Chapitre 9

2445 Mots
- J’en ai marre, dit Kélèty en jetant au sol la tonne de bois qu'il avait ramenée de la forêt. Cela fait, maintenant six mois que je suis là à travailler pour vous, j’apporte des bois de la forêt, je puise de l’eau dans les puits ; je fais le linge de vos enfants, cita-t-il dans un excès de colère. Quand est ce que je vais enfin pouvoir rentrer chez moi ? - Ça, ça ne tient pas de moi, Kélèty. Je te l’ai dit mille fois. Répéta Fatima pour la énième fois. En effet, cela faisait maintenant six mois que Kélèty était retenu prisonnier par Sidafa contre sa volonté, comme il le lui a promit, le jour où il l'a kidnappé, il est devenu le boy de la femme de celui-ci, pendant tout ce temps et continuera de l'être. Il était comme les deux bras de Fatima. Presque tous les travaux ménagers sont accomplis par lui : le linge ; la vaisselle ; le ménage en général. Ainsi l’obligeait Sidafa à tout faire. Il ne se plaignait pas au début, espérant qu’un beau jour, pris de compassion, ils allaient le laisser partir. Mais plus le temps passait, plus Sidafa n’évoquait même plus sa famille. Mais fatigué de devoir faire semblant comme s’il acceptait sa situation, ou comme si tout allait bien. Il leur faisait enfin savoir son mécontentement d’être là. - De quoi tu te plaints encore petit, dit Sidafa qui venait justement d'arriver et sans le vouloir avait entendu leur conversation. - Il se trouve que j'ai envie de rentrer chez moi, dit-il sans se départir de son irrésistible arrogance. - Tu as toujours eu envie de rentrer chez toi mon petit, ce n’est pas nouveau. - J’ai fait tout ce que vous m'avez demandé, qu’est ce que vous voulez de plus ? - Non ! Petit, rectification, tu as fait tout cela pour que je te laisse rentrer chez toi. Kélèty leva les sourcils, étonné qu’il se soit rendu compte de son petit manège pour quitter cet endroit. - Ah tu es surpris ? Lisa Sidafa sur son visage. Dois-je te rappeler que ton esprit est connecté au mien ? Je sais tout ce que tu dis et pense dans ta petite tête d’humaine. C’était bien malin d’agir Ainsi, faire semblant d’être docile comme un chien avec son maître afin d’avoir ma miséricorde. Mais ce que tu oublies, c’est que je n'ai pas cet état d'âme et je n’ai aucune pitié dans ce cœur de glace que j’ai. - Pourtant vous aimez votre femme….Et vos enfants aussi, lui dit Kèlèty avec une lueur espiègle sur le visage, alors qu’il se pensait fait de marbre. Ces mots furent écho dans la tête de Sidafa, qui mit un certain temps avant d’assimiler, et de réagir à ces propos, qui étaient un petit peu surprenant. Furieux, il le regarda méchamment, car en dépit de tout ce qu’on pouvait dire sur lui, une chose était sûr, il aimait et aime vraiment sa famille. Devant le monde, il se construisait une carapace tellement épaisse qu’au final, les gens le fuyaient, le craignaient… jusqu'à aujourd'hui, personne ne le lui avait dit de vive voix ce que Kélèty venait de lui cracher à la figure. En seulement six mois de cohabitation, il a compris ce qui lui tenait vraiment à cœur et venait de s’en servir contre lui dans une joute verbale, il a frappé là où ça fait le plus mal, à une partie sensible. - Qu’est ce que tu viens de dire ? Le demande Sidafa dans un état proche de la violence. Fatima sentant le changement d’humeur de son mari, s’interposa vite fait entre eux avant que ça ne parte en catastrophe. - Je pense que tu dois te calmer Sidafa, le conseilla Fatima. - Tu vois comment il me parle ? - Kélèty surveille ton langage ! dit-elle à l’adresse de ce dernier. - J’ai donc raison alors ? Se réjouit ce dernier, sans se soucier de la mise en garde de Fatima. Il continua à évoquer des propos naissants à son insu. Vous êtes vraiment un petit agneau une fois que vous franchissiez cette porte, je me demande ce que vos ennemis en penseront s’ils avaient vent de tout ce petit secret. Sidafa perdit le contrôle de lui-même, quand Kélèty prenait plaisir à exposer sa plus grande faiblesse. Il bouscula sa femme de côté et donna une gifle violente qui raisonna presque dans toute la maisonnée avec sa poigne de fer à Kélèty qui tomba à la renverse sous l’impact de la violence. Il venait d’enfreindre l’un de ses codes d’honneur. « lever la main sur un enfant, peu importe son crime » Il regretta aussitôt son geste. Malgré la douleur ressentie, l’usage de la langue de Kélèty était toujours fonctionnel, ce qui ne l'a pas empêché de dire ensuite ce qu’il ressentait à son égard. - Vous êtes vraiment malade ! Comme la plupart d’entre vous d’ailleurs, siffla-t-il en se tenant la joue. Vous faites semblant d’être un homme d’honneur, mais en vrai, vous n’êtes qu’une pourriture, un lâche. - Ça suffit, petit insolent, cria Sidafa en le saisissant cette fois-ci par le col. Arrête de me pousser à bout, sinon je te jure que je ne réponds plus de moi. - Sidafa, je t’en prie Arrête. Le supplia sa femme. Tu ne vois pas qu'il essaie de te provoquer, et tu tombes facilement dans son piège. Se rendant compte de cela, il le relâcha sans oublier pour la énième fois de lui proférer des menaces. - Tu ne quitteras jamais cet endroit, mets toi ça dans ne crâne, arrête d’espérer un jour pouvoir quitter ici, parce que ça n’arrivera pas. Pas tant que je serai en vie. Sur ce, il rentra à la maison suivie de près par sa femme, qui essayait tant bien que mal de le raisonner. Mais c’était très dur, tout ce qu’à dit Kélèty était la stricte vérité. Avec la naissance de ses enfants, il s’est ramolli, il est devenu beaucoup plus émotif en leur présence et ce n’était bon pour personne, ni pour lui, ni pour sa famille, encore moins pour le royaume. C’était inconcevable, si un simple humain à su voir facilement ses faiblesses, cela veut dire que ses semblables, les diables eux, le savent maintenant depuis très longtemps. Il devait à tout prix se rattraper, parce qu’il ne peut nier que Kélèty disait vrai. Mais comment ? C’est là qu’une idée germa dans son esprit, il fallait 111qu'il le fasse, pour sauver sa famille. - Je vais devoir aller au front pour superviser nos soldats qui sont là-bas, dit-il à l’adresse de Fatima. Entre temps, les enfants, toi, et Kèlèty aussi, vous allez devoir rester au palais royal jusqu'à mon retour, comme ça je serai rassuré. Fatima n’était pas dupe, elle savait que son mari n’a pas pris cette décision comme ça soudainement juste pour soit disant superviser les soldats comme il le dit si bien. Les paroles de Kélèty l’ont vraiment touché en plein cœur. Elle savait qu’il le fait uniquement dans leur intérêt. - Tu l’as vraiment cru alors ? Questionna-t-elle précautionneusement. - De quoi tu parles ! Feigna-il semblant de ne pas savoir ce dont elle lui parlait. - Tu sais très bien de quoi je parle Sidafa, alors ne fait pas l’idiot. Il suspendu tout mouvement pendant un certain temp pour essayer de méditer la dessus. Ce n’était vraiment pas facile pour lui de tenir cette discussion avec elle, mais il le fallait. En dépit du cœur de glace qu'il avait, il aimait sa famille. C’était une évidence et ça se voyait à des kilomètres près, comme quoi, les démons aussi avaient un cœur pour aimer. Le problème est que c’était dangereux tout ça. Vraiment très dangereux, surtout en ce moment qu'ils étaient en pleine guerre avec d’autres démons de village voisin encore plus forts, encore plus puissants. - Il a raison Fatima, brisa-t-il le silence. - Mais qu’est ce qui y'a de mal à avoir une faiblesse dans la vie ? Je crois qu’on en a tous je me trompe ? - Eh bien, pas Moi, je ne peux pas me le permettre, explosa-t-il. - Donc tu considères que nous sommes tes faiblesses ? - Arrêtes Fatima, je n’ai pas envie d’en parler. - J’aurai voulu que nous soyons ta force, ta détermination, se vexa-t-elle. Que nous soyons la raison pour laquelle Tu te lèves chaque matin, pour prendre les armes et aller combattre nos ennemis pour le bien de tous. - Mais c’est ce que je fais chaque jour Fatima. - C’est ce que je croyais, tu sais quoi, fais ce qui te chante. Je vais m’occuper de nos enfants toute seule et si un jour, tu auras la décence de revenir et que tes propres enfants me demanderont qui tu es, je leur répondrai simplement que tu es le père qui leur a lâchement abandonné. Garde cela bien en tête Sidafa, je ne plaisante pas la dessus. Sur Ce, elle tourna les tallons, et partie se réfugier dans sa chambre avec ses enfants. Quelques temps plus tard, Kélèty venit toquer à sa porte, pensant que c’était son mari, elle le congédia méchamment. - C’est Moi, Tante Fatima ! Je peux rentrer ? Ne recevant pas de réponse, il prit ça pour un oui. - J’espère que tu es fier de toi ? Tu viens de bousiller ma vie, dit-elle en le voyant rentrer dans sa chambre. - Qu'ai-je fait encore, feigna-t-il d’être innocent. - Depuis que tu es ici, débuta-t-elle. Je fais tout ce que je peux pour te protéger, faisant tout pour ne pas que tu te sentes tout le temps triste, je m’oppose à mon mari lorsqu'il s'agit de toi, sans quoi, il pourrait t’infliger les pires horreurs que tu ne peux imaginer et personne ne lèvera le petit doigt. - Il m’a déjà torturé avec ses violentes migraines qu'il m’inflige, sinon, c’est quoi le soucis ?. - Il va quitter la maison, et nous laisser au palais jusqu'à son retour. - Pourquoi ? Elle ne répondit rien à cette question, parce qu’elle ne savait pas quoi répondre à cela. Depuis qu’elle s’était unie avec lui par le lien du mariage, elle ne l'avait jamais vu ainsi, au début de leur union, il était toujours cet homme très barbare, v*****t, et si peu de vertus, qui obtenait tout par la force. Il essaya de la dompter à plusieurs reprises mais elle ne se laissa jamais faire, étant une très puissante démonne venue d’une très longue lignée. De sa famille proviennent les conseillers directs du roi, chose qui se transmet de génération en génération. Leur union fut une union arrangée. Sidafa devant assurer sa progéniture en laissant un héritier qui s’occupera de ses fonctions plus tard, une fois qu'il sera six pieds sous terre, de ce fait, il lui fallait une épouse pour que son enfant soit fait en toute légitimité, mais d'une femme qui appartenait à une grande classe sociale pour sauver les apparences. Le choix fut vite porter sur Fatima Kondé, qui se trouva être l’unique fille du grand conseiller de Moussa, qui était destinée à devenir conseillère comme ses parents et arrières parents l’ont été. Mais qui, malheureusement était une femme, ne pouvait pas assumer cette responsabilité, elle devait donner naissance à un enfant garçon qui sera préparé pour ce rôle au risque de voir leur lignée disparaître. Donc depuis qu’elle est née déjà, elle a été sous-estimée par les siens, mais elle a su garder la tête haute et gagner sa place dans ce monde de détraqué. Elle n’a jamais pu se soumettre à n’importe qui, même pas à son nouveau mari, qui pensait haut et fort que les femmes ne servent qu’à cuisiner et pondre des enfants, ce qui fit que dès le début, leur mariage vrilla en catastrophe. Ils faillirent divorcer à maintes reprises, mais à chaque fois, ils se réconciliaient. Lui qui voulait tant la dominer et lui imposer toute son autorité, a presque fini conquis par elle. Ils ne s'étaient jamais quittés à plus de deux semaines, même quand il partait sur le front de guerre. Il faisait toujours en sorte de revenir très tôt. S’il dit aujourd'hui vouloir leur quitter pour aller sur les fronts, elle l'accepterait parce qu’elle n’avait pas le choix, mais ne lui pardonnerait jamais sa lâcheté. Car pour elle, le fait qu’il la traite ses enfants et elle de faiblesse était insultant. - Parce qu’il nous considère comme sa faiblesse, dit-elle après un long moment de réflexion. - Je…je ne pensais pas qu’il prendrait ça au sérieux, mais il se trouve que c’est un peu…la vérité. - Mais tu peux te taire une seconde ; s’énerva-t-elle. - C’est de votre faute si les choses se sont passées ainsi, si vous n’aviez pas fait votre caprice de « je veux élever mes enfants dans la tranquillité » rien de tout ça ne se serait arrivé. Et je serai encore chez moi à l'heure qu'il est, alors ne venez pas me blâmer pour tout ça. Fatiguée de devoir se battre toujours avec les mêmes personnes, elle se résigne. Puisque personne ne compte lui donner raison, elle décida de se plier à la volonté de son époux. Celle de se préparer au plus vite pour aller au palais pour un séjour indéterminé. 
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