Chapitre 12 : le retour des ombres

1054 Mots
Aníbal Je me retrouvai à nouveau dans la ville, mais quelque chose avait changé en moi. Chaque coin de rue semblait me murmurer des souvenirs que j'aurais préféré oublier. Le vent froid soufflait contre mon visage, mais je n'arrivais pas à me débarrasser de l'écho des paroles de cet homme : "Ce monde te garde." Elles résonnaient en moi, répétées comme une sentence implacable. Même si je refusais de l’admettre, je savais que ce que je fuyais ne disparaîtrait pas si facilement. Je me rendis dans un petit appartement en périphérie de la ville. Un endroit que j'avais trouvé récemment, une sorte de cachette temporaire, loin des regards curieux. La nuit était déjà tombée, et la lumière blafarde de la rue pénétrait à peine à travers les rideaux déchirés. Le silence était lourd, mais d'une manière étrange, il m’était devenu familier. Ici, je me retrouvais seul avec mes pensées, mais je savais que cette solitude n’était qu’apparente. En ouvrant la porte, je me dirigeai vers la petite table où j'avais laissé une enveloppe. Mes doigts tremblaient légèrement en la prenant. Elle était adressée à moi, sans nom, sans adresse. Un message codé, un rappel que je ne pourrais jamais échapper à mon passé. Je l'ouvris lentement, mes yeux parcourant les mots écrits d'une main pressée. "On t’attend. Le temps est venu." Un frisson parcourut mon échine. J'aurais voulu ignorer cette note, la jeter et oublier tout ça. Mais je savais mieux que cela. Je savais que fuir ne ferait qu'aggraver les choses. Le monde des ombres n'était pas un lieu d’évasion, et plus j’essayais de m’en éloigner, plus il m’attirait. Je m'assis sur le canapé, les yeux fixant le message, mon esprit en ébullition. Que voulaient-ils de moi ? Était-ce un appel à revenir dans ce monde que j'avais quitté ? Ou était-ce quelque chose de pire, un piège pour m’attirer dans une nouvelle spirale de violence ? Peu importe ce que c'était, une certitude demeurait : je n'avais plus de choix. Ce monde, ce passé, finirait par me rattraper. Un bruit à la porte me fit sursauter. Je me levai rapidement, mes instincts d’assassin revenant instantanément. Je savais que la menace pouvait surgir de n’importe où. Je m’approchai prudemment de la porte, l’esprit en alerte. L’ombre sous la porte semblait figée, comme une silhouette attendant d’être remarquée. Je n’avais pas peur, mais un malaise grandissait en moi. D’un mouvement rapide, je tournai la poignée et ouvris la porte, prêt à faire face à tout danger. Mais à ma grande surprise, je ne trouvai personne. Le couloir était vide, seulement une ombre disparue dans la noirceur de la nuit. Un souffle de vent glacé effleura mon visage, mais je n’eus pas le temps de réagir. Un bruit sourd venant du fond du couloir me fit me retourner brusquement. Une silhouette émergea de l’obscurité, tout de noir vêtue. Je n’eus pas besoin de beaucoup de temps pour la reconnaître. C’était elle. "Claire…" murmurai-je. Elle se tenait là, calme et droite, ses yeux fixés sur moi avec la même intensité qu’au café, comme si elle avait toujours su où me trouver. Je me détendis un peu, mais la tension dans l’air était palpable. Claire n’était pas ici par hasard. Elle n’était jamais venue pour de simples retrouvailles. "Tu n’es pas seul, je vois," dit-elle d’un ton qui ne laissait aucune place à l’hésitation. "Ils t’ont trouvé." Je la regardai, confus, mon esprit encore en train de faire le lien entre les mots et les événements. "Qui ?" "Ceux que tu essaies de fuir. Ceux qui ne t’ont jamais oublié." Elle fit une pause, comme si elle pesait ses mots avec soin. "Tu pensais qu’ils allaient te laisser tranquille, mais tu te trompes. Le monde des ombres n’abandonne jamais ses enfants." Je la fixai intensément. "Pourquoi es-tu ici, Claire ?" Elle soupira, un léger sourire sur les lèvres, mais il n’avait rien de rassurant. "Parce que je sais que tu as encore des choses à régler. Et tu ne peux pas le faire seul. Même si tu veux t’en sortir, il y a toujours des chaînes invisibles qui te lient." Je secouai la tête, désabusé. "Je suis fatigué de tout ça. J’ai essayé, Claire, vraiment essayé de quitter ce monde. Mais je ne peux pas... Je n’arrive pas à m’échapper." "Je sais," répondit-elle doucement. "Mais ce n’est pas aussi simple que de tourner la page. Ils viennent pour toi, Anibal. Et si tu ne les affrontes pas maintenant, tu seras pris au piège. Ce que tu redoutes le plus, c’est de revenir à ce que tu étais. Mais il est déjà trop tard pour reculer." Un frisson de réalité se fit ressentir dans ses paroles. Claire avait raison. Le passé n’était jamais aussi loin que l’on l’imaginait. Chaque action, chaque geste avait laissé des traces, des empreintes qu’on ne pouvait pas effacer simplement en changeant de nom, de lieu, de vie. "Que veux-tu que je fasse ?" demandai-je, la voix presque brisée. "Je n’ai pas la force de tout recommencer." "Je ne peux pas te dire ce que tu dois faire," répondit-elle, ses yeux se fixant sur moi avec une tendresse inattendue. "Mais je peux t’accompagner. Si tu es prêt à affronter ce que tu as fait, peut-être que tu pourras enfin retrouver un peu de paix." Je restai là, immobile. J'avais tellement voulu m’échapper, tellement voulu tourner la page, mais il était clair maintenant qu’il n’y avait pas de fuite possible. Ce monde me rattraperait, peu importe où j’irais. Je pouvais tenter de me réinventer, mais je ne pourrais jamais effacer ce que j'avais été. La question qui se posait maintenant n’était pas de savoir si je pouvais changer, mais plutôt si j’étais prêt à affronter tout ce que j'avais fait pour pouvoir avancer. Je tournai lentement la tête vers Claire, une nouvelle détermination dans les yeux. "Je vais le faire. Je vais affronter mon passé." Elle me lança un sourire faible, mais sincère. "C’est tout ce que tu peux faire." Sans un mot de plus, elle se tourna et se dirigea vers la porte, s’arrêtant un instant pour me jeter un dernier regard, comme si elle attendait que je la suive. Je pris une profonde inspiration et, avec un dernier regard vers mon passé, je m’éloignai dans la nuit, prêt à affronter ce qui m’attendait.
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