2. Premier contact

963 Mots
2. Premier contact L’intérieur est l’opposé de la sage et vénérable façade. Les pierres de taille on fait place à l’acier poli, au verre et aux bois précieux. Dans ce hall immense à l’agencement ultramoderne se côtoient œuvres contemporaines et toiles de maîtres dans un patchwork saisissant. La femme se retourne et d’un petit air mi-amusé mi-condescendant me dit : – Surprenant non ? Elle pousse une porte noyée dans le décor et s’efface pour me laisser entrer. Ce qui doit être le séjour est encore plus fou que l’entrée. La pièce n’est pas grande, elle est gigantesque. Le plafond a été supprimé. Seule une mezzanine de trois mètres entourant ce salon à mi-hauteur subsiste. Au fond, un pan entier de la maison, côté jardin, a été sacrifié au profit d’une époustouflante baie vitrée, laissant deviner dans la nuit tombante un parc immense. L’impression d’espace est écrasante. Je me sens petit, tout petit. Souvenirs du gamin que j’étais, tenant la main de mon père lors de nos visites à la cathédrale Saint Pierre, le luxe en prime. Pour accentuer ce sentiment de volume, la pièce est meublée sobrement, chaque élément a été choisi avec soin. J’aimerais rencontrer leur décorateur et plus encore, avoir ses honoraires. Deux grosses bûches se consument dans une cheminée suspendue. Aérienne, irréelle. Un homme dans la cinquantaine se lève du canapé de cuir blanc et se dirige vers moi en souriant, la main tendue. – Content de vous rencontrer Docteur Thérique. Jean-Edmée de Blanc-Seing. On m’a beaucoup parlé de vous. Puis se tournant vers la femme : – Charlotte-Audrey, ma femme. – Vous prendrez bien quelque chose ? Un café, un whisky… ? Je me dis qu’un café n’est pas une bonne idée, je suis déjà assez nerveux comme ça, et j’opte pour un verre d’eau minérale. Lui se sert un grand verre d’un whisky dont je n’ai jamais vu le nom (je suis pourtant un amateur averti) alors que sa femme sortant de je ne sais où m’apporte mon verre d’eau. Elle se sert également un whisky bien tassé. Aussi bien l’un que l’autre n’a la suffisance à laquelle je m’attendais, au contraire, ils ne semblent pas très à l’aise en ma présence. Encouragé d’un signe de sa femme, il commence : – Merci d’avoir répondu à ma requête malgré le flou artistique de mes explications. Nous avons un problème, vous vous en doutez bien. Ce que nous attendons de vous nécessite une totale discrétion. J’occupe une fonction publique et je ne peux pas ou plus me permettre de scandale. Nous avons besoin de savoir que rien de ce qui se passe dans cette maison ne filtrera à l’extérieur. Je n’aime ni n’ai l’habitude de faire des menaces, mais si cela s’avérait nécessaire, je n’hésiterais pas à détruire votre carrière. Vous êtes bien évidemment libre d’accepter ou non. Un défaut à rajouter à ma liste : La curiosité. D’une voix hésitante, sa femme reprend : – Pour faire court, la seule ombre à notre vie provient de notre fille. Elle a fait de grosses bêtises. Son comportement dépendant moins de la délinquance que de la psychiatrie, nous avons obtenu du juge qu’elle soit assignée à demeure en lieu et place de la prison ou d’un internement clinique. Deux conditions sont tombées dans le jugement : le port d’un bracelet électronique de surveillance et le suivi d’un psychologue et d’un psychiatre. Vous êtes les deux n’est-ce pas ? Nous y voilà. Deux pour le prix d’un. Ils n’ont pourtant pas l’air d’avoir de problèmes financiers… – Nous ne vous cacherons pas, reprend le père, que vous n’êtes pas le premier spécialiste contacté. Plusieurs de vos confrères se sont déjà penchés sur le cas de Julie-Ange. Tous s’y sont cassé les dents ! Nous nous sommes renseignés sur vous et vos méthodes et, pour être franc, c’est un peu en désespoir de cause que nous faisons appel à vous. C’est beau d’être apprécié à sa juste valeur ! Il continue : – Comme je vous l’ai déjà dit, vos prédécesseurs ne sont arrivés à rien, l’état de notre fille a même empiré et elle est toujours aussi malheureuse et… dangereuse. Je sens le piège à plein nez. Ces mots sonnent comme « agression de petites vieilles » pour un loubard. Le Graal. Malheureuse et dangereuse. Mon impression de gêne ressentie à leur égard n’est ni de l’arrogance ni de la suffisance, mais un grand désarroi. Voir son enfant malheureux, constater que l’être le plus précieux s’échappe dans un monde noir, privé d’espoir, est une torture. J’avais en face de moi un couple démuni face aux comportements irrationnels de leur fille. Le fonds de commerce des psys n’est pas près de se tarir ! Je les rassure quant au secret professionnel, et l’importance que je lui prête. C’est de la déontologie de base. « Malheureuse, dangereuse… » hum… ma curiosité est sérieusement piquée, le challenge me chatouille agréablement, Tout ce qu’il faut pour motiver un psy ! Un éclair aveuglant suivi d’un formidable coup de tonnerre fait trembler la demeure. Ça n’a pas dû tomber loin. Il pourrait bien y avoir des traces de foudre sur le toit. Une pluie drue frappe la baie vitrée à l’horizontale. Dans un coin de mon cerveau, l’image de mon retour en scooter sous-marin prend place. – C’est assez compliqué, reprend Charlotte-Audrey. Adorable la plupart du temps, elle peut virer sans préavis dans une violence extrême. Quand je dis extrême, c’est un euphémisme ! Vos collègues ont parlé de bipolarité. Julie-Ange serait bipolaire ou maniaco-dépressive. Silence. Je connais ma réponse, mais je ne veux pas donner l’impression d’accepter trop facilement. Ma crédibilité en dépend. Ma rémunération également. – Sur le principe, j’aimerais vous aider, avançais-je. Vous m’avez demandé une parfaite discrétion. De mon côté, l’assurance d’une bonne collaboration de votre part est indispensable. Une thérapie touche indéniablement l’entourage du sujet. Sa sphère privée au sens large. Vous faites partie de ses comportements, de ses réactions, inconsciemment ou pas. Je n’y mets aucun jugement de valeur. C’est un fait. Vous devez être prêts à vous remettre en question si besoin est. Ceci étant dit, j’accepterais maintenant avec plaisir un verre de votre intrigant whisky. L’alcool aidant, la discussion prenant le tour qu’ils espéraient, je les sens plus détendus. La femme demande : – Avez-vous déjà mangé ? Sans attendre ma réponse, elle me propose de rester dîner. Je suis trop pressé d’en savoir plus et j’accepte avec reconnaissance vu le temps qui ne s’arrange pas… – Racontez-nous vos méthodes si vous le voulez bien Docteur Thérique. J’ai cru comprendre que vos thérapies dixverges2 parfois des modèles conventionnels.
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