Des plans, encore et toujours des plans qui se suivaient les uns après les autres sans qu'aucun ne réussissent jamais. Après toutes ces années je commençais à douter de sa clarté d'esprit, l'homme qu'avait été Dutch pendant l'ère des gangs n'était plus le même, d'ailleurs notre temps arrivait, la civilisation se développait et peu importe où nous allions, il était évident que ce n'était pas pour nous..
Et après la fusillade de Valentine nous avions dû fuir et nous réfugier près de la ville de Rhodes, à Clemens Point. Un endroit tranquille et facile à défendre où il nous aurait été facile de faire profil bas, seulement voilà, Monsieur Van Der Line avait décidé de se mêler aux affaires de justice ainsi qu'à une rivalité entre deux familles remontant à des années déjà.
Rien de bon ne découlerait de cela, nous risquions gros à intervenir dans un conflit qui ne nous concernait absolument pas !
J'avais espéré que la situation se calmerait un peu et que quand même les dégâts seraient minimes mais quand Dutch eut vent que Colm O'Discroll se cacherait dans la région il avait vu rouge et toutes chances de ne pas se faire plus remarquer avaient volé en éclats.
Il n'avait pas attendu un moment avant de nous envoyer, Arthur, John et moi en ville. Récolter des informations avec ces deux-là risquait d'être une expérience particulière, Arthur n'ayant jamais pardonné à John d'être partit pendant presque plus d'un an. Enfin je me retrouvais avec eux pour les calmer si jamais la situation venait à dégénérer, après tout Arthur était mon meilleur ami et je savais comment le calmer, quant à John et bien c'était une autre histoire..
- (Y/N) tout va bien ? Tu sembles perdue dans tes pensées, reste concentrée d'accord ? Le danger est partout. Me parvint la voix grave d'Arthur.
Je relevais la tête dans sa direction et lui adressais un petit sourire, récemment je me perdais souvent dans mes pensées, effectuant une rétrospective sur tout ce qui s'était passé depuis Blackwater. Mais malgré mes inquiétudes, une partie de moi voulait vraiment croire en Dutch et ses belles paroles, il nous sortirait de cette situation, il fallait juste du temps et de l'argent.
Alors en attendant je me contentais de hocher de la tête et de sourire, sans montrer que tout allait mal peu importe où mon regard se portait.
- Ne t'en fais pas pour moi. Allons collecter le plus rapidement possible ces informations et débusquons Colm ! Plus vite il sera mort, mieux ce sera pour nous tous.
Nous arrivions dans la ville de Rhodes et laissions nos montures au saloon avec la ferme intention de retourner boire un verre ou deux, voire plusieurs, une fois notre tâche accomplie ! Je caressais le cou de mon pur-sang Dixon avant de marcher aux côtés de John. Tous les regards se tournaient vers nous, deux étrangers à l'air menaçant accompagné d'une femme portant un pantalon et étant tout autant étrangère à cette région qu'eux. Ahh l'hospitalité du sud dans toute sa splendeur..
Face à tous ces regards insistants et pas forcément amicaux je me cachais derrière John et Arthur et le premier me jeta un regard curieux mais ne dit rien et attrapa seulement ma main avant de la serrer l'instant de quelques trop courtes secondes.
- Bon séparons nous, Marston tu vas voir à la gare et à l'hôtel. (Y/N) et moi nous allons voir dans les boutiques. On se retrouve devant le saloon après.
John approuva silencieusement de cette répartition et partit en direction de la gare tandis qu'avec Arthur nous prenions la direction du magasin général. Et cela tombait bien car nous avions également besoin d'acheter quelques provisions, alors autant faire d'une pierre deux coups.
- Très bien, je te laisse parler et pendant ce temps je vais acheter de quoi manger.
Il leva les yeux au ciel et soupira de façon exagérée, mais un sourire amusé était présent sur ses lèvres. Je poussais la porte et me dirigeais immédiatement vers les boîtes de conserve.
- Bien le bonjour ! Que puis-je faire pour vous ?
Du coin de l'oeil, j'aperçus Arthur qui s'accoudait au comptoir, son regard intimidant fixé sur le vendeur qui ne semblait pas rassuré. Le spectacle commençait
- Nous cherchons quelqu'un, un Irlandais avec un accent de notre patrie, cheveux longs et gras, chemise blanche rayée, veston noir et gants de carabinier. Ça vous dit quelque chose ?
- Navré monsieur, essayez le bureau du shérif, vous aurez plus de chances. Est-ce un ami à vous ?
Je ne pus retenir un ricanement à sa question. Colm O'Discroll un ami du g**g de Dutch Van Der Line, mais bien sûr.. Le vendeur me lança un regard interrogateur et Arthur un regard blasé m'ordonnant de ne pas me faire remarquer et de rester dans mon coin.
- Soyez assuré que si jamais j'apprends que vous avez omis certaines choses je reviendrai pour vous après avoir rendu une petite visite l'ami que je recherche !
Le ton menaçant d'Arthur suffit à faire frémir le vendeur qui déglutit bruyamment. Au moins il était prévenu, mais il semblait vraiment ne rien savoir Je soupirais nous avons fait chou-blanc au magasin général, mais en même temps c'était à prévoir, Colm était loin d'être stupide, il ne se serait jamais montré ainsi.
- Bien ! Nous en avons fini ici ! Merci de nous avoir accordé votre précieux temps, je vous souhaite une bonne journée ! Dit Arthur le ton de voix enjoué cette fois-ci.
Je le suivis hors du magasin, déposant au passage un billet de cinq dollars sur le comptoir, ce qui ne couvrait certainement pas le total des marchandises que je venais d'emporter. Mais c'était à moitié du vol de cette manière !
Notre prochaine étape était le magasin d'armes à feu, nous aurions peut-être plus de chances là, après tout c'était plus un lieu où les O'Driscoll seraient susceptibles de se rendre. Arthur ouvrit la porte et me laissa entrer d'abord. Le propriétaire nous salua et Arthur répéta le même cirque que dans la boutique précédente à la différence qu'il prenait quelques pincettes là, après tout c'était une armurerie, il ne valait mieux pas énerver l'homme.
- Je ne sais pas pour cet homme, mais je sais que deux irlandais, avec le bon accent, sont venus acheter des armes il y a quelques jours. Ils étaient plutôt grossiers et j'ai bien cru qu'ils allaient me dévaliser mais heureusement ça n'a pas été le cas !
Je ne sais pas où ils campent mais en revanche j'ai entendu l'un d'eux parler d'un échange avec les pillards de Lemoyne, comme si nous avions besoin de plus de crapule dans les environs !
Cet homme semblait bien trop heureux de faire la commère mais c'était tant mieux pour nous également ! Au moins nous avions appris une précieuse information, un échange devait avoir lieu ! à partir de cela, tendre une embuscade ne devrait pas être si compliqué.
Nous sortions du magasin suite à cela et nous dirigeâmes vers le saloon, John n'était pas en vue alors nous restâmes près des chevaux, Arthur en profitant pour allumer une cigarette.
- Toi et Johnny (Boy) hein ? Dit-il soudainement
Je tournai abruptement la tête dans sa direction, que venait-il de dire ?! Un sourire narquois ornait ses lippes alors qu'il reposait une partie de son corps contre le tronc d'un arbre, oh non je n'aimais pas le voir avec cette expression, cela n'annonçait jamais rien de bon pour moi..
- John et moi ? Que veux-tu dire par là ?
- Est-ce que tu vas vraiment jouer à celle qui ne voit pas de quoi je parle ? Franchement ça crève les yeux, même si je ne vois pas ce que tu lui trouves mais bon on dit bien que l'amour rend aveugle !
Que pouvais-je bien dire face à cela ? Il était vrai qu'il y avait quelque chose entre John et moi, quelque chose dont nous n'avions jamais parlé et qui existait depuis des années. J'avais grandi avec Arthur et John et tandis que l'un était mon meilleur ami, mon grand frère, l'autre était quelque chose de plus, qui dépassait la limite des relations amicale et familiale.
John avait été mon premier tout : amour, b****r, fois et chagrin. Les hauts et les bas avaient ponctués une période de notre jeunesse qui était regrettable pour tous. Dutch et Hosea avaient dû intervenir plus d'une fois pour éviter que cela ne dégénère et je ne parle même pas d'Arthur.
Mais une fois la jeunesse débile dépassée, il en était ressorti une relation éreintée mais stable, nous n'avions plus jamais agit comme avant l'un envers l'autre mais nous étions resté proches. Sauf que plus les années passaient et plus je ressentais ce besoin d'être avec lui..
- Tu sais très bien ce qu'il y a EUT entre nous. Mais c'est terminé depuis longtemps déjà.
- (Y/N), tu sais très bien que rien n'est terminé. La situation va seulement mieux et vous avez décidé d'enterrer votre passif mais il est encore bien présent. Ce sont les petits détails et gestes que vous avez l'un envers l'autre qui prouvent cela.
Tu sais que je ne veux que ton bonheur, alors écoute mon conseil et prend l’en considération, ne gâche pas cette nouvelle chance qui vous est offerte, saisit là ! Abigail n'est plus dans les parages pour lui faire tourner de la tête alors le champ est libre. Ne fais pas la même erreur que moi, et crois moi que ce discours est également valable pour lui, il n'a pas intérêt à te laisser partir.
Ses paroles me touchèrent, il parlait de lui et de Mary Linton, je savais qu'il était encore très amoureux d'elle et que la revoir récemment avait de nouveau ouvert sa blessure, il en était revenu encore plus grincheux que d'habitude, mais c'était simplement pour cacher sa douleur.
Seulement c'était également injuste de sa part de jouer sur cela, je savais qu'il ne voulait que mon mien mais tout de même..
Je ne pus pas lui répondre car John vint à notre rencontre, il avait l'air content, il devait surement avoir dégoté des informations de son côté lui aussi.
- John, les nouvelles sont bonnes ? Demanda Arthur en jetant sa cigarette à moitié entamée sur le sol.
- Des locaux disent avoir aperçu de la fumée s'échapper d'une vieille bicoque abandonnée depuis quelques années déjà. Et ça correspond au moment où Dutch a eu vent de cette rumeur sur Colm.
- Gentlemen c'est parfait ! Nous avons la localisation de sa planque et avec Arthur nous avons appris que les O'Driscoll et les Pillards de Lemoyne ont prévu de faire un échange, soit d'armes, soit d'explosifs, enfin ça reste quelque chose de très intéressant !
Alors allons boire un verre pour fêter cela !
Ils ne refusèrent pas la proposition et en deux temps trois mouvements nous étions accoudés au comptoir du bar, des verres de whiskey devant chacun d'entre nous. Il n'y avait rien de mieux que l'ambiance d'un tel lieux, ainsi que l'alcool pour faire oublier les tracas du quotidien, ou en l'occurrence la discussion que je venais d'avoir avec le plus vieux des deux hommes. J'aimais tellement ces moments où nous profitions simplement des plaisirs que la vie avait à offrir, nous n'avions pas à nous préoccuper de notre situation actuelle plus que précaire et le fait que nous étions sur une corde raide également. Pour l'instant je ne pensais plus à rien, je sentais seulement mon épaule frôler celle de John et mon corps se reposait contre le sien de façon naturelle, et je voyais bien que cela n'échappait pas à Arthur..
- Regardez ça les gars ! Y'en a qui sont bien lotit ! J'aimerai bien être à leur place, avoir une p****n aussi belle que cela, je suis qu'au lit ça doit faire des étincelles !
Je grinçai des dents, ce n'était pas la première fois que je recevais des commentaires de ce genre, la femme n'avait pas une grande place dans cette société où l'homme se trouve au sommet. Et tristement je commençai à avoir l'habitude de cela et je ne réagissais plus vraiment en les entendant. C'était également le cas de mon meilleur ami qui après avoir presque battu à mort plusieurs types avait compris que c'était plus simple d'éviter les ennuis et de laisser couler.
- Eh les gars, ça vous direz pas de nous la laisser pour la soirée ! On a enfin de s'amuser un peu ! Dit le meneur de ce groupe en passant un bras sur les épaules de John.
Ce fut le geste de trop car la seconde d'après, John lui assénait son poing en plein dans son visage, j'entendis quelque chose craquer, il lui avait cassé le nez.
J'échangeais alors un regard alarmé avec Arthur, quand John continua d'asséner des coups sur le visage de l'inconnu sans le laisser respirer. De plus l'agitation commençait à monter dans le saloon et il fallait peu de temps avant que des verres et chaises ne volent à travers la pièce.
- (Y/N) essaye de calmer John, je vais chercher les montures et on se tire de là le plus rapidement possible !
- Arrête d'étaler ton plan, tu sais que je déteste cela et vas juste chercher les chevaux !!
Il se précipita vers la sortie tandis que je m'avançais vers John et le tirait en arrière, enfin du moins j'essayais de le tirer en arrière, mais bien qu'il soit moins musclé qu'Arthur, il restait bien plus fort que moi, mais heureusement il remarqua l'effort que j'étais en train de produire et finit par se reculer, même si son regard remplit de colère était encore fixé sur le visage ensanglanté de l'homme au sol, ce dernier ne bougeait plus mais heureusement il ne semblait pas être mort.
- John calme toi ! Il ne faut pas que nous nous attirons des ennuis !
- (Y/N) ce type n'avait pas à te parler de cette manière ! Tu n'es un objet ! Je vais lui apprendre à dire ce genre de choses sans penser aux conséquences !
- Je pense qu'il a compris la leçon ! Regarde le, il est inconscient !
Malgré la cacophonie résonnante, j'entendis Arthur siffler pour nous, j'attrapais alors la main de John et le tirais vers la soirée, il se laissa faire mais le moindre muscle présent dans son corps était extrêmement tendu. Et bien faire profil bas était tout sauf ce que nous avions fait depuis que nous étions arrivés dans cette région..
- John laisse tomber, il faut partir !
Arthur vint à ma rescousse et poussa littéralement John vers son cheval, grognant comme avertissement de ne pas persévérer dans son idiotie et de juste écouter.
Une fois tous en selle et lancé au galop nous nous éloignions le plus rapidement possible de la ville mais sans nous rendre vers le camp pour autant. Avec le petit grabuge que nous avions causé, qui sait si des esprits mal intentionnés ne voudraient pas nous suivre.
John était silencieux et serrait les reines de son cheval, clairement il n'était pas encore calmé.. Je devais avouer ne pas m'attendre à ce qu'il prenne autant la mouche pour moi, et voilà que les paroles d'Arthur résonnaient de nouveau dans mon esprit. Au final il avait raison je devais parler avec John..
- Je vais rentrer au camp et annoncer à Dutch ce que nous avons découvert. Il faut mieux que vous passiez la nuit dehors, après ce qui vient de se passer en ville je ne crois pas que Dutch serait très heureux de cela.
(Y/N) surveille bien John et ne le laisse pas agir de nouveau comme un idiot !
Il partit au galop avant même que je ne puisse contester sa décision, je voulais retourner au camp également.. Mais laisser John tout seul dans cet état n'était pas une bonne idée. Résignée je tournais mon buste vers lui, son regard était fixé sur ses mains couvertes de sang. Bon sang il était temps qu'il retrouve son sang-froid !
- Cherchons un endroit tranquille où monter notre campement.
Il hocha simplement de la tête et me suivit. Presque un quart d'heure de silence pesant se passa jusqu'à ce que nous nous arrêtâmes à l'abri d'une clairière. Une tente et un feu de camp plus tard et le silence régnait toujours. Je poussai un soupir bruyant avant de me lever et de passer une serviette humide sur les jointures couvertes de sang séché de John, il leva le regard sur moi et finalement il semblait être revenu à lui-même.
- Je suis désolé (Y/N) de m'être emporté ainsi, c'est juste que-.. Je- je n'ai pas pu supporter que ces connards parlent ainsi de toi. Tu es-, tu es tout sauf ce qu'ils t'ont appelé.
- Oh John.. Crois moi ce n'était rien comparé à ce que j'ai déjà pu entendre. Mais j'apprécie l'attention tout de même.
- Tu sais-je-, nous-.. Bon sang (Y/N) je ne sais plus où j'en suis parfois et je-.
Le voir peiner à trouver ses mots était amusant, seulement moi aussi j'étais perdue face à cette situation et je voulais dissiper le brouillard autour de notre relation. Je suivis donc mon instinct et me plaçais à califourchon, mes genoux se cognant contre les côtes de John dont les yeux s'élargirent de surprise mais dont les mains tombèrent sur mes hanches. Je déposais mes lèvres contre les siennes, ça n'avait rien de romantique c'était désespéré presque, nos corps se pressaient l'un contre l'autre. Toutes ces émotions repressées faisaient de nouveau surface telle un volcan, c'était v*****t et hors de contrôle. Le désir prenait le pas sur la raison, ses mains faisaient des allers retours entre mon dos et mes hanches, et je fis un effort surhumain pour m'arracher à ses caresses et baisers.
Nous avions tous les deux le souffle court et mes yeux vitreux, nos fronts reposaient l'un contre l'autre et je fus prise d'une soudaine envie de rire.
- Oh John Marston nous sommes deux grands idiots n'est-ce-pas ?
- Oui mais deux idiots amoureux en tout cas. Je ne veux plus jamais prétendre qu'il n'y a rien entre nous, qu'il n'y a jamais rien eut entre nous. Je t'aime (Y/N), je t'aime tellement que ça fait mal..
- Tu es vraiment un idiot, mais tu as de la chance parce que je t'aime également.
..Tu sais maintenant que j'y pense, rentrer au camp n'est pas vraiment une priorité, après tout il faudra expliquer aux autres que nous sommes de nouveau ensemble, affronter la colère de Dutch par rapport au saloon de Rhodes et surtout il faudrait supporter les commentaires d'Arthur.
- Ne m'en dis pas plus, restons une nuit de plus dehors, mais ne pense pas que tu vas dormir, nous avons beaucoup de temps à rattraper.
- Et bien qu'attends tu cowboy ? Montre-moi ce que tu peux faire !