CHAPITRE 1
1
Dans la nuit de samedi, la femme de Sidafa, accoucha de deux jumeaux, Sidafa, le bras droit direct du roi des démons vivant sur la partie sud-est du territoire barrorien, un démon coriace, ressemblant à un bloc d’acier, dominant, sévère, son cou totalement gorgé de veines et de quelques cicatrices dû aux innombrables combats territoriaux qu’il a dû mener, son visage balafré, en fait, presque tout son corps était sillonné de cicatrices ou des égratignures. Un regard tellement noir et profond qu’il transperce quiconque essayant de défier son autorité, ses cheveux de couleur ébène, ses mâchoires toutes serrées à chaque instant ; barbu, grand et fort, il fait à peu près 1m90, on pouvait apercevoir sa virilité à des kilomètres près.
L’annonce de la naissance de ses deux enfants l’émurent presque, car il n’était pas un homme à verser des larmes ni sentimental, mais comme les bébés sont sources de bonheur, alors il était heureux, même s’il ne montrait pas ouvertement sa joie, en son for intérieur, il était aux anges. Quand il arriva devant la salle d’accouchement, deux sages-femmes l’attendaient avec chacune un bébé dans les bras, il les lui prirent de leurs mains pour ensuite les prendre en retour, il les posa chacun sur ses deux épaules pour les bercer même si ce n’était pas exactement ce qu’il faisait, à vrai dire, il les regardait simplement sans pour autant être trahi par ses émotions, chose qu’il ne peut pas se permettre en aucune circonstance car l’ennemi frappe toujours là où ça fait le plus mal, il ne pouvait se permettre d’exposer ses points faibles devant un tas de gens, et il avait tant d’ennemis qu’on ne pouvait en compter. Les deux enfants aux bras, il entra dans la chambre d’accouchement pour y trouver sa femme sans manquer de donner un ordre à tous ces gens présents dans la salle en lançant simplement un « dehors » et là comme une fumée, ils se dispersèrent tous comme s’ils n’y étaient guerre.
Allongée sur son lit et baignée dans son propre sang, Fatima, fatiguée de toutes les forces qu’elle a puisées pour donner naissance à ses tous nouveaux premiers enfants après soixante-dix années de mariage avec son mari, elle était à moitié consciente tant elle avait fourni de l’énergie, physiquement et mentalement, mais dès qu’elle vit son mari accompagné de leurs deux enfants dans les bras, elle lutta de toutes ses forces pour rester éveiller afin de profiter de cet instant, elle tenta instinctivement de se lever mais chuta malheureusement après trois pas désordonnés et son mari le gronda tout de suite.
- Mais tu es folle ! ma parole, tu viens de donner naissance à deux garçons, tu penses que c’est comme cueillir des pommes ? allez va t’allonger je te les apporte au lit. Lui réprimanda-t-il.
- Je veux voir mes bébés, mes premiers nés. Fut sa réplique à son mari tout en étant au sol, incapable de se relever.
Agacé, il alla d’abord déposer les enfants dans leur berceau pour ensuite s’occuper de sa femme affaiblie, il lui prit la main pour la hisser contre lui afin de la porter au lit. On dit que la femme, c’est la ceinture qui retient le pantalon d’un homme et cet homme était exactement comme ça avec sa femme, dehors là-bas, devant des millions de soldats tous prêts à lui obéir à chacun de ses ordres sans se plaindre, il était craint, respecté, de tout le monde, mais devant sa femme, il était comme un bébé avec sa mère, docile, calme, elle l’avait complètement dompté.
Une fois qu’elle fut bien installée, son mari lui apporta ses deux bébés dans les bras, malgré la douleur, elle réussit à porter ses enfants dans ses bras, émue malgré elle. Sous le coup de l’émotion, elle marmonna un « quels anges » qu’elle jura que son mari n’ait pas entendue, mais malheureusement, il l’entendit et rétorqua aussitôt.
- Ce sont des démons, chérie, alors ne les maternise pas.
- Oui je sais, mais n’empêche que ce ne sont que des bébés pour l’instant, alors oui, je vais les materniser, après tout, ce sont mes enfants, mes tous premiers-nés. Répliqua-t-elle.
- Parfois, je doute vraiment que tu sois comme nous, les démons, tu es tellement différente de nous que c’en ai hilarant. Toi, tu es sensible, drôle, charismatique, souriante, aimable, en fin bref, tout le contraire de nous autres. Tu ne serais pas un ange-gardien par hasard ? la taquina-t-il.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? je te rappelle que je suis fille unique de Samba, le plus grand conseiller du roi.
- Oui, je sais, oublions cela à présent et concentrons-nous sur nos enfants, lui dit-il pour changer de sujet. C’est vrai qu’ils sont très beaux et magnifiques il va devoir qu’on soit extrêmement prudent à l’avenir, car nos ennemis sont un peu partout et je ne veux que quoi, que, ce soit vous arrive, alors soyez vigilants.
- D’ailleurs, à ce propos, je voulais te dire que je vais personnellement m’occuper de mes gosses sans aucune gouvernante et sans domestiques non plus, je veux pouvoir m’occuper de mes enfants sans qu’ils soient influencés par tous ces gens qui nous entourent, les gardes peuvent rester pour notre sécurité, mais les servantes non. Dit-elle avec sérieux.
- Comment ça, tu ne veux pas de domestiques ? s’étonna-t-il de ce comportement peu anormal, puisqu’aucun noble ne peut rester sans domestiques pour le servir, surtout leurs femmes.
- Je n’en veux pas, c’est tout. Ils sauront facilement les influencer et je ne veux pas faillir à leur éducation, oh, ça non. Lui serre-t-elle d’excuse. Je voudrais qu’ils soient élevés à notre image et non à celle de ces inconnus qui les rodent autour, allez, s’il te plait, fais ça pour moi, le supplia-t-elle comme une enfant à qui, on n’a refusé d’acheter du bonbon.
Les domestiques tout comme les gouvernantes sont connus pour facilement influencer les enfants des nobles. Ces derniers étant trop occupés par leurs affaires de politique, laissant leurs enfants dans les mains de ces domestiques, c’est sûr qu’ils les influenceront ; puisque c’est le milieu qui fait l’homme et non son origine. C’est pour éviter tous ces risques d’éventuel égarement, que Fatima suggéra à son mari de la laisser personnellement s’occuper de leurs enfants. Acceptant par la même occasion de devenir une femme au foyer, mais ça lui était égale ; tant qu’elle serait la seule et son mari à s’occuper de leurs enfants.
- D’accord, c’est bon, tu viens de faire de moi, l’homme le plus heureux du monde alors c’est le moins que je puisse faire pour toi. Lui accorda-t-il enfin.
Elle sauta tout de suite de joie, tant elle était heureuse de faire ce qui lui tenait à cœur.
- Merci, beaucoup, je te promets que tu ne vas pas le regretter.
- Bien, il faut que j’annonce personnellement la nouvelle à sa majesté, pendant ce temps, je dirai à Saran de s’occuper de toi, ensuite des gardes viendront t’escorter pour te ramener à la maison afin que tu te reposes, parce que tu l’as bien mérité. Lui dit-il.
- D’accord, en venant tu m’apportes quelque chose ?
- Compte sur moi, allez, au revoir, je t’aime. Lui fut-il, en lui donnant un b****r sur la joue.
Une fois dehors, il ordonna à toutes ces sages-femmes de prendre bien soins de sa femme et de ses enfants ; pendant qu’il ira voir sa majesté, le roi. Il se rendit chez lui, le sourire sur les lèvres, très heureux de son nouveau statut social, « je suis père » se répéta-t-il sans arrêts, il se mit à imaginer sa nouvelle vie, la tournure qu’elle prendra aujourd’hui, étant père et responsable de deux enfants, en tant qu’un homme d’instinct et qui a beaucoup d’ennemis, il commença à élaborer des plans dans sa tête pour la protection de sa famille ; il y a encore quelques années, il n’aurait jamais cru cela arriver, après soixante-dix années de mariage, il avait perdu espoir qu’un jour il devienne papa, car c’était le but du mariage, il devait s’assurer d’avoir un héritier qui allait le succéder après sa mort comme ça a été son cas après la mort de son père, celui-ci, mourut très vite, dans une bataille féroce, sous les yeux horrifiés de son fils, laissant derrière lui un jeune homme d’à peu près vingt ans, immature, mais avec un peu d’expérience, car son père l’amenait tout le temps avec lui, partout où il allait, même à la guerre, il ne s’en séparait guerre. Ce traumatisme l’endurcir davantage, son père lui avait appris beaucoup dans la vie, avec violence et le menaçant sans cesse, car selon lui, c’est avec violence qu’on devient un homme, pas avec la douceur, ainsi, il fut forgé comme une arme de guerre connaissant que deux choses « obéir et exécuter » toute sa vie, il servit le roi Moussa, prématurément, mais avec le temps il s’y est adapté, et apprendre aujourd’hui qu’il devait assurer la sécurité de deux enfants et pas n’importe lesquels, ce sont, ses enfants, en plus de sa femme. Perdu dans ses pensées, il ne se rendit même pas compte qu’il avait atterri au palais royal et qu’il était devant la suite privée du roi. Il frappa deux coups avant qu’une voix rocailleuse ne lui permette d’y entrer, il entra en prenant le soin de fermer la porte derrière lui.
- Majesté, le salua-t-il en faisant une révérence de politesse.
- Entre mon ami, l’invita-t-il. Que me vaut ta visite aussi tardivement ? demanda-t-il.
Sous le coup de l’émotion, il perdit d’abord sa voix quelques instants avant que le roi ne le ramène sur terre, avec une tape sur l’épaule.
- Allez, Sidafa, tu ne vas quand même pas venir ici et rester planter là comme un arbre ? vas-y dis-moi ce qu’il y a.
- C’est…ma femme, elle a…, commença-t-il déjà à bégayer, mais se reprit vite fait et continua son récit. J’étais en route pour la maison, quand on m’a informé que Fatima, était admise chez Saran, la sage-femme, alors je me suis directement rendu là¬-bas et à mon arrivée, elle avait déjà mis au monde deux magnifiques bébés, et je suis personnellement venu te l’annoncer.
- Mais c’est génial ça mon frère, je me doutais bien qu’il y avait quelque chose de sérieux pour que tu perdes ta langue, puisque je ne t’avais jamais vu comme ça. Vraiment félicitations mon frère.
- Merci. Je suis vraiment heureux si tu savais, je ne pensais pas que la venue d’un bébé peut-être si émouvant, je te jure que je ne me reconnais plus, je suis censé être un sans cœur mais là…, se confessa-t-il à son roi bien aimé.
- Je te comprends mon frère, moi aussi j’étais dans cet état d’allégresse quand j’ai appris pour Sarata, ma fille, j’étais très heureux, mais quel dommage que trois ans après sa naissance, sa mère se soit faite tuée par un humain, un chasseur qui plus est. Mais je me suis occupé de son compte tu le sais. Je les déteste ces humains de tout mon être, à cause d’eux je suis devenu veuf si jeune. Mais ça, c’est le passé à présent, aujourd’hui est un jour spécial pour toi et ta femme, alors, on va arrêter d’être nostalgiques et faire la fête. C’est tout ce qu’il nous faut ce soir, je vous promets un festin.
- Mais, majesté, tu ne crois pas qu’il est assez tard pour faire une fête, je veux dire, il est à peu près minuit.
- Mais ne t’en fais pas, je m’occupe de tout, à travers ma puissance diabolique, je convoquerai tout le monde par la pensée, et tu sais bien qu’ils adorent les fêtes, la seule chose que tu as à faire, c’est de rentrer te préparer et revenir avec ta femme et tes enfants, d’ailleurs tu leur as donné des noms ?
- Eh, je pense leur donner à chacun, les noms de nos parents, c’est-à-dire, l’un portera le nom de mon père et l’autre celui de Fatima.
- Mais c’est une excellente idée ça, allez, rentres à présent et revient nous vite.
Ce soir le roi en personne organisait un festin pour son ami, chose qui n’arrivait pas très souvent, et lui se promit de bien en profiter…