La proposition empoisonnée

1044 Mots
Lyana tenait le carnet dans ses mains, relisant une fois encore les mots arrogants gravés en lettres dorées : "Un esprit comme le vôtre mérite une attention à sa hauteur. Solis ne se plie pas aux refus, il les transcende." Une flamme de défi s’alluma dans ses yeux. Alexandre Solis pensait-il vraiment qu’il pouvait l’intimider ou la contrôler avec ce mélange suffisant d’arrogance et de flatterie ? Il avait peut-être gagné de nombreuses batailles dans sa vie, mais celle-ci ne serait pas aussi simple. Déterminée à lui répondre sur le même ton, elle fit ce qu’elle savait faire de mieux : riposter avec dignité et intelligence. Le lendemain, elle lui fit parvenir une enveloppe. À l’intérieur se trouvait une feuille de papier vierge, marquée d’une simple phrase écrite à l’encre noire : "L’intelligence ne s’achète pas, et la force ne s’incline pas." Elle ne signa même pas son nom. Le message était clair. Elle ne comptait pas céder à ses jeux de pouvoir, quelle qu’en soit la nature. Lorsque la réponse de Lyana arriva sur le bureau d’Alexandre, il ne put s’empêcher de sourire. Elle n’avait pas seulement refusé sa déclaration ; elle avait riposté. Peu de gens osaient défier Alexandre Solis, et encore moins le faisaient avec cette finesse. Mais derrière ce sourire, une étincelle sombre brillait dans ses yeux. Si Lyana croyait pouvoir gagner ce duel, elle ne comprenait pas encore à quel point il tenait les cartes. Ce défi, au lieu de l’éloigner, ne faisait que renforcer sa détermination à la plier à sa volonté. Il ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit un autre dossier et l’ouvrit soigneusement. Les informations qu’il avait récoltées sur Lyana étaient précises, détaillées. Chaque facturation médicale non payée, chaque échéance reportée pour sa mère, et les frais scolaires de son frère Nathan s’étalaient devant lui. Alexandre n’était pas homme à ignorer les faiblesses, et il avait repéré les points vulnérables de Lyana : sa famille. Si elle refusait de céder à son charme ou à son arrogance, alors il lui laisserait peu de choix. Il savait que Lyana ferait tout pour protéger sa famille. Le même soir, Lyana fut surprise de recevoir un appel de l’un de ses contacts professionnels. On lui annonça qu’un nouvel investisseur, représentant une grande société anonyme, souhaitait la rencontrer à propos d’un projet. C’était une opportunité qu’elle ne pouvait pas refuser, car cela pourrait potentiellement résoudre certains de ses soucis financiers. Pourtant, elle restait méfiante. Dans son monde, les opportunités qui semblaient trop belles pour être vraies ne l’étaient jamais réellement. Le lendemain, vêtue de son tailleur le plus sobre, Lyana se rendit à l’adresse indiquée. À sa grande surprise, elle fut guidée jusqu’à un bureau luxueux dans un bâtiment moderne de la ville. Lorsqu’elle entra, son cœur manqua un battement. Assis derrière le bureau, Alexandre Solis lui fit face, l’air parfaitement détendu et sûr de lui. Il portait un costume noir impeccable, et son sourire énigmatique n’annonçait rien de bon. "Lyana," dit-il en se levant pour l’accueillir, "Merci d’être venue. Assieds-toi, je t’en prie." "Si j’avais su que c’était vous, je ne serais pas venue," répondit-elle froidement, croisant les bras. Alexandre rit doucement, mais ses yeux restèrent fixés sur elle avec une intensité troublante. "Je me doutais que tu dirais cela. Mais je savais aussi que tu viendrais. Parce que, malgré ce que tu veux me faire croire, tu n’es pas insensible à des opportunités qui pourraient aider ta famille." Lyana sentit une colère sourde monter en elle. "Je n’ai pas besoin de votre charité." "Ce n’est pas de la charité," répliqua-t-il calmement. "C’est un échange. Vois ça comme un contrat d’affaires entre toi et moi. Je t’offre de couvrir tous les frais médicaux de ta mère. Je m’occupe des études de ton frère, et je m’assure que vous ne manquiez de rien. En retour…" Il fit une pause, son regard s’assombrissant légèrement. "Tu travailles pour moi." Lyana écarquilla légèrement les yeux. "Travailler pour vous ? Pourquoi ?" "Parce que j’ai besoin de quelqu’un comme toi dans ma vie," répondit-il, énigmatique. "Et parce que, qu’on le veuille ou non, nous savons tous les deux que je peux t’aider." Un silence tendu s’installa dans la pièce. Lyana se sentait piégée, comme si elle était une proie face à un prédateur calculateur. Elle détestait l’idée d’accepter quoi que ce soit venant de lui, encore moins de se retrouver sous son contrôle. Mais au fond d’elle, une vérité brutale la frappait : il avait raison. Sa mère avait besoin de soins qu’elle ne pouvait plus payer seule. Nathan avait des ambitions qui nécessitaient des fonds qu’elle ne possédait pas. Alexandre le savait. Et c’était précisément pour cette raison qu’il jouait sur cette corde sensible. "Et si je refuse ?" demanda-t-elle, sa voix trahissant un mélange de défi et de vulnérabilité. "Tu es libre de refuser," répondit Alexandre, bien qu’un sourire narquois effleurât ses lèvres. "Mais dans ce cas, tu continueras à te battre seule. Et je doute que tu puisses supporter longtemps ce poids." Lyana serra les poings. Tout en elle criait de se lever et de partir. Mais une autre partie, plus rationnelle, savait qu’il avait raison. Ce n’était pas elle qu’elle protégeait. C’était sa famille. Et si pour cela, elle devait travailler pour cet homme arrogant, elle le ferait. Mais elle ne plierait pas plus que nécessaire. "Très bien," dit-elle enfin, sa voix ferme malgré son cœur lourd. "J’accepte. Mais ne croyez pas que cela fait de moi votre marionnette. Je travaille pour vous, pas pour vos caprices." Alexandre sourit, satisfait. "C’est tout ce que je demande, Lyana. Pour l’instant." Alors qu’elle quittait le bureau, Lyana ressentit un mélange d’émotions contradictoires. Elle était en colère, frustrée, mais aussi soulagée. Elle avait fait un choix, et même si cela signifiait entrer dans le monde d’Alexandre Solis, elle ne laisserait pas cet homme dominer sa vie. Sa liberté d’esprit resterait intacte, quoi qu’il arrive. Dans son bureau, Alexandre observait par la fenêtre les lumières de la ville. Il tenait un verre de whisky dans une main et un sourire satisfait se dessinait sur ses lèvres. Il avait gagné cette bataille, mais une petite voix lui murmurait que Lyana n’était pas une conquête ordinaire. Cette guerre entre eux ne faisait que commencer.
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