Le soleil était déjà haut lorsque Clara, vêtue de sa tenue impeccablement taillée, franchit les portes imposantes du bureau d’Alexandre. Son entrée, comme toujours, était calculée, marquée par une confiance presque royale. Mais cette fois, il y avait quelque chose de différent. Derrière son élégance froide, une étincelle de colère grondait, alimentée par ce qu’elle avait entendu quelques heures plus tôt. Les murmures des employés n’avaient fait que confirmer ce qu’elle redoutait : son contrôle sur Alexandre, qu’elle avait façonné en "Solis", commençait à lui échapper.
Elle trouva Alexandre dans son bureau, debout près de la baie vitrée, un dossier à la main. Il semblait plongé dans ses pensées, mais lorsqu’il se tourna et vit sa tante entrer sans prévenir, une lueur d’agacement traversa son regard.
"Clara," dit-il calmement, refermant le dossier et le déposant sur son bureau. "Je ne m’attendais pas à te voir ce matin."
Clara s’assit sans y être invitée, posant son sac avec une précision calculée sur le fauteuil adjacent. "Donc comme ça," commença-t-elle d’un ton glacé, "tu étais sur une île."
Alexandre haussa un sourcil, intrigué par la manière dont elle amenait le sujet. "Oui, ma tante. Avec Lyana. Je pensais que tu avais l’habitude que je prenne des décisions sans demander ta permission."
Clara inclina légèrement la tête, un sourire froid étirant ses lèvres. "J’ai essayé de te joindre, fatiguée par des urgences. Et quand tu ne répondais pas, j’ai appelé ton bras droit. Il m’a dit que tu étais en vacances. Avec ta femme. Et, mieux encore, que tu avais donné pour consigne de ne pas être dérangé par qui que ce soit. Alors, dis-moi, Alexandre : qu’est-ce qui t’arrive exactement ?"
Alexandre, bien que surpris par son intrusion, ne perdit pas son calme. Il croisa les bras et la regarda droit dans les yeux. "Ce qui m’arrive ? Rien du tout. J’ai pris du temps avec ma femme. Un droit que, je pense, personne ne peut contester. Pas même toi."
L’affrontement
Clara se redressa légèrement, ses yeux devenant plus perçants. "Et pendant ce temps ? Le travail ? Ton empire ? Tu te rends compte des risques que tu prends ? Je t’ai toujours dit que ces… choses, ces distractions sentimentales, ne faisaient qu’affaiblir un homme. Te souviens-tu de ce que je t’ai enseigné ? Le contrôle. La vigilance. L’attention constante. Et maintenant, te voilà à t’amuser sur une île pendant que le monde continue de tourner."
Alexandre inspira profondément, luttant pour garder son calme face à cette attaque. "Clara, Lyana est ma femme. J’ai le droit, comme tout être humain, de passer un peu de temps avec elle. Et malgré ton discours, crois-moi, le monde n’a pas cessé de tourner en mon absence."
Clara, piquée au vif, se pencha légèrement en avant. "Ah oui ? Et entends-tu ce que tes employés disent de toi maintenant ? J’étais là, Alexandre. Ils parlent de toi comme si tu étais devenu faible. Tu n’es plus le grand Solis à leurs yeux. Et pourquoi ? Parce que cette femme t’a poussé à baisser ta garde. Tu es devenu… humain. Quelle honte."
C’est alors que Lyana, qui passait devant le bureau ouvert, entendit ces derniers mots. Elle entra calmement, mais son regard était vif, chargé de réprobation. "Seuls les humains peuvent comprendre que c’est ça, la vraie force. Et non une faiblesse, madame," dit-elle d’un ton ferme mais respectueux. "Jusqu’où irez-vous pour détruire la vie de votre neveu ? Ne pouvez-vous pas le laisser être humain et vivre ?"
Clara tourna la tête vers elle, la jaugeant de haut en bas, son regard acéré comme une lame. "Et toi, petite fille, qu’est-ce que tu sais de la vie ? Tu n’es rien, et tu n’as rien. Alors tu n’as rien à perdre. Moi, je parle d’un empire. Je parle d’un nom. Alexandre n’a pas le luxe de vivre comme un homme ordinaire. Et toi, tu es simplement une distraction. Rien de plus."
Lyana sentit une vague de colère la traverser, mais elle se força à rester calme. Avant qu’elle ne puisse répondre, Alexandre intervint, sa voix ferme. "Ma tante. S’il te plaît. Lyana est ma femme, et je te prie de la respecter."
Clara se redressa, son visage s’adoucissant légèrement, mais Lyana savait que ce n’était qu’une façade. Elle adressa un dernier regard glacial à Alexandre avant de se lever. "Réfléchis bien, Alexandre. Cette faiblesse que tu appelles amour pourrait bien te coûter tout ce que tu as construit."
Elle quitta le bureau sans un mot de plus, laissant derrière elle une tension lourde. Lyana s’approcha d’Alexandre, posant une main apaisante sur son bras. "Ne la laisse pas te troubler. Elle ne comprend pas. Mais moi… moi, je vois ta force."
Les manigances commencent
Dans les jours qui suivirent, Clara mit son plan en marche. Habile et rusée, elle chercha à semer des doutes dans l’esprit d’Alexandre en jouant sur ses insécurités les plus profondes. Elle convoqua en privé certains partenaires-clés de son entreprise, leur laissant entendre que Lyana détournait l’attention d’Alexandre, mettant potentiellement l’empire en péril. Elle savait que la moindre rumeur pouvait suffire à réveiller le Solis qu’elle avait façonné : l’homme obsédé par le contrôle et la domination.
De son côté, Lyana sentait que Clara préparait quelque chose. Elle observait Alexandre, remarquant parfois des lueurs d’incertitude dans ses yeux. Mais elle était déterminée. Elle n’était pas une distraction, et elle le prouverait.
Clara quitta le bureau, son esprit déjà en ébullition, élaborant des stratégies pour réaffirmer son emprise sur Alexandre. Elle savait qu’elle ne pouvait pas confronter Lyana de manière directe sans risquer de se heurter à la résistance d’Alexandre, mais elle comprenait aussi que la patience était sa meilleure arme. En semant des doutes, en rappelant subtilement à Alexandre les responsabilités et les sacrifices nécessaires pour maintenir son empire, elle espérait raviver en lui les ombres du contrôle et de la rigueur qu’elle avait toujours cultivées. Pendant ce temps, Lyana, consciente de l’hostilité sous-jacente de Clara, restait déterminée à protéger ce qu’ils avaient construit. Elle savait que cet amour naissant avec Alexandre serait mis à l’épreuve, mais elle voyait en lui un potentiel de lumière que Clara semblait vouloir étouffer. La bataille ne faisait que commencer, et entre l’empereur forgé par Clara et l’homme qu’Alexandre aspirait à devenir, le conflit promettait d’être aussi intense que transformateur.