Je tiens mon stylo et mon porte-documents avec le nom de chacune des personnes du rang S qui s'entraînent au tir et au combat rapproché. Je ne suis pas très bien dans l'entraînement là, j'ai comme un sentiment que quelque chose va arriver. Si ça se trouve c'est parce que John veut parler au Président, je dois l'en empêcher quand il rentre de mission. Je serre mon stylo et hoche la tête, déterminée de ma pensée.
"- Cheffe ?"
Je sors de mes pensées pour remarquer que tout le monde me regarde comme s'ils attendaient quelque chose de moi, mais lorsque je tourne les yeux, je remarque le Président qui se tient dans la porte. Qu'est-ce qu'il fait ici ? Il n'est pas censé être ici. Il ne vient jamais ici normalement. Je m'approche de lui.
"- Président ? Que faites-vous ici ?"
Il regarde les autres, je me tourne pour comprendre qu'il ne compte pas parler tant qu'ils sont ici.
"- On fait une pause." je leur annonce.
Ils ramassent tous leurs affaires et quittent la salle en adressant un signe de tête rempli de respect envers le Président. Rebecca passe, elle le fusille presque. Lorsque la porte se ferme pour nous retrouver seuls à seuls, il range sa cravate.
"- Nous avons un problème.
- Un problème ?" je répète.
Il hoche la tête, son regard se déplace dans la salle d'entraînement.
"- Pourquoi vous n'êtes pas encore en train de partir en mission ?
- Avant chaque mission, un entraînement est de rigueur.
- Sauf que le client a décidé qu'il voulait que ce soit fait avant ce soir."
Je fronce les sourcils.
"- On avait jusqu'à...
- Mais le client a décidé que c'était très tard."
À ce point ? Et vu la tête du Président ce client ne peut être qu'une personne supérieure à lui. J'ai envie de refuser mais si je refuse, il risque de me parler de John qui est en mission.
"- Je vais essayer de...
- Non" me coupe-t-il.
Je souris mais malgré moi je bouillonne de l'intérieur. Je serre le porte-documents dans ma main, il pointe son doigt vers moi et commence à l'agiter devant mes yeux.
"- Souviens-toi... Le destin de John est entre tes doigts."
Je suis presque en train de briser le porte-documents, je serre un peu plus, un sourire sur mes lèvres malgré la rage que je sens en moi. John a dû assister à ça. Ça doit être pour ça qu'il sait tout. Parce que le Président n'est pas discret dans ses manipulations, dans ses menaces. Il m'a vue pitoyable.
"- Luna."
J'acquiesce doucement.
"- Parfait... Quand la mission est terminée je veux que ce soit toi qui me le ramènes."
Il passe à côté de moi, je le suis du regard du coin de l'œil. Quelque chose est bizarre. Je me tourne enfin après avoir pris sur moi.
"- Président... À quoi servent les informations que vous voulez que le rang Alpha vous emmène ? Pourquoi on sacrifie notre vie pour ça ?"
Il se stoppe, il se tourne par la suite dans ma direction.
"- Luna... Ton travail c'est d'aller récupérer ou tuer comme on te demande. Cela ne servirait à rien de savoir ce qu'on fait.
- Le truc c'est qu'on ne s'occupe pas que de tuer... Vous nous donnez toujours des missions pour récolter des informations. On est des tueurs à gage et pas des agents."
Il fronce les sourcils, avance à grande vitesse dans ma direction, il s'arrête à ma hauteur, je sens son regard menaçant qui donne des frissons, je reste droite mais il est flippant sur les bords. Sa main se pose sur mon épaule, mon corps se tend, il enfonce ses doigts dans mon épaule, je grimace légèrement mais en gardant la tête haute.
"- Ne me fais pas John partir en mission après celle-là... Et je te jure qu'il ne sera pas de tout repos."
Encore une menace. À chaque fois qu'il me menace de la vie de John, je n'ai qu'à m'incliner. C'est ça son pouvoir sur moi.
"- Donc..." il commence à parler.
Sa main se desserre de mon épaule, il écarte mes cheveux de mon visage.
"- Fais une réunion pour m'apporter mes documents. Et toute ton équipe doit être sur le coup."
Il m'attrape le menton à deux doigts, son sourire n'est ni doux ni sincère, c'est tout le contraire de John. Il n'y a rien d'apaisant chez lui. Tout me dégoûte...
"- Vous avez deux heures."
Il me lâche le menton, je le regarde sortir de la salle d'entraînement, mon regard se déplace rapidement sur la pièce comme si je cherchais quelque chose mais je cherche juste à me calmer. J'ai le cœur et le sang qui sont en ébullition. J'ai envie d'hurler. John ne peut pas aller parler à ce type. Je dois l'en empêcher. Qui sait ce qu'il fera à John quand il lui fera la leçon.
Je prépare la mission, tout le monde s'équipe... Je leur donne les consignes jusqu'au lieu de la mission, je me mets en hauteur sur un immeuble, allongée sur le toit avec Trevis derrière un sniper. Rebecca est sur le terrain avec trois autres, deux autres toits sont équipés de deux snipers. Je regarde dans la lunette de mon sniper.
"- Vous êtes tous en place ?" je demande à travers mon oreillette.
Ils répondent tous un par un "Affirmatif".
"- Abeille, Renard, Lapin et Zèbre... À vous."
Je vois Abeille qui lève son pouce à travers la lunette de mon arme, elle commence à avancer en première, les trois autres la suivent.
"- Aigle... Tu peux surveiller l'étage suivant.
- Oui, Cheffe."
Je suis l'équipe puis ils se séparent comme c'était prévu, Trevis alias Caméléon surveille une équipe et moi l'autre, celle de Rebecca.
"- Cheffe !" m'interpelle Aigle à travers l'oreillette. "Trois hommes sont présents à l'étage, deux à dix heures et un à quatre heures.
- Élimine-les.
- Bien, Cheffe."
Je continue à suivre Rebecca.
"- Le Président veut quoi cette fois ?" me demande Trevis à côté de moi.
Je lui jette un bref regard et retourne mon attention sur Rebecca.
"- Je ne suis pas dans sa tête.
- Je demande juste parce que j'ai l'impression qu'on fait des choses...
- Illégales ? Tuer est illégal malheureusement pour toi, Caméléon."
Trevis soupire devant ma réplique, la mission se déroule bien et sans encombre, un peu trop. Rebecca et les autres arrivent rapidement sur les lieux, elle prend l'ordinateur portable en question qu'elle met dans le sac de Lapin.
"- Cheffe ! On a de la visite."
Je retire ma vision de Rebecca afin de la poser sur les cinq voitures qui sont arrivées, plusieurs hommes en descendent et lorsque je fais plus attention à leurs tenues je remarque que ce sont des personnes du FBI. Je retire mon œil du sniper.
"- C'est quoi ce bordel ?
- Cheffe ?"
Je me redresse, je commence à ranger mon arme dans le sac.
"- Rentrez tous à l'Agence, je m'occupe de faire sortir les autres.
- Oui, cheffe." ils répondent tous en même temps.
J'attrape mon sac de matériel. Trevis saisit mon bras.
"- Tu comptes faire quoi toute seule ?
- Empêcher le FBI de tuer mes tueurs à gage dans l'immeuble.
- Je viens avec toi.
- Tu rentres."
Je ne le laisse pas insister, je dévale l'immeuble rapidement, je cours jusqu'à ma voiture puis grimpe dedans. Je démarre.
"- Abeille tu m'entends ?
- Oui, Papillon.
- Il y a des agents du FBI qui se dirigent vers vous, montez sur le toit. Ne vous faites pas repérer !
- Oui, cheffe."
J'ai le cœur qui bat à deux cents à l'heure, cette mission n'était pas censée inclure la police. Dans quoi le Président nous a mis ? Je me gare devant l'immeuble tout près, je prends le sac dans mon coffre et monte rapidement l'immeuble qui contient 15 étages. J'arrive essoufflée sur le toit, je sors le grappin. Rebecca me fait signe de l'autre côté, je vise puis le tire, j'accroche l'embout.
"- Glissez !" je leur ordonne
Lapin glisse en premier, ensuite Renard... Puis soudain des agents débarquent, voyant des personnes essayant de fuir, ils tirent directement sur ceux qui glissent, je sors mon arme à mitraillette et commence à leur tirer dessus pour permettre aux autres de s'échapper. J'entends des cris, je regarde en direction de la corde... Renard reçoit une balle et tombe.
"- RENARD !"
Je tire sur les agents pour permettre à Rebecca, qui est la dernière sur le toit voisin, de passer. Les autres qui atterrissent se précipitent à l'intérieur. Je touche un agent lorsque Rebecca pose un pied au sol.
"- Protège-moi." je demande à Rebecca.
Qui tire vers les agents, je sors mon couteau et coupe la corde, je reprends mon arme pour tirer, nous partons à reculons jusqu'à ce que nous ne soyons plus dans leur vision. On dévale les escaliers. Je fais tout le monde monter dans ma voiture et quitte les lieux.
"- Renard est mort !" hurle presque Chat qui est dans tous ses états.
Je serre mes mains sur le volant. Je viens de perdre un homme. Je serre des dents, une colère en moi se déchaîne. Je suis incapable d'expliquer ce qui vient d'arriver. Le Président vient de nous faire nous battre contre les autorités. Nous arrivons devant l'Agence, je ne parle à personne, j'attrape l'ordinateur que tient Chat, je me rends dans le bureau du directeur en rogne, je rentre sans frapper. Il se tourne face à moi.
"- Luna...
- Je viens de perdre un homme."
Son regard se pose sur l'ordinateur que je tiens.
"- Malheureusement... Chaque mission est différente.
- Non... Celle-là était suicidaire. Comment vous avez pu nous envoyer dans une planque d'agents du FBI ?"
Il passe sa main dans ses cheveux, s'approche ensuite de moi et s'arrête à quelques mètres.
"- Malheureusement ce sont les risques du métier.
- Vous... êtes le pire être. Pour vous le rang Alpha n'est que du bétail ?
- Le rang Alpha est censé être le meilleur. Si un meurt c'est qu'il n'était pas à la hauteur."
Donc si on meurt on est faible ? C'est ce qu'il dit ? Il se rend compte que chaque personne qui est dans cette agence le voit comme un héros ? Tout ce que je vois c'est un enfoiré qui nous traite comme de la m***e facile à manipuler. Il me tend sa main.
"- Donne l'ordinateur."
Je regarde sa main, une perle de larme glisse sur ma joue.
"- Si c'est un repère du FBI c'est que vous essayez de sortir quelqu'un de prison... Sauf si... c'est déjà fait.
- Je ne vais pas le répéter, Luna... Souviens-toi pour qui tu fais tout ça."
Je serre l'ordinateur dans ma main avant de le frapper contre son torse pour le lui donner, son regard se plonge dans le mien.
"- J'espère... que Renard n'est pas mort pour rien et que vous saurez expliquer ce qui est arrivé."
Je sors de son bureau sans le laisser me répondre, j'erre dans le couloir, ma pensée se tourne vers John, je vais dans l'étage du rang S mais ne le trouve pas.
"- Hey." j'interpelle quelqu'un.
Il s'arrête.
"- Où est J... Enfin... Maître ?
- Il devait faire quelque chose, il n'est pas rentré avec nous."
Je sens encore cette mauvaise sensation qui forme une boule inconfortable dans ma poitrine. Je sors mon téléphone pour l'appeler mais rien. Il ne répond pas tout de suite donc ce n'est pas bizarre mais c'est quand même inquiétant. Je sors du bâtiment, mon téléphone sonne sur un numéro inconnu, ma main tremble soudain. Je décroche et colle mon téléphone contre mon oreille.
"- Allô ?
- Tu devrais rentrer chez toi." la voix à l'autre bout du téléphone me dit.
- Vous êtes qui ?
- Un ancien ami... J'espère juste que tu aimeras... Oh et... Il s'est bien battu."
La personne raccroche, je regarde mon téléphone, quand tout en moi disparaît soudainement, je me précipite dans ma voiture, ma main tremble tellement que j'arrive à peine à mettre la clé dans le contact, je démarre et quitte le parking en trombe. Les paroles me reviennent rapidement en tête, je slalome entre les voitures quand j'en ai l'occasion, je klaxonne. Je suis prise de panique. Seigneur dites-moi que c'est juste un canular !
J'arrive devant mon immeuble, je m'engouffre dans l'ascenseur, je tapote mon pied dedans, j'arme mon arme prête à l'utiliser, les portes s'ouvrent, mon cœur bat rapidement à chaque pas qui me mène jusqu'à la porte. Je pousse la porte et vois une silhouette assise dans le noir en face de la porte. J'allume la lumière, ligoté par les pieds... les mains... la tête basse... Je ne vois pas le visage. Je m'approche lentement et remonte la tête de cette personne avec délicatesse.
Mon monde s'écroule, mon cœur cesse de battre, mon sang se glace et tous mes membres se figent, les bruits se dissipent, le bruit sourd de mon arme qui tombe au sol est la seule chose que j'entends. Mon regard se pose sur les marques écrites avec son sang au sol. "Come Back". Je relève les yeux sur la seule personne que je n'oserai jamais trouver dans cette situation.
"- Non... Non... NON ! NOOOOON !"
Je m'écroule devant mon père qui s'est fait trancher la gorge...
"- JOOOOHHHHNNN ! JOOOHHHHNNN"