Chapitre 6. de 2009 à 2011.
Notre pays a subi la pire attaque meurtrière de son temps le 11 septembre 2001. Des milliers de victimes innocentes à cause du fanatisme de quelques-uns. On a su très vite que l’organisation t********e Al Quaïda avait commandité ces crimes affreux. Depuis, la traque du responsable, un certain Oussama Ben Laden, a été la priorité des États-Unis. D’après nos services de renseignements, il s’est planqué dans des zones tribales en Afghanistan. Le Président Georges Walker Bush a aussitôt déclenché « la guerre au terrorisme » contre les talibans qui ont refusé de le livrer et parallèlement contre le tyran Saddam Hussein.
Au camp de Pendelton, j’ai poursuivi mon entraînement avec ténacité. Au maniement des armes et au tir, j’étais de loin le meilleur à tel point qu’on m’a fait faire des heures supplémentaires. Lancer de grenades, pistolet MEU 45 des forces spéciales, pistolet mitrailleur, fusil d’assaut, fusil à lunette infrarouge pour tireur d’élite... je les ai tous essayés.
La seconde guerre du Golfe comme on l’appelait déjà, avait débuté le 20 mars 2003. Lors d’une session du Conseil de sécurité de l’ONU, le secrétaire d’État Colin Powell tenant à la main une capsule de poudre blanche d’anthrax, avait prétendu que l’Irak continuait ses activités nucléaires et possédait des laboratoires mobiles de recherches biologiques capables de produire des gaz mortels à grande échelle, sarin, gaz moutarde... ainsi que des usines de fabrication d’autres armes de destruction massive. Malgré l’opposition de la France, de la Russie et de la Chine, notre Président a lancé un ultimatum à Saddam Hussein et à ses fils. Il les a enjoints solennellement de quitter le pays. Resté sans réponse, les premiers missiles ont été lancés sur Bagdad. Puis, l’invasion du pays a commencé à partir du Koweït où nos troupes et celles de la coalition étaient positionnées.
Après sa victoire, la coalition a cherché à stabiliser la situation, mais très vite on s’est aperçu que la population n’avait rien compris à notre intervention pour les libérer d’un dictateur et qu’au contraire elle était majoritairement hostile à notre présence. Nous qui venions libérer le pays et installer la démocratie, nous étions considérés comme des troupes d’occupation. Il fallait désormais pacifier le pays en proie aux pillages, aux affrontements entre chiites et sunnites, aux règlements de compte en tout genre.
La chasse aux anciens dignitaires irakiens, aux 5 millions d’armes distribuées par l’ancien régime, n’a pas donné les résultats escomptés. Pire, des « brigades de résistance », des groupes terroristes ont recruté massivement parmi les anciennes forces militaires et les milices. De plus en plus d’attentats meurtriers étaient commis en leur nom. Ainsi que des enlèvements d’Occidentaux. Certains ont fini par une décapitation.
Le gouvernement irakien mis en place quant à lui avait beaucoup de mal à contrôler ses propres forces. De nombreux policiers procédaient au rapt de personnalités ou de riches sunnites contre d’énormes rançons.
Début 2009, j’étais versé dans la 1ère division des Marines et affecté aux opérations de recherches et de destruction des insurgés, afin d’assurer à tous les civils un retour à une vie normale.
À peine arrivé, j’ai eu droit au baptême du feu au nord de Bagdad contre des miliciens sunnites déguisés en policiers et qui contribuaient à faire grandir la pression entre les deux communautés religieuses.
Nous étions une cinquantaine à mener cette opération de nettoyage. Mon rôle était tout naturellement avec mon fusil M40A1, le « designated Marskman rifle ou DMR » d’abattre tous les insurgés qui pointaient le bout de leur nez dans la rue. Ce fusil, une petite merveille, faisait mouche à chaque fois. Au total, 17 rebelles à mon palmarès et les félicitations du commandant.
Jusqu’à fin 2009, ce fut pas loin de 90 ennemis à qui j’avais fait mordre la poussière.
Mon groupe fut ensuite envoyé en mission en Afghanistan. Au début, nous étions 13 000 hommes, puis environ 78 000 Américains qui, avec les pays alliés comme la France, le Canada, le Royaume-Uni, couvraient la plus grande partie du territoire afin de déloger et de détruire les b****s de rebelles talibans, mais aussi leurs caches d’armes, leur dépôt de carburant... Il fallait tout autant sécuriser les villages libérés et protéger au maximum la population locale. Gagner leur confiance sans toutefois leur faire une confiance absolue. Certains habitants, par peur de représailles ou par conviction, pouvaient aider l’ennemi.
Sécuriser, installer la démocratie et surtout continuer la traque de Ben Laden. Mon groupe d’intervention était basé autour de Kaboul, la capitale, à Bamyan, un peu au nord-ouest. Puis déplacé à Kandahar dans le sud-ouest. Patrouilles, accrochages, nettoyage de la zone, rapatriement des blessés, notre quotidien.
Dans la province du Nouristan, dans l’est du pays, à la frontière avec le Pakistan voisin qui servait trop souvent de refuge aux talibans, l’état-major avait installé des bases avancées pour perturber les liaisons entre leurs différents groupes.
Dans cette immense zone montagneuse, la nôtre avait été construite à un peu plus d’un kilomètre du village de Kamchar. La population y cultivait quelques céréales et élevait des chèvres et des moutons. La vie y était dure, mais les gens nous avaient accueillis plutôt bien. Très vite, nous nous étions liés d’amitié avec quelques hommes qui ne portaient pas dans leur cœur les excès des talibans. Deux d’entre eux, Yazdan et Omid avec qui chaque fois que j’allais au village je passais un court instant, m’offraient toujours quelque chose à boire voire un fruit à déguster. Je leur apportais en échange quelques rations, du Coca, du chewing-gum... J’avais appris quelques mots d’afghan en leur compagnie et certains mots mal prononcés les faisaient rire aux éclats. Conscients de vouloir sécuriser la zone et de porter aide et protection à ces habitants nous avions convenu ensemble de quelque code qui pourrait nous être utile en cas d’arrivée des talibans.
Je m’entendais parfaitement avec mes 30 compagnons, mais depuis l’Irak je m’étais lié d’amitié avec deux soldats. Brice « Renegade » Dasher, un petit gars du Delaware qui était fier que son État fût le premier créé aux USA et qui me suivait toujours dans les opérations. En plus de son fusil avec baïonnette UKC-35, de son couteau Ka-Bar porté par tous les Marines sans exception, il avait une lunette et m’aidait à repérer l’ennemi. Enfin, Ashton "Harry" Moonred. Un dur à cuire. Une tête brûlée. Un téméraire qui n’avait peur de rien. Qui partait sur le terrain en mettant un maximum de chances de son côté pour rester vivant. Un gars un peu bizarre pour la plupart qui m’avait dévoilé un petit pan de sa vie privée. Par exemple ce surnom, « Harry » dont il s’était affublé, en hommage à l’inspecteur Harry ce policier hors norme interprété au cinéma par Clint Eastwood.
La vie à la base n’était pas de tout repos. Nous avions des accrochages presque quotidiennement avec les talibans qui tentaient toujours de reprendre la zone. On échangeait des coups de feu. Un ou deux chargeurs. Parfois plus. L’affrontement durait une heure ou deux. Bien à l’abri, c’était rare d’avoir des blessés graves dans nos rangs. Un ou deux ennemis restaient souvent sur le carreau.
Et puis un jour, Dasher, la lunette toujours vissée à son œil droit vint me voir en courant.
— Regarde là-haut sur la colline, y a du monde.
— Par le grand Coyote ! Mais c’est Yazdan qui se tripote les narines. C’est le signe. Ouais ! Les autres sont des talibans. Préviens les copains, je vais les allumer.
Trois coups rapides et trois silhouettes qui se sont écroulées. La débandade. J’attendis un moment. Puis Yazdan s’est redressé. Il sourit. Le lendemain au village j’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai emmené avec moi un des soldats afghans du poste pour la traduction. Yazdan m’a expliqué que les « méchants » (c’est ainsi qu’il les nommait) étaient venus pour enrôler les hommes. Omid avait réussi à se cacher.
— Bravo ! Tu as bien compris le geste, me dit Yazdan en me serrant la main.
— Oui ! tu as été parfait !
Nous aurions dû savoir après cette escarmouche que quelque chose de plus grande envergure se préparait. Toute la semaine nous avons eu des difficultés à sortir et puis un matin, à l’aube, nous avons été réveillés par des coups de feu.
— C’est au village, cria le commandant. Tous à vos postes.
Dans le brouillard qui recouvrait la vallée, on n’y voyait pas à 30 pas. La mauvaise visibilité devenait un atout pour les talibans. Ils occupaient les collines aux alentours. Les premières roquettes tombèrent aux pieds des fortifications. L’ennemi n’allait pas tarder à rectifier le tir. Je ne pouvais rien faire que tirer au hasard dans la direction d’où partaient les coups.
Le radio appelait l’aviation à l’aide, mais avec cette fichue purée de pois ils ne pouvaient intervenir. L’assaut dura des heures et des heures. Les roquettes, puis les grenades s’abattaient sur le camp. Déjà trois morts chez nous. Lentement, la brume se dissipa. Sur toutes les collines, on voyait des turbans.
— Damn it ! Ils sont combien ? demanda Dasher.
— Je n’en sais rien, mais un paquet. Sers-toi de ta lunette. Je vais faire feu coup sur coup pour en dégommer un maximum.
— À 11 heures ! À 13 heures, deux !
Pan ! Pan ! Chaque fois qu’il en tombait un, un autre se relevait.
— C’est comme l’hydre de Lerne. Tu coupes une tête il en repousse une autre.
— C’est quoi cette histoire de litre de...
— T’occupe, je t’expliquerai plus tard.
Plus tard, effectivement les avions arrivèrent pour bombarder les positions ennemies. Le combat cessa. Les survivants décrochèrent, laissant sur le terrain des dizaines de cadavres. Chez nous malheureusement la mort avait aussi fauché des hommes. « Harry » était salement touché, avait dit le toubib. Il fut transporté en urgence à l’hôpital à Kaboul. Au village, Yazdan et Omid et d’autres hommes avaient été égorgés.
— Que Dieu ait pitié de leurs âmes, avait dit l’aumônier.
Plus que jamais je m’insurgeais contre la divinité qui ne protégeait point les hommes justes et bons. J’avais bien envie de dire au prêtre :
— De fermer sa gueule et d’arrêter de nous embobiner avec ses litanies, ses sermons, ses paroles de miséricorde...
J’en voulais au monde entier.
L’état-major sonna la retraite. Le camp fut démantelé de fonds en comble et les installations complètement détruites. Sur les 50 marines qui occupaient le poste, 46 rentrèrent aux USA. Les soldats gouvernementaux et les policiers afghans avaient eux aussi payé un lourd tribut : 37 sur 140. Les assaillants au nombre de 300 avaient eu plus de cent morts et des dizaines de blessés. C’était ce qu’on appelait une victoire !