Chapitre 1
Dominic “Père Mal” Malveaux se tenait au Bout du Monde, cet endroit sublime où les rives de la Nouvelle Orléans rencontraient le Mississipi, et ressassait les évènements qui s’étaient produits ces derniers mois.
Cet endroit était tout particulièrement apprécié des locaux car surplombant l’eau. C’était l’endroit parfait pour fêter un jour férié ou s’émerveiller de la beauté de la côte de la Louisiane.
Ou penser à ses erreurs et ses succès, s’il y en avait.
Père Mal essuya ses mains sur son costume, ignorant la brise salée. Il prit une grande inspiration et regarda passer un bateau-pilote tirant un bateau sur la rivière.
Un instant, il fut jaloux de ce bateau. Il avait besoin d’être guidé. Plusieurs fois, il avait invoqué ses ancêtres, d’habitude forts bavards, mais en vain. Ils ne lui disaient plus rien, depuis cette débâcle au cimetière de Saint Louis. Quand ils les invoquaient, il sentait leur présence, mais ils ne restaient muets. Aucun conseil, aucune vision du passé ou du futur. Aucune aide, ils restaient stoïques.
On aurait dit que non seulement les Gardiens Alphas lui avaient arraché des mains la Première et Seconde lumière, mais l’avait aussi décrédibilisé aux yeux de ses ancêtres.
Père Mal serra les poings et contempla l’autre côté de la rivière, se battant pour ne pas perdre son sang-froid.
Il ne voulait qu’une chose : se venger, s’en prendre aux ours métamorphes, brûler leur sanctuaire. Mais non, cela ne l’avancerait à rien. Il avait besoin des Premières et Deuxième lumières. Pour le moment, il fallait attendre et les laisser baisser leur garde.
Il devait les blesser de manière plus subtile. Les deux gardiens préposés à la Première et Deuxième lumière gardaient leurs partenaires sous étroite surveillance, il n’était pas facile de briser leurs défenses. Le troisième gardien était introuvable. Dommage, car Père Mal ferait des pieds et des mains afin d’avoir un dragon vivant. Même si la créature ne se soumettrait jamais à sa volonté, l’argent qu’il gagnerait en vendant son sang, ses dents et ses écailles serait incommensurable.
Restait donc le quatrième gardien pensa Père Mal, bien qu’il n’ait pas été adoubé officiellement. Heureusement, Père Mal avait eu une vision du nouveau venu et avait fomenté un plan pour s’en débarrasser.
Glissant son téléphone dans sa poche, il parcouru ses contacts puis fit un numéro.
« Monsieur, répondit une voix à au fort accent allemand. En quoi puis-je vous aider ?
– Vous avez toujours la fille de laquelle on a parlé ? demanda Père Mal.
– Ja, bien sûr.
– Je veux qu’elle soit livrée dans une résidence sur l’Esplanade. »
Il y eut une pause.
« Je ne comprends pas, répondit l’homme.
– Je vais vous texter l’adresse. Je veux qu’elle soit déposée dans la cour de devant, bien en évidence.
– Monsieur, vous voulez la libérer ? Elle peut se débarrasser de la ville en une pensée, dans des conditions idéales. »
Père Mal fronça les sourcils.
« Cela n’arrivera pas. Elle est en état de stase... à moins que vous ne me disiez qu’elle ait été activée. Mais pour que cela arrive, il faut arrêter de me poser des questions et respecter mes instructions.
– Bien sûr monsieur.
– Dès que j’ai confirmation de sa livraison, je vous paierai, comme convenu, dit Père Mal qui s’impatientait.
– Monsieur, si je puis… »
Père Mal raccrocha et remis son téléphone dans la poche. Contemplant l’eau, il se sentit satisfait pour la première fois depuis des jours. Bientôt, il n’aurait plus à supplier ses ancêtres de lui donner plus de pouvoir ou d’influence.
Il avait juste besoin d’un levier et c’est ce qu’il venait juste de se procurer. S’éloignant de la rivière, Père Mal sourit.
Tout vient à point à qui sait attendre.