Chapitre 1Chalet L’Étoile d’argent, Gryon, samedi 23 février 2013
Andreas s’était réveillé aux aurores. Il avait ouvert la porte pour laisser sortir Minus dans le jardin. Puis il s’était préparé son breuvage du matin, deux tiers de lait, un de café, dans sa tasse préférée, un gros mug à motif d’élan, rapporté de Suède. La tasse lui rappelait ses racines, son pays de cœur.
Une bouffée de mélancolie l’envahit, un sentiment ambivalent : il détestait s’appesantir sur les regrets du passé, les insatisfactions du présent, mais effeuillait les pages mentales du souvenir en se complaisant dans cette douce cruauté.
Andreas sortit s’installer sur la terrasse. Un vent frais s’insinuait sous ses vêtements, mais quelques rayons de soleil se manifestaient timidement et lui réchauffaient le visage. Les cristaux de neige étincelaient. L’odeur de sapin titilla ses narines. Et celle de la neige, aussi. Une certaine humidité, la sensation du zéro degré.
Minus se fraya un chemin dans la poudreuse qui était tombée durant la nuit. Il avait repéré deux mésanges charbonnières en train de picorer des graines dans le nichoir suspendu à un sorbier. Elles s’envolèrent au moment où un chocard se posa sur une branche, provoquant la chute d’un amas de neige fraîche sur Minus qui secoua la tête. Le volatile fit un bond et atterrit sur le nichoir, les ailes déployées. Son envergure imposait le respect à ses congénères et les deux mésanges installées sur un autre arbre scrutaient avec défiance l’intrus au plumage noir métallique et au bec couleur de soufre qui avait ravi leur pitance.
Le spectacle était bucolique, apaisant. Et pourtant, la mélancolie d’Andreas se mua en un sentiment plus déplaisant. Pourquoi l’oiseau de jais suscitait-il en lui cette impression désagréable ?
Andreas, perdu dans ses pensées funestes, n’entendit pas Mikaël arriver, se pencher vers lui et l’enlacer. Il en oublia les raisons du trouble qui l’avait saisi.