CHANT XXI Nous avancions ainsi, d'un pont jusqu'au suivant, tout en parlant d'objets que ne raconte pas ma Comédie. Enfin, étant en haut du pont, nous fîmes un arrêt, pour voir de Malefosse la nouvelle crevasse[204] et ses pleurs inutiles. Elle me paraissait cruellement obscure. Comme dans l'arsenal de Venise en hiver les marins font bouillir à flots la poix visqueuse, afin de radouber leurs bateaux mal en point, profitant du repos ; et sur ces entrefaites, l'un va remettre à neuf sa barque, l'autre étoupe les flancs de cette nef qui vit plus d'une mer, l'un tape sur la proue et l'autre sur la poupe, ou fait des avirons, ou rapièce les voiles d'artimon, de misaine, ou bien tord des cordages ; ainsi bouillait sans feu, mais par un art divin, au-dessous de mes pieds, un lac


