Chapitre 2
Si la cérémonie devait avoir lieu ce soir, il n’y avait plus beaucoup de temps. Asher Ellison regarda sa montre - 11h43. 17 minutes avant minuit, la nuit de la pleine lune. 17 minutes pour décider de son destin. Devait-il se dévouer corps et âme au Protectorat du paranormal de la Nouvelle Orléans ? Ou pas ?
« Nous ne savons rien à propos d’Asher donc nous ne pouvons pas le contrôler. Ce n’est pas comme ça que je vois les choses ». Rhys Macaulay décroisa les bras et tapa du pied, pour montrer sa domination. Rhys était l’illustration parfait d’un ours métamorphe : grand, musclé et assez agressif. Asher n’enviait pas les compagnons d’armes de Rhys.
« On ne peut plus attendre Aéric. Cela fait trois mois. On ne sait pas quand et même s’il reviendra. Et je n’ai aucune envie de forcer un dragon à faire quoi que ce soit » répondit Mère Marie, regardant le guerrier roux massif qui se tenait devant elle, la défiant. Le clair de lune éclaboussait la cour, illuminant la scène. C’était presque l’heure magique, la cérémonie allait commencer.
Asher était à environ cent mètres, il regardait la petite mais fougueuse reine Vaudou se disputer avec le chef des gardiens Rhys Macaulay et comprenait chaque mot de leur conversation. Dans son travail précédent, lire sur les lèvres était vital et il était fier de ne pas avoir perdu la main après être parti des renseignements de l’armée.
Il avait été blessé plus d’une douzaine de fois. Il avait dû simuler sa mort, sinon les Marines se seraient rendus compte que quelque chose clochait. Et il ne pouvait pas dévoiler le secret des métamorphes à l’armée, il frissonnait rien qu’à l’idée de pouvoir être utilisé comme l’ultime arme de guerre... et pourtant, rien ne lui faisait peur.
Il avait un corps et un cœur de pierre, grâce à sa formation. Ses anciens gradés étaient fiers.
Il se tenait devant la baie vitrée qui reliait le manoir à la cour et aux annexes. Il attendait Gabriel et aussi que Rhys et Mère Marie arrivent à un consensus.
Il attendit longtemps. Il s’était entrainé à pouvoir rentrer dans sa bulle lors de périodes de calme en temps de guerre. Il pouvait ainsi tranquillement analyser la situation et planifier au besoin.
Le combat verbal entre Mère Marie et Rhys durait depuis plus de 20 minutes et n’allait aboutir à rien sans Gabriel.
Alors qu’Asher les observait, il passa en revue les conséquences potentielles de leur décision. Duverjay, le majordome du manoir alluma la lumière de la cuisine. Soudain, Asher ne voyait plus Rhys et Mère Marie mais son propre reflet. Des cheveux drus, coupés courts, qui commençaient à grisonner au niveau des tempes, des sourcils noirs qui surplombaient des yeux presque aussi noirs, une bouche large et gourmande et un corps musclé. Son corps était tel une arme affûtée, plus coupante que le plus effilé des couteaux, et pourtant…
Son reflet lui montrait quelque chose de préoccupant : une fatigue extrême, ça c’était normal, mais il y avait aussi quelque chose de plus sombre, une ombre qui n’aurait pas dû être là. Ce n’était rien de spécifique, plutôt une absence… mais de quoi ? Asher devait admettre que ce manque-là, il le ressentait depuis des années, depuis que…
« Ils se disputent encore ? » Gabriel sorti Asher de son introspection. Le grand britannique brun apparu près d’Asher, plissant les yeux en fixant l’extérieur. Il portait toujours son uniforme de patrouille, un pantalon noir et un t-shirt noir sous un gilet pare-balle. Son épée et ses revolvers étaient dans son sac noir.
« Oui, on dirait que Rhys fait marche arrière, dit Asher.
– Super, donc, c’est sur la bonne voie, » dit Gabriel, attrapant son sac et sortant un paquet entouré de velours satiné. Il lança le paquet à Asher « Ne touche pas la dague jusqu’à ce que je te le dise, à moins que tu ne veuilles avoir des doigts en moins. »
Asher accepta l’arme avec précaution et suivi Gabriel à travers la cour. Asher hésita une fraction de seconde, faisant taire la petite voix dans sa tête qui lui disait de ne pas faire une telle promesse aux Gardiens. Sa phobie de l’engagement n’avait rien de nouveau.
Une fois qu’Asher Ellison avait pris une décision, il s’y tenait. C’était un de ses traits de personnalité qui le faisait tenir lors des moments les plus difficiles de sa vie. Il ne revenait jamais sur une décision, n’y pensait plus. Il choisissait une voie et s’y tenait jusqu’au bout. Jamais d’exception.
Serrant les dents, Asher sorti par la cour arrière, laissant le clair de lune le laver de ses appréhensions.