Chapitre 9

1444 Mots
Point de vue externe : Cela fait déjà plusieurs minutes que Maya a quitté la salle de classe, et Emily commence à s’inquiéter. Elle sort alors de la salle de classe et va dans les toilettes des filles. En entrant, la scène macabre qui s’offre à ses yeux la pétrifie sur place et des larmes de culpabilité longent son visage. Maya est allongée au sol, complètement trempée, dans une mare d’un mélange d’eau et vomis, le regard vide et la respiration faible et bruyante. Il est évident qu’elle ne s’est pas faite ça toute seule, et Emily, mieux que quiconque, peut reconnaitre la signature des divas. Elle se rappelle comment elle en a souffert à son arrivée dans le lycée, qu’elle s’était dite qu’elle ne souhaiterait jamais cela, même pas à son pire ennemie, et voilà sa meilleure amie qui vit la même chose par sa faute… Mais elle se reprend rapidement, en se disant qu’elle ne pouvait pas laisser Maya dans un tel état. Elle se rapproche d’elle, malgré qu’elle soit éveillée et qu’elle respire, elle reste inerte, le regard vide. Emily l’aide donc à se redresser, elle lui nettoie un peu le visage, et la soulève rapidement avant que quelqu’un ne les trouve ici. Elle l’emmène dans une salle qui est généralement vide, la salle d’art plastique. Elle l’allonge sur trois chaises alignées avant de ressortir pour aller dans son casier. Elle y prend des vêtements de rechange qu’elle garde toujours au cas où ce genre chose arriverait, comme avant, même cette fois, ce sera pour son amie. Elle retourne donc dans la salle qu’elle barricade pour éviter toute surprise. Elle déshabille calmement la petite en prenant soin de nettoyer son corps mouillé et glacé. Pendant qu’elle le fait, Maya s’endors pour ne se réveiller que bien plus tard. Point de vue de Maya : J’ouvre lentement mes yeux et fixe le plafond pendant de longues secondes sans vraiment savoir si je suis dans mon corps. Puis je me revois me noyer sous le tissu jaune, et un grand frisson me parcours le dos. Je me redresse lentement malgré mes membres engourdis et ma douleur à la poitrine, et je me retrouve à côté d’Emily. Ah oui, c’est elle qui m’a trouvée et emmenée ici, changée aussi. Mais elle semble embarrassée, elle garde la tête baissée et joue timidement avec ses doigts. Nous restons ainsi un moment avant qu’elle ne décide de briser le silence. - Je suis vraiment désolée de ce qui arrive… - Tu n’as pas à l’être, ce n’est pas ta faute si elles m’ont prise pour cible. Au contraire, toi tu m’avais mise en garde… Son regard s’attriste encore plus, du coup je cherche vainement à chercher de sujet. - Ce sont tes vêtements ? Ils sont hyper confort… - Tu devrais rester chez toi, le temps que les esprits se calment et que tout le monde oublie cette histoire - Je ne peux pas… C’est compliqué à expliquer, mais il n’y a qu’ici que je vis un peu, et Dieu seul sait combien de temps il me reste… - Ne parle pas comme ça, tu es encore jeune, tu as le temps Je la regarde et j’ai envie de lui dire que non, mais ça ne fera qu’aggraver son inquiétude, alors je me contente d’acquiescer et de m’excuser. - Dans ce cas, il faut prévenir Elyas, il faut qu’il revienne à l’école. Tu sais que ces filles ont peur de lui, si elles te revoient trainer avec lui, elles ne t’approcheront plus, comme avec moi au début… - Surtout pas ! Elyas…me déteste, j’en suis sur… - Qu’est-ce que tu racontes ? - Je lui ai fait beaucoup de mal… - Ce n’est pas grave, il… - J’ai dit non ! Elle reste à me fixer sans savoir quoi répondre à mon obstination. - Je… Cette histoire est passagère, tu verras qu’au prochain scandale, elles m’oublieront… Je ne pense pas l’avoir convaincu, mais j’ai cru à mon propre mensonge. Malheureusement, les choses ne se sont en rien arrangées. Au contraire, c’était le début de ce qui m’a semblé être une longue et pénible agonie. Aiguilles dans le casier, colle sur les sièges, lame dans mon sac, moqueries, humiliations quotidiennes, même les élèves de 1re et 2nde ne me respectent plus et certaines me crachent dessus. Le pire, je pense, c’est que je n’ai plus la volonté de me défendre, j’arrive à peine à cacher la dégradation de mon état de santé à mon père, mais moi-même, j’ai du mal à tenir, physiquement, psychologiquement, émotionnellement. Jeudi… On n’est que jeudi… J’ai l’impression que ça fait plus d’un mois qu’elles sont sur mon dos. Je suis enfermée dans une cabine des toilettes, mais je ne sais pas comment j’ai fait pour me retrouver assise au sol. Je reste adossée contre la porte et je ne sens plus mes membres. Je regarde dans le vide et la seule chose que je sens, c’est mon cœur qui bat très lentement, mais si fort que les battements raisonnent dans mes oreilles. C’est vrai que je ne prends plus correctement mon traitement depuis quelques jours. Conséquences ? Est-ce la fin ? Comme si ça ne suffisait pas, j’entends les voix de mes martyrs approcher et m’appeler d’un ton ironique. Elles se postent derrière la porte de ma cabine et commence à toquer, de plus en plus fort, jusqu’à pousser la porte à coup de pied, tellement fort, qu’alors que la porte est défoncée, je suis projetée violemment en avant et me cogne brutalement la tête contre la cuvette du toilette. Tout est aussitôt plongée dans un noir épais… Point de vue externe : Voyant que cogner à la porte ne suffit pas à faire sortir son souffre-douleur, Lyse décide d’y aller un peu plus fort et commence à mettre de violents coups de pieds dedans, jusqu’à finalement la défoncer. La porte est ouverte, mais il y a encore un poids qui bloque le passage, c’est le corps inerte de la petite qui saigne abondamment de la tête. En voyant l’image, Ruby et Bénédicte commencent à paniquer. - Euh…les filles…c’est normal qu’elle saigne autant ? - Non… - Elle a l’air morte… Mais Lyse, la plus psychopathe des trois, s’en fiche royalement du sang qui coule et attrape la jeune fille par les cheveux pour trainer son corps hors de la cabine. Elle se met ensuite à califourchon sur elle et lui donne des gifles bien chaudes. - Je te préviens l’abeille, si tu ne te réveilles pas tout de suite, je me ferais un plaisir de te tuer pour de vrai, une p**e en moins sur cette terre… - Vraiment ? Elle se fige en entendant cette voix rauque. Elle lève légèrement le regard, mais quand elle voit ce sourire sadique, elle se met à trembler et baisse rapidement les yeux. - Elyas…je… - Tu quoi ? Elle reste silencieuse, tremble de tout son corps, transpire comme si elle était en face du Diable en personne. Elle n’arrive plus à réfléchir et ne pense qu’à une chose, fuir. Elle se lève rapidement et esquisse un faux sourire. - Rien…On s’en allait… Elle essaye de le contourner pour partir, mais il l’attrape par le cou et la plaque contre un mur. Bénédicte et Ruby en profitent pour s’enfuir la queue entre les jambes. La colère qui se lit dans le regard d’Elyas donne froid dans le dos, il sert le cou de Lyse au point que ses pieds quittent le sol. Elle se débat, pleure, supplie, pour la première fois depuis très longtemps, elle ressent la même peur que celle qu’elle donne à ses souffre-douleur. - Je vais te le dire une fois pour toutes, la prochaine fois que tu oseras ne serais ce que poser les yeux sur un des miens, je te promets de te traiter comme la cochonne que tu es. Tu connais la torture du tonneau ? Elle pleure à chaudes larmes et le supplie d’arrêter, mais il n’en fait rien. - Le corps enfermé dans un tonneau avec seulement la tête à l’extérieur, tu n’auras d’autres choix que de faire tes besoins dans le tonneau, sauf qu’au bon de plusieurs jours, l’humidité et le manque d’hygiène aiderons à la formation d’asticot, de mouches et d’autres êtres aussi dégelasses que toi, qui se nourriront petit à petit de ta chair. Mais rassure toi, je ne te laisserais pas en mourir… Il la lâche et elle retombe au sol où elle tousse et éclate en sanglots comme une enfant à qui on aurait arraché son bonbon. Sans plus la regarder, Elyas soulève sa chère Maya telle une princesse, et direction l’hôpital…
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