Le canard marron

1898 Mots
Ernso Joseph Je me retire en elle et je m'allonge tout juste à côté. Je suis tout essoufflé. Cette fille m'a tenu en haleine toute la nuit. C'est une vraie chaudasse, c'est un fait. - Tu comptes partir à quelle heure ? Je lui demande une fois que j'ai eu ce que je voulais. - Et m***e ! Elle lâche en regardant dans son téléphone. Elle bondit sur ses pieds. - Quoi ? - Ma mère va me tuer. J'avais annoncé chez moi que j'étais juste sortie pour l'anniversaire d'une amie, elle panique. Je devais rentrer hier soir. Mon Dieu ! C'est pas vrai. - Et ? Elle se tracasse. - Comment ça et ? Bah, elle était d'accord, oui. Mais pas pour que je passe la nuit dehors, elle réplique sans sourciller. Tu t'imagines que je vais me pointer tranquillement ce matin sans être capable d'expliquer où j'étais toute la nuit. - Il y a un truc que je ne pige pas à ton histoire. Tu as une mère qui t'attend chez toi et tu as accepté de rentrer avec moi ? Il était presque 6 heures du mat' quand tu as dit oui pour m'accompagner chez moi, je te signale. Tu aurais pu filer directement chez toi, non. Ou même mieux. Répartir avant la fin. Au lieu de ça tu suis un mec pour... J'avale le reste de ma phrase. En fait, hier soir je suis sorti chiller avec des amis de la fac. C'était l'anniversaire de la nana d'un gars du groupe avec qui on vit en collocation. Elle est venue m'inviter jusqu'à la maison. Je ne pouvais pas dire non. Ça a terminé au environ de 5 heures du mat'. Et comme la Linda en question ne faisait que me coller de toute la soirée, je l'ai ramenée chez moi pour conclure en beauté. Les histoires de couple ce n'est pas pour moi. L'abstinence encore moins. Alors, de temps à autres je me trouve quelqu'un pour me soulager les bourses. - Tu ne me raccompagnes pas chez moi ? Elle me demande les mains croisées contre son buste. - Tu as consommé du "be cool" (boissons créole fait d'alcool et d'écorce de coke) ? Moi, te raccompagner ? Cela ne va pas la tête ou quoi ? - Quoi ? Elle s'étonne. - Qu'est ce que tu n'as pas compris ? Je ne bougerai pas de chez moi Linda. Sur ce, ciao la grande. Des foutaises comme ça. Mon calme en ce genre de situation est ce qui me définit. C'est elle qui vit chez ses parents et c'est encore elle qui accroche les gars en soirée. Qu'elle chiale même si elle veut. Que veut elle que cela me fasse ? Je ne bougerai pas d'ici. - Et que vais je dire chez moi en rentrant ? Ma mère va me tuer. - Qu'aurais tu dis si tu n'étais pas passée par chez moi. Je te rappelle qu'il faisait déjà jour quand je t'ai embarquée avec moi. - ... - Cela aurait changé quoi si je te raccompagnais ? - J'aurais dit que j'étais avec toi pour un devoir après les festivités. N'importe quoi. Mais maintenant, je dis quoi ? - Bah, je sais pas moi. Rentre chez toi gentiment alors. Et va rejoindre ta mère. Trouve un autre mensonge pour qu'elle ne te frappe pas. On connait nos mamans haïtiennes comment elles sont, hein. Elles peuvent te bastonner avec tout ce qu'elles trouvent. Que cela peut se lancer ou aider à te taper. Je n'aimerais pas être à ta place très chère. Elle s'en va de chez moi en boudant. Ces filles là ce sont des rêveuses nom de Dieu. Quand elle me regarde, voit elle un loveur ? Je ne crois pas, non. Alors quand on vient vers moi, on sait à quoi s'en tenir. D'ailleurs, je n'aime pas mentir aux filles. Alors là non. Que l'on me traite de tous les noms mais jamais de menteur. Ce n'est pas moi ça. On dit souvent que les gars des Gonaïves ce sont des menteurs pro. Mais moi, je suis bien l'exception. Je te dis ce que je cherche. Le reste, c'est toi qui vois. Après le départ de la fameuse Linda, je me recouche en me recouvrant le corps. Aujourd'hui c'est dimanche. Et moi, il n'y a que quand je suis au Gonaïves que je vais à l'église le dimanche. Parce que oui, je suis né dans une famille chrétienne. Mon père, Georges Joseph est pasteur d'ailleurs. Et les deux là, à savoir ma mère, Paula Joseph et lui, m'auraient tiré par la peau des fesses pour m'amener à l'église si c'était là bas que j'étais. Dieu merci alors. Je ne me réveille que 2 heures plus tard avec le ventre qui gargouille. Obligé de sortir me trouver quelque chose à manger. Si la Linda machin chose voulait être mignonne, elle aurait pu commencer par me proposer de me faire à manger. Mais non, elle voulait que je la raccompagne chez elle. Moi Ernso ? L'enfant de qui ? C'est même quoi son nom de famille à celle là ? Pfffff ! Ma façon d'être peut surement vous choquer. Avec les femmes surtout. Mais au moins moi, je me vend tel que je suis. Je ne cherche pas à vendre du rêve à une fille pour la mettre dans mon lit. Avec moi les femmes savent à quoi s'en tenir. Je me lève en titubant car l'alcool ingurgité hier soir n'est toujours pas passé. Je passe à la vitesse de l'éclair sous la douche, m'habille et je vais en quête d'un endroit où m'acheter à manger. Ne vous méprenez pas surtout. Le digne héritier artibonitien que je suis, sait cuisiner. Juste que j'ai trop la flemme d'aller au feu alors qu'il est près de 3 heures de l'après midi. Je n'ai pas été trop loin que j'ai trouvé une maman de la place. J'ai demandé à ce qu'elle me fasse un plat à emporter. J'ai pris ce qu'il faut pour accompagner le plat et je suis rentré chez moi. Le lendemain, de bonne heure, je me rend à l'université. Autre chose à propos de moi. J'aime prendre du bon temps, mais je m'arrange toujours à ce que ça n'aille pas empiéter sur mes études. Je ne blague pas là dessus. Je suis le dernier né de la famille. Mon frère Edson et ma sœur Edeline sont plus âgés. Ils ont respectivement 27 et 25 ans. On est né chacun à 2 années d'intervalle. Ils ont choisi une route différente de la mienne. Edson continue son master en eau, energie et alimentation en Belgique. Alors que ma sœur travaille comme infirmière à l'hôpital la providence des Gonaïves. Tout ça pour dire que, je n'ai pas le droit à l'erreur. Des yeux sont fixés sur moi et attendent juste le moindre faux pas de ma part pour me redresser. Au campus, ma clic est un peu éparpillé. Joel est en génie civile. Michel est en agronomie. Et Jude en médecine. Il n'y a que moi en sciences humaines et sociales. Ce qui fait que l'on se rencontre rarement là bas. J'avançais en direction de mon bâtiment quand une silhouette a attiré mon attention. Cette petite a l'air bonne mais elle n'est pas trop coopérante. C'est dommage. Car moi Ernso, jamais on ne me verra courrir derrière les fesses d'une nana. Cette femme qui me verra ramper à ses pieds n'est pas encore né. Je marche de préférence en sa direction et attend d'être assez proche d'elle pour la taquiner un peu. Elle était accompagnée d'un type. Il est de sa classe. Enfin, je crois. Ce n'est pas la première fois que je tombe sur eux. - Regardez qui voilà ! Isabelle Jeudy. Oh Isabella ! Isabella ! La reine Isabella ! Commençais je à la taquiner. Elle roule des yeux d'agacement alors que ça ne faisait que commencer. - Je vois que tu t'es trouvée un autre toutou. - Cela voudrait il dire que tu en étais un ? Elle me répond du tact au tact. Tu aurais du m'en informer depuis le début très cher. Elle a de la répartie cette gonzesse. Il me faut bien l'avouer. - Ouais c'est ça ? Moque toi bien. Tu me détestes pour ce qui s'est passé chez moi. Tu m'as sûrement déjà catégorisé. Dans ta tête, tu crois que je suis mauvais. Sauf que, tu n'as encore rien compris aux hommes en fait. Tous ne veulent qu'une seule chose très chère. Et tu sais parfaitement bien ce que c'est. Juste que moi je suis beaucoup plus direct. Je ne me cache pas derrière une image qui n'est pas moi en te promettant que je me transformerai en Roméo juste pour toi. Je ne suis pas ainsi Isabelle. Aucun gars ne l'est. Ce type qui te suis comme un toutou à longueur de journée, tu crois qu'il ne rêve pas en secret de se glisser dans ton lit ? Que dis je ? De glisser sa clé dans ta serrure et de bien la déverrouiller ? - Ne parle pas de ce que tu ne sais pas, s'énerve l'autre en me pointant du doigt. Tous les hommes ne sont pas comme toi. Ne justifie pas tes conneries. Elle le tire vers elle. Heureusement, car j'avais bien envie de le frapper ce petit c*n qui fait ridiculiser les hommes en suivant partout une femme comme s'il était son chien. - Et moi qui pensais que tu en valais vraiment la peine Ernso, elle me balance dégoûtée. A mon grand regret je me rend compte que je me suis trompée sur ta personne. Comme dit le dicton, l'apparence est souvent trompeuse. Tu es le genre de personne avec qui, la phrase qui dit "le canard marron, même aussi haut élevé, ramènera toujours de la boue dans ses pattes" tire tout son sens. Il est clair que ton niveau d'éducation ne t'a rien rapporté. Elle est raté mon pauvre. L'étudiant que tu es ne te sert à rien dans la vraie vie. C'est décevant. Je plains ta mère. La pauvre, elle doit regretter de n'avoir pas fermer les cuisses au moment où tu étais sur le point de naître. Elle aurait évité à la nation de compter parmi ses fils un porc de ton rang. Sanders Elian Achille Franchement Mia est folle. Débarquer ainsi pour venir me trouver sans même savoir où j'habite, il n'y a qu'elle pour se lancer dans un truc pareil. Tout ça au nom de quoi ? Sa jalousie compulsive. D'ailleurs, quand elle m'a appelé pour me dire qu'elle était à Cap haïtien, je ne l'avais pas crû. Il était déjà plus de 17 heures. J'ai d'abord pensé qu'elle me faisait une mauvaise blague. Pour moi, cela ne pouvait qu'en être une. Mais elle continuait à vouloir que j'effectue le déplacement. Preuve qu'elle était bien sérieuse dans ses dire. - Jure que tu ne me fais pas une mauvaise farce Mia. Je te connais. Venant de toi rien ne m'étonnerait. - Je te le jure. Je suis vraiment à Cap Haïtien bébé. Pourquoi je te mentirais là dessus ? Viens donc me chercher s'il te plaît. Je ne sais plus par où donner la tête. Le soleil commence à se coucher. Il ne faudrait pas que des petits voyous viennent m'embêter. Tout m'est etrangé là bas.
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