Chapitre 8 : les ombres...

1092 Mots
Annibal Je quittai la pièce, les portes se fermant derrière moi avec un bruit sourd. Chaque pas dans le couloir semblait résonner comme un écho de mes pensées tumultueuses. J’étais encore sous le choc de la confrontation qui venait d’avoir lieu. Je n'avais pas obtenu de réponse définitive, aucune solution facile. Mais je savais que quelque chose en moi avait changé. Ce n’était pas un changement visible, mais un changement profond, une prise de conscience qui risquait de tout remettre en question. Je sortis dans la rue, l’air frais du soir me frappant au visage. La nuit tombait lentement, les lumières de la ville se reflétant dans les flaques d’eau sur le trottoir. J’observai un instant le va-et-vient des gens autour de moi. La normalité. La vie qui continuait, indifférente à ce que je venais de vivre, à ce que je venais de comprendre. Je me sentais comme un étranger dans ce monde, un homme isolé, coupé de tout, même de moi-même. Mes mains se crispèrent autour de mes poches, et je me forçai à respirer calmement. Je devais réfléchir, prendre du recul. Chaque pas me conduisait un peu plus loin de la femme, de la pièce, de la confrontation. Mais je savais qu’il m’était impossible de fuir ce que j’avais ressenti, ce que j’avais vu dans le miroir. Ce reflet de moi-même, brisé, abîmé par des années de choix violents. J'avais pris des vies, j'avais suivi un chemin de mort et de destruction, et maintenant, je me retrouvais face à une vérité plus grande que moi. Je m’arrêtai devant un café, observant les clients à travers la fenêtre. L’ambiance était détendue, légère, comme si rien n’était venu troubler l’équilibre de cette soirée ordinaire. Pourtant, au fond de moi, je savais que tout avait changé. Je n’étais plus l’homme que j’avais été. Mais qui étais-je maintenant ? Qui pouvais-je devenir ? Je me détournai finalement, reprenant ma marche dans la rue. Je n’avais pas de réponse. Je n’avais pas de solution facile. Mais une question persistait, flottant dans mon esprit comme un spectre. Et si, au fond, ce n’était pas une question de changement, mais de ce que j’étais prêt à accepter ? La nuit était tombée, et je errais sans but précis, perdu dans mes pensées, cherchant un sens à tout cela. Puis, sans m’y attendre, je me retrouvai face à un vieux bâtiment. Je l’avais déjà vu, mais cette fois, quelque chose dans l’air semblait m’appeler. J’hésitai un instant, puis m’engageai dans la ruelle qui menait à la porte d’entrée. Le bâtiment était vieux, délabré, une structure abandonnée depuis longtemps. Il n’était plus qu’un vestige du passé. Mais ce n’était pas son apparence qui m’attirait. C’était le souvenir qui s’y rattachait, ce sentiment étrange qui semblait m’envahir à chaque fois que je passais devant. Ce bâtiment avait été le témoin de nombreuses rencontres secrètes, de moments décisifs dans ma vie. C’était ici, des années auparavant, que j’avais reçu mes premières missions, que mon nom avait été inscrit dans la liste des exécuteurs. Je franchis la porte sans hésiter. Le bruit du métal contre le béton résonna dans l’obscurité. Je ne savais pas exactement pourquoi j’étais là, mais je sentais qu’il fallait que j’y entre. Peut-être qu’en fouillant dans ce passé, je pourrais trouver quelque chose, un indice, un moyen de comprendre qui j’étais devenu. À l’intérieur, l’odeur de poussière et de vieux papiers flottait dans l’air. Les lumières étaient tamisées, et l’espace semblait figé dans le temps. Des souvenirs m’envahirent alors que je me faufilais entre les murs. Je m’arrêtai devant un vieux tableau, un portrait d’un homme que j’avais autrefois considéré comme mon mentor. Cet homme avait été celui qui m’avait initié à la dureté de ce métier, celui qui m’avait appris à effacer les traces, à éliminer les témoins, à ne jamais laisser de place à la faiblesse. Je me souvins de l’instant où j’avais prononcé mes premiers mots de code devant lui. Je me rappelais de l’odeur du cigare de cet homme, de la façon dont il parlait avec une assurance glaciale, comme si les vies qu’il effaçait n’étaient que des morceaux de papier jetés au vent. Le regard de cet homme… Il ne montrait aucune émotion, aucun remords. C’était un modèle de contrôle, d’impassibilité. Et pourtant, en y repensant, je comprenais maintenant que ce mentor, tout comme moi, avait dû fuir quelque chose. Cette froideur, cette absence de cœur, ce déni absolu de la souffrance qu’ils infligeaient… C’était un masque. Un masque qui cachait la même peur, la même incertitude que je portais aujourd’hui. Je continuai d’avancer dans la pièce, et une vieille table attira mon attention. Sur elle, des dossiers, des papiers, des photos jaunies. Des traces de mon passé. Je m’approchai lentement, et, avec une certaine hésitation, feuilletai les papiers. Je ne savais pas pourquoi je le faisais. Peut-être cherchais-je des réponses que je ne pourrais jamais trouver. Peut-être espérais-je que je pourrais recoller les morceaux de mon passé, que je pourrais reconstruire l’histoire que je m’étais toujours racontée. Mais parmi les documents, une photo attira mon regard. Une photo de moi, plus jeune, posée avec un sourire que je ne me souvenais même plus avoir eu. Je me tenais debout, entouré d’autres hommes, tous semblant confiants, prêts à accomplir leur mission. Le regard que j’avais sur cette photo était presque celui d’un étranger. Ce n’était plus l’homme que j’étais aujourd’hui. Je posai lentement la photo sur la table, mes doigts tremblant légèrement. Ce souvenir, ce visage souriant, semblait irréel. C’était avant les meurtres, avant la violence, avant que tout ne devienne flou. Les murs autour de moi se resserraient à nouveau. Le poids de mon passé était trop lourd. Il était temps de quitter ce lieu. Je ne pouvais pas m’y éterniser, pas maintenant. Mais avant de partir, je me figeai une dernière fois devant le portrait du mentor. Un sourire amer se dessina sur mes lèvres. Je comprenais enfin. Ce n’était pas moi qui avais changé. C’était le monde autour de moi qui était devenu un lieu où je ne pouvais plus exister sans me confronter à ce que j’avais fait. Je quittai le bâtiment en silence, l’esprit toujours en tourment. Je savais que j’avais franchi une étape importante, mais ce n’était pas la fin. Ce n’était qu’un début. Je devais maintenant accepter une vérité plus profonde. J’avais été façonné par ce que j’avais vécu, mais j’avais aussi la possibilité de me redéfinir. Le chemin serait long et semé d’embûches, mais je n’avais plus le choix : je devais continuer à avancer.
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