Jalousie (3)

1325 Mots
–Rose, tu passes devant, Carra, tu la suis et moi, je ferme la marche. –Pourquoi c’est toujours elle qui passe devant ? grogne Carra comme à son habitude. –Parce qu’elle est plus expérimentée que toi ! Maintenant obéis, ou reste sur place. Mon père fait enfin preuve d’autorité, et comme cela concerne nos vies, Carra ne pipe mot. L’avantage ici, c’est que je n’ai pas besoin de planter moi-même les pitons de sécurité, des tiges filetées de diamètre plutôt large, qui forment chacune une boucle, ont été fixées dans la roche en divers et multiples endroits. Probablement pour garantir la sécurité des clients. La montée se fait tout en silence. Nous nous arrêtons au sommet pour admirer la vue et prendre quelques photos, puis nous redescendons au coucher du soleil. –Merci papa, c’était fabuleux ! m’extasié-je sur le chemin qui nous ramène au campement. –C’était encore mieux que ce que nous décrivaient les brochures et le site d’informations. Je crois qu’une bonne douche nous fera du bien maintenant. –Ça, tu l’as dit ! –Enfin des mots qui sonnent justes à mes oreilles ! s’exclame Carra. Mon père et moi éclatons de rire. Je crois que si Carra pouvait se doucher à chaque fois qu’elle a les mains sales, elle le ferait. Nous rentrons au camping et après avoir attrapé trousse de toilette et serviette de bain, nous nous précipitons dans les douches. Je reste un long moment sous le jet d’eau chaude pour détendre mes muscles, afin de ne pas être courbaturée demain, avant de m’envelopper dans ma serviette. Puis, je mets une robe en coton blanc et mes tongs en plastique, je me brosse rapidement les cheveux et les laisse sécher à l’air libre. Mes boucles sont beaucoup plus jolies quand elles sèchent naturellement. Quand je sors de la cabine, Carra est bien évidemment devant les miroirs en train de se maquiller. –À quoi ça te sert, il n’y a pas de soirée prévue aujourd’hui et il est déjà plus de vingt heures. –J’ai remarqué quelques beaux garçons tout à l’heure… Tu devrais essayer ça ne te ferait pas de mal de temps en temps. –D’une, je me maquille tous les jours pour aller au lycée, je n’ai juste pas besoin de ressembler à un pot de peinture, et de deux, si les garçons ne m’aiment pas au naturel, je ne vois pas l’intérêt… D’ailleurs, quand maman était là, tu ne te maquillais pas autant et tu attirais quand même les garçons, je te rappelle ! Elle m’ignore en beauté et retourne à la tente, tête haute. Je la suis en traînant les pieds. –Je vous présente mes filles, Carra et Rosalyne. Les filles, je vous présente Julian, il est le petit-fils de Mme Andrew, la directrice du camping que nous avons vu à notre arrivée, à l’accueil. –Salut ! dit Carra en faisant sa charmeuse. –Bonsoir, réponds-je en échos à celui de Julian. Je lui prête à peine attention, et vais étendre ma serviette sur le fil à linge et ranger ma trousse de toilette dans la tente. Ma sœur s’attelle déjà à draguer le beau Julian. Assise dans un des fauteuils que mon père a dépliés autour de la table de camping, je me cache derrière un livre - que j’ai déjà lu des dizaines de fois, mais que j’emporte partout où je sais qu’un peu de lecture me ferait du bien - pour examiner le fameux jeune homme sous toutes les coutures. À coup sûr, ma sœur m’en parlera toute la soirée. Et dans ce genre de conversation, autant être capable de savoir quoi dire, si je ne veux pas passer pour une sauvage. Il est vraiment magnifique, sa peau parfaite est tellement pâle, qu’à côté de lui, j’ai l’air bronzée. Mais ça ne le rend que plus beau. Ses cheveux sont cours, mais assez long, pour qu’il ait pu se faire des mèches acajou qui, dans la lumière du soleil couchant, parsèment ses cheveux noirs de magnifiques reflets. Son corps musclé se dessine parfaitement sous son t-shirt moulant, et ses yeux noisette prennent différentes lueurs en fonction des âneries que ma sœur débite. Je suis tellement absorbée dans ma contemplation que je sursaute quand il m’adresse la parole. Je n’ai même pas remarqué que ma sœur s’est éclipsée. Il s’est assis sur le coin de la table à quelques centimètres de moi. Nul doute qu’il a remarqué que je l’admirais derrière mon livre. –Twilight ? –Euh… Oui, dis-je en m’empourprant ridiculement. –Une histoire de vampires, il me semble, non ? –Exacte. –Tu aimes ce genre d’histoires ? me demande-t-il en ayant l’air vraiment intéressé. –Oui, c’est mon livre préféré, je l’emmène partout. Quand j’ai besoin de m’évader, je me plonge dedans. J’ai été plus que ravie quand ils ont édité le format poche… Je me tais soudain en prenant conscience que je commence à raconter ma vie et qu’il s’en fiche probablement, d’autant que Carra serait furieuse et que je n’ai pas besoin d’un conflit de plus aujourd’hui. –Et crois-tu que les vampires existent vraiment ? me demande-t-il en souriant aussi sincèrement que sa grand-mère l’a fait plus tôt dans la journée. Son sourire dévoile des dents incroyablement blanches, qui feraient ternir n’importe quelle publicité pour dentifrice. –Ha, ha ! Je n’en sais rien, parfois, on pourrait le croire ! ris-je. Mais on a le droit de rêver au fantastique sans y croire pour autant, non ? Mon père nous interrompt, ce qui me permet de détacher mon regard de ce garçon si beau et qui a l’air étonnement sincère dans sa curiosité. –Vous avez l’air de bien vous entendre avec mes filles, aimeriez-vous partager notre dîner ? demande-t-il à Julian. –Papa ! C’est impoli d’agir de la sorte ! le morigéné-je. –Ce sera avec plaisir, merci. Je dois juste rapporter ces documents à ma grand-mère avant qu’elle ne ferme l’accueil et je suis à vous. N’oubliez pas de mettre vos bracelets, les agents de sécurité sont exigeants et ne sont pas très tendres, même avec moi, dit-il toujours avec le sourire. Il se tourne vers moi. –Tu m’accompagnes ? –Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée… chuchoté-je. –Et pourquoi cela ? chuchote-t-il à son tour en se penchant vers moi de façon que je ne vois plus que ses yeux. –Parce que ma sœur sera tellement jalouse, qu’elle serait capable de me jeter dans le vide demain. Je me penche instinctivement vers lui aussi et son visage n’est plus qu’à quelques centimètres du mien. Je m’en aperçois quand j’entends Carra sortir de la tente et que je dois rapidement reculer. Elle me fusille du regard quand elle voit où se trouve Julian - un garçon de plus, qui lui appartient et malheur à celle qui s’en approche. J’essaie d’apaiser sa tension comme je peux. –Papa a invité Julian à se joindre à nous pour le dîner… Son visage s’éclaire. –C’est vrai ? Et qu’as-tu répondu ? demande-t-elle en se tournant vers lui. –J’ai accepté, mais je dois d’abord aller donner ça à ma grand-mère avant qu’elle ne rouspète, dit-il en brandissant un dossier. –Super ! Je peux t’accompagner ? Ma sœur me désespère, je pousse un soupir las en m’enfonçant davantage dans mon fauteuil et Julian se tourne à nouveau vers moi, comme pour trouver une réponse. Je hausse les épaules en pensant « je te l’avais dit ». –Bien sûr, répond-il à Carra qui me tire gaiement la langue dans le dos de Julian et pense certainement que je ne la vois pas puisque c’est lui que je regarde. Il ne m’a toujours pas quitté des yeux. –À tout à l’heure, me souffle-t-il en se levant. Ils s’éloignent tous les deux, Carra s’accroche à son bras et roucoule sans retenue.
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