Alexandre Solis n’était pas un homme qu’on pouvait facilement ignorer. Il était habitué à ce que son nom ouvre toutes les portes, à ce que son simple regard fasse plier même les plus fiers. Pourtant, depuis quelques jours, une seule chose occupait son esprit : Lyana Verdan. Cette femme, avec son regard glacial et ses mots tranchants, avait brisé quelque chose en lui qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps. Ce n’était pas de l’humiliation, ni de l’énervement… Non, c’était quelque chose de bien plus profond. Une frustration mêlée de fascination. Elle l’avait défié, et pire encore, elle n’avait montré aucun intérêt pour lui. Personne, jamais, n’avait osé lui tourner le dos avec une telle audace.
Le souvenir de leur rencontre hantait Alexandre. Il revoyait sans cesse la scène dans son esprit : sa silhouette près de la fenêtre, son ton ferme lorsqu’elle lui avait répondu, et cette manière presque majestueuse qu’elle avait de quitter la pièce, comme si rien ni personne ne pouvait l’atteindre. Cela le rongeait. Cela l’excitait. Alors il fit ce qu’il savait faire de mieux : il lança un plan.
Mais ce n’était pas un plan ordinaire. Alexandre ne voulait pas simplement revoir Lyana, il voulait la comprendre, la séduire, et surtout, la faire céder. Il avait besoin de voir cet éclat indifférent dans ses yeux vaciller, de la voir fléchir sous le poids de son charme et de son pouvoir. Ce ne serait pas un jeu simple, mais Alexandre adorait les défis, surtout ceux qu’il croyait impossible à perdre.
De son côté, Lyana avait continué sa vie, comme si rien ne s’était passé. Elle s’était convaincue que cette rencontre avec Alexandre n’était qu’un épisode parmi tant d’autres, une distraction qu’elle oublierait rapidement. Elle avait bien trop de soucis pour s’attarder sur un homme comme lui. Sa mère était malade, son frère Nathan avait besoin de son soutien, et son travail, bien que stable, ne payait pas assez pour couvrir toutes les factures. Alexandre Solis appartenait à un monde qui n’avait rien à voir avec le sien, et elle était persuadée qu’il l’avait déjà oubliée.
Elle avait tort.
Le premier signe qu’elle était encore dans son esprit vint sous la forme d’un bouquet de roses rouges, livré directement à son appartement. Une simple carte était attachée : "Pour égayer votre journée. – Alexandre." Lyana se figea en voyant le nom inscrit sur la carte. Elle hésita, puis sans hésitation, elle jeta les fleurs à la poubelle. Elle n’avait pas besoin de ses cadeaux ni de ses attentions. Ce genre de gestes pouvait peut-être impressionner d’autres femmes, mais pas elle.
Mais Alexandre n’était pas du genre à renoncer. Le lendemain, un livre ancien lui fut livré au bureau, accompagné d’un mot écrit à la main : "Les grands esprits méritent de grandes lectures." Lyana fronça les sourcils. Il s’était donné la peine de trouver un livre rare, un roman qu’elle avait mentionné en passant lors de cette fameuse soirée. Comment s’en souvenait-il ? Elle n’en voulait pas moins de ce cadeau. Elle le renvoya immédiatement, avec un mot simple : "Je n’en ai pas besoin."
Alexandre sourit en recevant le paquet retourné. Chaque rejet de Lyana ne faisait que nourrir son obsession. Il voyait ces refus comme des défis personnels, des signes que cette femme était différente de toutes les autres. Mais il ne comptait pas abandonner. Chaque mouvement qu’il faisait était calculé, chaque geste conçu pour briser doucement les défenses de Lyana.
Un soir, alors qu’elle sortait tard du bureau, Lyana remarqua une voiture noire garée devant l’entrée. La vitre arrière s’abaissa lentement, révélant Alexandre, assis confortablement à l’intérieur. Il était vêtu d’un costume noir, sa cravate légèrement défaite, et un sourire calme ornait ses lèvres. "Puis-je vous offrir un dîner ?" demanda-t-il, sa voix basse et enveloppante.
Lyana sentit une pointe de frustration monter en elle. Il était comme une ombre insaisissable, toujours là où elle ne s’y attendait pas. "Je ne suis pas intéressée," répondit-elle sans hésiter, tout en continuant de marcher.
Mais Alexandre ne se laissa pas décourager. Il sortit de la voiture, ses chaussures cirées résonnant doucement sur le trottoir. Il s’approcha d’elle avec une lenteur calculée, comme un prédateur sûr de son pouvoir. "Pourquoi me résistez-vous autant, Lyana ?" demanda-t-il, son ton curieux, presque amusé. "Je ne suis pas un monstre, vous savez."
Lyana s’arrêta et se tourna pour lui faire face. "Vous ne comprenez pas, n’est-ce pas ? Tout cela, vos cadeaux, vos apparitions… Cela ne m’impressionne pas. Vous ne m’impressionnez pas." Ses mots étaient froids, mais son cœur battait plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. Il y avait quelque chose dans ses yeux sombres, une intensité qui semblait percer à travers ses défenses. "Trouvez quelqu’un d’autre pour jouer à vos jeux, Alexandre. Je n’en ai ni le temps ni l’envie."
Alexandre resta silencieux un instant, analysant chaque mot, chaque expression sur son visage. Puis, un sourire léger se dessina sur ses lèvres. "Ce n’est pas un jeu, Lyana," dit-il doucement. "Vous êtes différente. Et je ne sais pas pourquoi, mais je veux comprendre. Vous avez quelque chose… que les autres n’ont pas."
Elle haussa un sourcil, sceptique. "Quoi, exactement ? Un désintérêt profond pour vos avances ?"
Il rit doucement, un son presque chaleureux, mais derrière lequel se cachait un calcul. "Peut-être. Ou peut-être est-ce votre esprit, votre force. Vous êtes fascinante, Lyana, et je ne peux pas m’empêcher de vouloir vous connaître davantage."
Elle soupira, secouant la tête. "Vous perdez votre temps, Alexandre. Je ne suis pas l’une de vos conquêtes."
Elle tourna les talons et s’éloigna, laissant Alexandre planté là, seul dans la nuit. Mais au lieu de se sentir frustré, il sourit. Il adorait les défis, et Lyana était le plus grand qu’il ait jamais rencontré.
De retour chez elle, Lyana s’appuya contre la porte, le souffle court. Pourquoi cet homme l’affectait-il autant ? Elle le méprisait, oui, mais il avait une manière de se glisser dans son esprit, de planter une graine de doute qu’elle n’avait jamais connue auparavant. Elle secoua la tête, essayant de chasser ces pensées. Elle devait se concentrer sur sa famille, sur sa vie. Alexandre Solis n’était rien de plus qu’une distraction indésirable.
Mais dans son manoir, Alexandre se tenait sur son balcon, fixant les lumières de la ville en contrebas. Un verre de whisky dans la main, il laissait ses pensées dériver vers Lyana. Elle n’était pas comme les autres. Elle était forte, résistante, et chaque interaction avec elle le poussait à vouloir en savoir plus. Il avait l’impression de découvrir une partie de lui-même qu’il ne connaissait pas, une partie qu’il n’était pas certain d’aimer. Mais il savait une chose : il ne pouvait pas la laisser partir. Pas maintenant.