m’installais inconfortablement entre la porte et la cloison que je ne pouvais ouvrir davantage à cause des chaînes bien arrimées. - « Allez… Mange. Je ne partirais pas de toute façon. - Tsume ? ! S’écria ma mère en arrivant en courant dans le couloir. J’ai entendu Hiroko hurler. Qu’est-ce qu’il se passe ? ! - Rien… On fait connaissance. - … Tu ne l’embêtes pas, hein ? - Alors ? Demandais-je à Hiroko en ne la quittant pas du regard. Je t’embête là ? - …. » ** Hiroko** Je voulais répondre… J’entrouvrais la bouche… Mais aucun son n’en sortit. J’appréciais ce moment… Je l’appréciais tout comme je le détestais ! Je ne voulais rien de lui, rien ! Mais il me fixait de ses yeux marins. Il y avais quelque chose de réconfortant dans son regard. Je sortis de mes songes quand il rétorqua au bout d’une attente qui avait du lui paraître interminable : « Je crois que ça veut dire « non ». Clamait-il à sa mère qui fit demi-tour en vérifiant à deux fois que tout allait bien. Alors, pourquoi l’avoir appelé Kihou ? » Encore une fois il attendait une réponse. Il m’avait entendu le crier quand j’étais arrivée… ça veut dire… Qu’il attendait que je rentre ? Est-ce que je peux considérer que c’est affectueux ?…. Et… Si c’est affectueux alors… Est-ce que je ne risque pas de souffrir le jour où il décidera de ne plus l’être ? Il fallait qu’il cesse tout de suite. Il fallait lui montrer que je ne voulais pas de sa gentillesse, bien que je n’apercevais dans son regard que son air sur de lui, obstiné et entêté…et aussi réconfortant. Je croquais dans mon gâteau et détournais le regard sans lui répondre. On mangeait tous les deux à même le sol. Lui dans l’entrebâillement de la porte et moi sur le tapis en forme de fleur. A qui appartenait cette chambre avant que je n’y habite ? Les murs étaient peints de petites fleurs jaunes. Le lit était d’un vernis blanc brillant et ne paraissait ni vieux ni abîmé tandis que ma couette écrue et froissée, jonchait le parquet. Deux petites commodes en Hêtre beige clair me servait à ranger le peu de vêtement qu’Akea avait mis dans ma valise. Quelques livres avaient été rangés dessus à mon attention. Ma seule occupation, ma seule évasion. J’aimais lire, et j’avais déjà finit ceux là trois fois depuis mon arrivée. C’était peut être le moment de demander à en avoir plus. Mais si j’en demandais alors… ça voudrait dire que je devrais être reconnaissante. Me vint alors une idée, bien meilleure que mon mutisme. Une idée qui n’était pas de moi, mais de Tsume ! Je posais mon gâteau sur le plateau et engageais mes premiers mots. - « J’accepte de prendre ma douche avant minuit en échange de Kihou. - Wow…Une minute. Rétorqua Tsume d’un air soupçonneux avant de laisser un court silence s’installer. Non rien ! C’est génial ! - Et je veux que tu m’offres un livre, du genre histoire fantastique, une fois par semaine. - … Je me doutais bien qu’il y avait autre chose. En échange de quoi ? Je t’apporte déjà tes repas. - Parce que ta mère te le demande. Mais là, c’est moi qui te le demande. - Finalement, je préférais quand tu ne disais rien. - Fais ton choix. - Je ne t’apporterais plus rien si je n’ai rien en échange. - … Hésitante… Je cédais finalement. Tu veux quoi ? - Un bonjour. Rétorqua-t-il le sourire en coin. Tous les matins, tu devras me dire bonjour avec le sourire. - Un bonjour, mais sans sourire. - Avec. - Sans. - Avec ! Essaie même pas de m’avoir à l’usure, je ne céderais pas. - Moi non plus. - Très bien… Je suppose que Sarim doit avoir des tenailles pour cette chaîne qui m’empêche d’entrer par la porte… - Ok avec. Mais il sera sans arrière pensé, sans émotion, sans réelle envie de sourire, sans rien d’autre qu’une sensation de… - Wooow… Calma tout de suite Tsume avec de grands yeux étonnés. c’est que tu en dits des mots ! ! J’en ai compté au moins une vingtaine ! tu savais bel et bien parler ! - ….» Il avais rigolé. Oui, tout ça n’était sûrement qu’un jeu pour lui. On avait fini de manger en silence. On avait bu le thé. J’avais glissé le plateau jusqu’à lui et étais retournée m’asseoir en lui tournant le dos, le drap sur ma tête. Je l’avais entendu se lever, et refermer. Son parfum lui… Etait resté. Il sentait la mousse… Celle dans la salle de bain avec une fleur de nénuphar sur la bouteille. Je n’avais pas le droit de m’en servir… Ce n’était pas à moi. Mais je l’avais fait, appréciant la mousse rose qui se faisait généreuse… Soufflant ici et là pour voir les bulles s’envoler, imaginant celle qui deviendra assez grande pour que je rentre dedans. Un parfum doux et onctueux… Je fermais les yeux sur ce mur d’enfant, me demandant encore une fois ce que je faisais là, avant de m’endormir sur Kihou.
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