Le mois de novembre touchait à sa fin à Tôtes, et un froid mordant s’était installé, transformant le souffle en vapeur et les pavés en pièges glissants. Dans la maison de Charles Bovary, l’atmosphère était aussi glaciale que l’extérieur, saturée d’une tension qui s’était installée depuis des semaines. Emma, prisonnière de son insatisfaction, vivait dans un état de désespoir croissant depuis le départ de Léon Dupuis pour Rouen. Sa lettre d’adieu, ses poèmes secrets, et la lettre imaginaire qu’elle lui avait écrite n’apaisaient plus son cœur. Ses dépenses impulsives – la robe en velours bleu, les objets décoratifs, le châle en cachemire – avaient vidé leurs économies et l’avaient entraînée dans un prêt dangereux avec Monsieur Lheureux, le marchand rusé. Chaque achat, censé combler le vide la


