Alexandre Solis n’était pas homme à se contenter de demi-vérités. Depuis sa rencontre avec Lyana, une part de lui se trouvait enchaînée à ce souvenir d’une femme différente, à cette étrange résistance qu’elle lui avait opposée avec une assurance désarmante. Elle n’avait pas simplement dit non — elle avait érigé un mur infranchissable, un mur que même son charme et son autorité ne semblaient pouvoir ébranler. Ce rejet, froid et calculé, avait frappé son ego comme une gifle, et pour un homme comme Alexandre, cela ne pouvait rester ainsi. Sombre et frustré, il sentait en lui naître une obsession. Il allait comprendre qui elle était, pourquoi elle lui échappait. Et, plus que cela, il voulait qu’elle lui appartienne.
Cette nuit-là, Alexandre ne dormit pas. Il se tourna et se retourna dans son lit immense, le silence de son manoir amplifiant ses pensées tourbillonnantes. Les femmes présentes à la soirée qu’il avait organisée étaient venues dans l’espoir de conquérir son cœur ou, à défaut, d’avoir une place dans son lit. Pourtant, à cet instant précis, aucune d’entre elles ne l’intéressait. Leur sourire parfait, leur voix mielleuse, tout semblait fade, presque grotesque en comparaison de cette femme qui avait osé lui tourner le dos.
Il avait convoqué plusieurs des femmes à rester après la fête, comme il le faisait souvent. Mais lorsqu’elles s’approchèrent de lui avec leurs regards calculés, il sentit un agacement qu’il n’arrivait pas à expliquer. Finalement, il les renvoya toutes, laissant son manoir désert. Cette nuit-là, Alexandre Solis se retrouva seul, abandonné à ses pensées. Lyana avait pris une place qu’il n’arrivait pas à chasser, et cette vulnérabilité, il la détestait.
Le lendemain matin, Alexandre entra dans son bureau avec une détermination glaciale. Son expression, sombre et impénétrable, fit frémir les employés qui croisaient son chemin. Il prit son téléphone et composa un numéro qu’il connaissait par cœur. La voix de son bras droit, Damian, résonna immédiatement, calme et professionnelle comme toujours. "Alexandre," dit-il, "Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?"
Alexandre s’adossa dans son fauteuil en cuir, ses doigts jouant distraitement avec le bord de son verre de whisky. "Je veux tout savoir sur Lyana Verdan. Tout. Où elle vit, ce qu’elle fait, qui elle est. Ramène-moi chaque détail. Et fais vite."
Damian, habitué à la froideur et à l’exigence d’Alexandre, ne posa pas de questions inutiles. Il connaissait les rouages de son patron mieux que quiconque. Pourtant, la suite des paroles d’Alexandre le surprit. Avec une arrogance cruelle, il ajouta : "Et Damian… tu me la ramènes sur mon lit. Je veux qu’elle comprenne qu’on ne me dit pas non."
Damian hésita un instant, troublé par cette demande. Il connaissait Alexandre comme un maître de la manipulation et du pouvoir, mais cette obsession semblait différente. Elle avait une intensité qu’il n’avait jamais vue auparavant. Sans rien dire, Damian raccrocha et se mit au travail, préférant se concentrer sur la tâche à accomplir.
Quelques heures plus tard, Damian revint avec un dossier soigneusement préparé. Alexandre l’ouvrit immédiatement, impatient de découvrir qui était Lyana. Ce qu’il vit dans les premières pages du dossier le captura instantanément. Lyana Verdan n’était pas une femme ordinaire. Elle portait sur ses épaules des responsabilités écrasantes, et pourtant elle affrontait le monde avec une force remarquable.
Lyana travaillait dans une société modeste, un emploi stable mais qui ne lui rapportait pas assez pour couvrir les frais liés à sa famille. Sa mère, atteinte d’une maladie chronique rare, nécessitait des soins constants et coûteux. Lyana veillait sur elle chaque jour, jonglant entre les rendez-vous médicaux et ses heures de travail. Puis il y avait Nathan, son jeune frère. Un adolescent brillant mais fragile, pour qui Lyana jouait à la fois le rôle de sœur et de mère. Elle payait ses frais scolaires, le soutenait dans ses ambitions, et s’assurait qu’il ne manque de rien, malgré leurs moyens limités.
Alexandre referma le dossier après avoir lu ces détails. Une image nouvelle de Lyana prenait forme dans son esprit. Elle n’était pas simplement une femme forte ; elle était une force à part entière, une personne qui, malgré des responsabilités écrasantes, continuait de se battre avec dignité. Une admiration qu’il ne voulait pas reconnaître naissait en lui. Mais cette fascination ne diminuait pas son obsession — elle l’intensifiait.
Ce soir-là, Alexandre se tenait seul dans son salon, ses pensées toujours tournées vers Lyana. L’obsession le consumait, mais elle portait en elle une note qu’il n’arrivait pas à définir. Pourquoi cette femme, qui semblait si distante et inaccessible, capturait-elle son esprit avec une telle force ? Était-ce son mystère ? Sa force ? Ou simplement le défi qu’elle représentait ?
Mais Alexandre n’était pas le genre d’homme à se laisser entraîner par des pensées sans agir. Le lendemain, il fit livrer un cadeau soigneusement choisi à Lyana : un carnet de notes en cuir noir, parfaitement élégant. Gravés en lettres dorées sur la première page, ces mots résonnaient de son arrogance et de sa confiance inébranlable :
"Un esprit comme le vôtre mérite une attention à sa hauteur. Solis ne se plie pas aux refus, il les transcende."
Lyana, en recevant le paquet, sentit une irritation immédiate monter en elle. Elle ouvrit le carnet avec précaution, lisant les mots gravés sur la première page. Elle serra les lèvres, agacée par sa persistance. Ces mots portaient en eux toute l’arrogance d’un homme habitué à dominer. Qu’essayait-il de prouver avec ce geste ? Qu’il la comprenait ? Qu’il pouvait l’acheter ? Lyana posa le carnet sur son bureau sans dire un mot, déterminée à ne pas laisser cette provocation la troubler. Mais une part d’elle savait que ce combat entre eux venait tout juste de commencer.
Pour Alexandre, ce cadeau n’était pas simplement une tentative de séduction. C’était une déclaration. Une manière de dire qu’il avait compris une partie d’elle qu’elle cachait au monde. Et à cet instant, il se rendit compte que Lyana n’était pas simplement une femme qu’il voulait séduire. Elle était une énigme qu’il voulait résoudre, une force qu’il voulait apprivoiser. Ce qu’il ignorait encore, c’est que cette quête allait changer sa vie à jamais.