Chapitre 2

2510 Mots
Chapitre 2 — Vous avez vu ça? demanda l’adjudant-chef à Mary. Il s’était assis derrière son bureau, encore vibrant d’indignation. Il avait posé son képi devant lui et se massait les tempes comme s’il souffrait de migraine. Il prit le téléphone et dit à Mary : — Excusez-moi… Bédier, jeta-t-il dans l’appareil, tu peux venir? La porte s’ouvrit comme il raccrochait et un gendarme d’une quarantaine d’années entra. Il avait les cheveux gris, taillés en une brosse rase, une moustache grise également, des yeux bleus très vifs. — Je vous présente l’adjudant Bédier, dit Bézuquet à Mary. Yvon, voici le capitaine Lester, de la police nationale, qui est chargée de mener une enquête parallèle au sujet de toutes ces affaires. Bédier leva la tête d’un air faussement admiratif et répéta : « Parallèle? Bigre… » puis il tendit à Mary une main sèche et dure : — Enchanté, capitaine. Son regard démentait toute trace d’enchantement mais, au festival des hypocrites, Mary Lester savait tenir sa partition. Elle répondit courtoisement en prenant la main de Bédier : — Très heureuse, adjudant. L’adjudant-chef Bézuquet n’avait pas saisi ces nuances. Il s’adressa à Bédier : — Yvon, tu voudras bien prévenir le laboratoire à Brest pour qu’ils viennent faire des prélèvements sur l’épave du bateau pétardé dès que la marée sera basse. — Il y a quelqu’un là-bas? demanda l’adjudant. — Oui, j’ai laissé Derval et Cléguer avec l’ordre de ne laisser approcher personne de l’épave. — Il faudrait pourtant que les pompiers aillent vidanger le réservoir de gazole. — Je n’avais pas pensé à ça, reconnut Bézuquet. Préviens-les. — D’accord. Après un bref salut sans chaleur à l’adresse de Mary, l’adjudant Bédier sortit. L’adjudant-chef redit en soupirant : — Vous avez vu ça? Il parlait de l’altercation avec Bernard et du climat qui régnait autour de ce nouveau sinistre. Mary hocha la tête : — Oui… Dites-moi, adjudant-chef, tous ces gens qui étaient sur la grève font partie de l’association des pêcheurs plaisanciers? — Quasiment tous, oui. Ils sont près de deux cents, rien que pour Kerlaouen et ses alentours. — Ça fait du monde! — Ça fait du monde, acquiesça l’adjudant-chef. — Que pensez-vous de cette association? — Ce que j’en pense? — Ma question a l’air de vous surprendre. — Ben oui… C’est une association, quoi… — Une association comme les autres? — Avec un peu plus de membres que les autres peut-être. Mary, farouchement individualiste, s’était toujours demandé quel besoin poussait les gens à se rassembler en associations. À part pour chanter en chorale, elle ne voyait pas l’intérêt qu’il y avait à se regrouper en cohortes serrées pour randonner alors que, le lendemain ou la veille, on pouvait avoir les petits sentiers côtiers pour soi tout seul. Mystère de l’instinct grégaire… — Ils font des réunions, dit l’adjudant-chef, les marins de formation apprennent aux néophytes à faire des nœuds, à gréer une ligne, à caler un filet. Il y a aussi des cours de navigation, une formation pour passer le permis de conduire les bateaux. — Il y a longtemps qu’elle existe? L’adjudant-chef ne s’était pas préparé à cette question. — Je ne sais pas. Il me semble qu’on a commencé à en parler après les premiers incidents. — Il y a beaucoup de non marins dans cette association? — Je ne sais pas non plus; il faudrait demander ça à Jean Herry, le président. — N’est-ce pas lui qui s’occupe de la station de sauvetage en mer? — Si, vous le connaissez? — Je l’ai vu à la station, avec ses deux compères, Jean Jacq et Jean Moalic. Les Tri Yann comme ils s’appellent eux-mêmes. — Ils font un boulot formidable, dit le gendarme, tous les ans ils sauvent des vies et pourtant ils n’ont qu’un petit pneumatique… — Pas si petit que ça, dit Mary. Et c’est peut-être un engin mieux adapté qu’un plus gros bateau pour intervenir dans les cailloux. — Peut-être, dit le gendarme avec une moue qui en disait long sur son niveau d’incompétence en ce qui concernait les choses de la mer. — Alors, eux aussi ont été victimes d’actes de vandalisme. — Oui, dit le gendarme. Leur pneumatique a été lacéré dans son hangar. Vous avez rencontré Jean Herry? — Lui et ses deux équipiers. Il m’a raconté cette lamentable histoire. Un de ces hommes, Jean Jacq, paraissait particulièrement remonté contre le renard. — Pas plus que tous ceux que vous avez vus tout à l’heure, dit le gendarme. — Attendez, dit Mary, ne les mettons pas tous dans le même sac! Il y en avait de plus remontés que d’autres. — Vous parlez de Bernard, dit le gendarme. Lui aussi c’est une grande gueule. — C’est ce qu’on appelle un meneur, dit Mary, de ceux qui savent haranguer une foule et la conduire à des actes qu’individuellement chaque élément de cette foule ne ferait jamais. Les meneurs sont souvent des gens dangereux, Bézuquet. — C’est pour ça que vous m’avez demandé de le convoquer? — Pour ça, oui. Et aussi parce qu’il est évident qu’il en sait long sur les événements de la nuit. Il parlait de la grenade comme s’il avait été sur les lieux. D’ailleurs, peut-être y était-il? Le gendarme la regarda d’un air finaud : — Et peut-être qu’il n’était pas seul, capitaine Lester! — Il n’était sûrement pas seul, dit Mary faisant mine de ne pas comprendre l’allusion. Ses complices… — Je ne parlais pas des complices, dit le gendarme. Et, comme Mary ne répondait pas, il précisa : — Allons, capitaine Lester, ne pensez-vous pas qu’il serait temps de jouer cartes sur table? Vous aussi vous en savez plus long que vous ne voulez bien le dire sur cette fameuse nuit. Elle sourit en regardant attentivement le capitaine, en le jaugeant. Elle décida, en un instant, de lui faire confiance : — Cartes sur table, alors, dit-elle. Voici les miennes. Elle sortit de sa poche trois photos qu’elle posa à l’envers sur la table sous le regard intéressé de Bézuquet, et retourna la première en prenant son temps, comme lorsqu’on fait une réussite. Du point de vue artistique, c’était une piètre photo. Il fallait tenir compte des circonstances et du matériel avec lequel elle avait été faite. Mais du point de vue intérêt, c’était autre chose. On voyait deux silhouettes cagoulées, armées de fusils s’avancer d’un air menaçant. — Où avez-vous pris ça? demanda Bézuquet. Mary souleva la seconde photo sans répondre. Les deux mêmes silhouettes apparurent mais cette fois elles faisaient demi-tour. L’adjudant-chef ne s’offusqua pas de ce mutisme. Il regardait les photos, fasciné. — Et la troisième? demanda-t-il enfin. — La troisième c’est le Joker, adjudant-chef, dit Mary en retournant une photo totalement blanche. Qui sont ces hommes? L’adjudant-chef eut une mimique indiquant qu’il n’en savait rien. — Bon, on va essayer de faire avancer les choses, dit Mary. Je vais vous raconter ma nuit, adjudant-chef. Comme vous le savez sans doute, je suis logée chez la jeune Fanchon Bodénan, dans un mobile home. Auparavant j’étais chez la veuve Morvan, mais pour des raisons inconnues, la veuve m’a soudain signifié mon congé. Je suppose qu’elle a subi des pressions. Mais nous y reviendrons. Un soir, en revenant de chez Gweltaz chez qui j’avais dîné, j’ai failli être emboutie par un gros 4 x 4 noir qui circulait autour de Meznam tous feux éteints. Bien sûr, la présence de ce véhicule qui s’est fondu dans la nuit m’a intriguée. Effrayée et intriguée. J’ai donc résolu d’aller voir incognito ce qui se passait sur cette dune la nuit. J’ai emprunté un vélo à ma logeuse et je me suis rendue à Meznam par le sentier côtier. — Vous n’avez pas froid aux yeux! — Oh, je n’étais pas plus fière que ça! Croyez-moi, je rasais les murs si je puis dire, prête à me jeter dans un trou à la première apparition. L’adjudant-chef réprima un sourire. — Et vous avez revu la voiture? demanda-t-il. Mary leva la main : — J’y viens. Je suis arrivée à Meznam sans apercevoir âme qui vive hors un fourgon de gendarmerie qui patrouillait. — Et qui ne vous a pas vue? demanda le gendarme. — Non. J’avais vu les phares de loin et je m’étais dissimulée dans un repli de dune. J’ai planqué mon vélo dans un fossé et j’ai marché jusqu’au petit parking qui surplombe la plage de Pouldhon. Là, je me suis cachée derrière les meules de goémon et je suis restée totalement immobile. Au bout d’un moment, je me suis aperçue que je n’étais pas seule. À une centaine de mètres, sur la droite, une cigarette brasillait par moments. Et puis j’ai vu le faisceau d’une lampe électrique venant de la mer. Celui qui la portait remontait lentement en examinant soigneusement chaque bateau échoué. Lorsque le type sur la plage est arrivé au bas de la cale de Pouldhon, l’homme à la cigarette est venu le rejoindre et un troisième homme dont je n’avais même pas soupçonné la présence est sorti de l’ombre des rochers, à ma gauche. Il m’a semblé que ces trois hommes avaient monté une sorte d’embuscade, celui qui venait de la mer essayant de chasser un gibier, qui n’était d’ailleurs pas là, vers ses deux comparses à l’affût. Quand ils ont fait leur jonction, l’homme qui fumait a remonté sa cagoule et j’ai reconnu P’tit Lu Dupont. Le type qui fouillait la grève la lampe électrique en main, s’est mis à l’engueuler et j’ai identifié la voix de Charraz. Le gendarme était resté impassible. — Et le troisième homme? demanda-t-il. Celui-là, je n’ai pas eu l’occasion de le reconnaître. Il n’a pas parlé et il n’a jamais ôté sa cagoule. Elle regarda le gendarme et ajouta : — Mais je ne serais pas autrement surprise que ce soit monsieur Robert Bernard. Les précisions qu’il a apportées sur l’explosion de la grenade me semblent suspectes. J’aimerais l’interroger lorsqu’il se présentera ici demain matin. — Et ensuite? demanda le gendarme. — Comme ils se rapprochaient dangereusement de l’endroit où je me trouvais, j’ai retraversé la route pour me cacher dans les ruines de Meznam. Mais ils m’ont aperçue et m’ont donné la chasse. Je me suis dissimulée comme j’ai pu, mais j’étais sur le point d’être découverte lorsque Fanch Brendaouez est apparu providentiellement et qu’il m’a entraînée dans sa maison. Elle regarda le gendarme dans les yeux : — Je pense que Fanch Brendaouez m’a, ce soir-là, sauvé la vie. Le gendarme ne broncha pas. Elle poursuivit : — Mes poursuivants n’ont pas lâché prise pour autant. Ils ont continué à tourner autour de la maison de Brendaouez et, à un certain moment, j’ai pu penser qu’ils allaient mettre leur menace à exécution. — Quelle menace? demanda le gendarme. — Mettre le feu à la maison de Fanch. Le gendarme la regarda en silence et elle ajouta : — Peut-être ne le savez-vous pas, mais Fanch a, lui aussi, reçu une lettre anonyme. Le gendarme secoua la tête : — Qu’il se sera expédiée lui-même, dit-il. Mary souffla avec lassitude : — J’attendais l’objection! — Parce que vous vous l’êtes faite! — Non, parce que Fanch lui-même l’a faite. — Fanch? — Oui. Pourquoi croyez-vous qu’il n’est pas venu vous en parler? — Entre nous deux ce n’est pas le grand amour, dit le gendarme. — Je m’en suis rendu compte. Mais Fanch a pensé que vous l’accuseriez d’avoir agi exactement comme vous venez de le dire. Il se serait adressé cette lettre de menace pour figurer, lui aussi, dans la liste des victimes. Honnêtement, adjudant-chef, auriez-vous reçu sa plainte comme les autres plaintes? — Il est tellement roublard, dit l’adjudant-chef… — Ce n’est pas une réponse, dit Mary. Tout ce qui arrive à ce pauvre homme se retourne contre lui. Son bistrot clandestin prend feu, c’est lui qui l’a incendié; ses bateaux coulent, c’est lui qui les a sabordés; il reçoit une lettre anonyme, c’est lui qui se l’est expédiée; il se marie, on peint sa femme en noir. On le roue de coups… Vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup? N’auriez-vous pas pu dire à tel ou tel plaignant qu’il avait, lui aussi, fait couler son bateau pour toucher l’assurance? Et votre beau-père, Kernilis, pourquoi ne l’aurait-on pas accusé d’avoir incendié son hangar pour toucher l’assurance? L’adjudant-chef réagit au quart de tour : — Je vous défends… — Vous me défendez quoi? Bézuquet… Vous l’avez dit vous-même, l’affaire a été classée en accident pour faciliter les choses du côté des assurances… — C’est pas pareil, dit l’adjudant-chef, ce ne sont que des procédures administratives. Qu’est-ce que ça change pour l’assurance? Il n’y a pas escroquerie! — Je me fiche bien de l’assurance, dit Mary. Mais il n’empêche que c’est un faux! Le gendarme pâlit. Cette accusation de faux était grave. Mary le rassura : — Je ne vais pas revenir là-dessus, Bézuquet. C’est du passé, le présent me suffit. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander quelle aurait été votre réaction si cette affaire était arrivée à Brendaouez et non à Kernilis. Auriez-vous laissé aussi facilement classer l’affaire en accident? Elle vit que cette question irritait fortement l’adjudant-chef qui répondit avec véhémence : — Monsieur Kernilis n’avait aucun intérêt à faire flamber son hangar, tandis que Fanch, lui, y a trouvé son compte! D’abord en touchant le remboursement du bistrot, ensuite celui de ses deux bateaux pourris. Quant à cette soi-disant lettre anonyme, vous m’apprenez son existence, comme celle de sa prétendue agression. Je ne peux pas protéger les gens s’ils ne viennent pas se plaindre à la gendarmerie! Il regarda Mary espérant, contre toute vraisemblance, l’avoir convaincue. Mais son indignation n’était que de façade. — Au fait, que dit-elle, cette lettre anonyme? demanda-t-il. — C’est très bref, dit Mary. Je ne vous la citerai pas de mémoire, mais je me souviens de la fin : « Fous le camp avec ta p**e, sinon on va t’enfumer dans ton terrier ». L’adjudant-chef resta silencieux. — Injures, menaces de mort, poursuivit Mary. Je vous jure que, quand j’ai vu ces deux types s’avancer, j’ai bien cru qu’ils venaient mettre le feu à la maison. Et si je n’avais pas pris ces photos, peut-être bien qu’ils auraient mis leurs menaces à exécution. Elle regarda l’adjudant-chef et ajouta : — Et à cette heure vous auriez sur les bras, non pas une épave de bateau pétardé, mais un incendie volontaire et deux ou trois cadavres sur les bras. Et cette fois, vous n’auriez pas pu mettre ça sur le compte du renard. Mais peut-être auriez-vous classé l’affaire en accident? Après tout, ça brûle bien, ces chaumières! — On n’en est pas là, dit l’adjudant-chef d’un ton rogue. — Non, mais on a failli y être. Tâchez de vous en souvenir, Bézuquet! Elle ironisa : — Que deviendriez-vous sans ce renard? — Ça nous ferait des vacances, dit l’adjudant-chef. N’ayez crainte, on saura s’en passer! — Que vous dites! Il la regarda, interloqué. — Comment, que je dis! Croyez bien que… Elle ne le laissa pas terminer sa phrase : — Je crois surtout qu’il est bien pratique, ce renard! Un bateau coule, c’est le renard, une maison brûle, c’est encore le renard, il crève même les pneus des vélos, paraît-il, et qui sait s’il ne remplace pas le loup-garou de notre enfance. Mange ta soupe, sinon le renard… — Ça va! dit le gendarme avec humeur. Je vous jure que si Brendaouez disparaissait du paysage, il n’y aurait pas grand monde à le regretter. — Ouvertement, dit Mary. — Pardon? Le gendarme fronçait les sourcils. — Je disais qu’il n’y aurait pas grand monde à le regretter ouvertement, mais dans le fond… Si j’osais, je dirais que votre renard c’est le bouc émissaire. Tout le monde est vertueux à Kerlaouen puisque c’est le renard qui commet tous les délits. Elle se pencha vers l’adjudant-chef : — Je veux bien admettre, dit-elle, que c’est Brendaouez qui a commencé. Pour moi, ça ne fait même aucun doute. Mais quelqu’un lui a répondu de la même manière et ça a été l’escalade. Vous savez bien, Bézuquet, qu’il est matériellement impossible que Brendaouez ait commis seulement la moitié de ces sabotages. Tout le monde s’y est mis, c’est une œuvre collective. — Je ne vous laisserai pas dire ça! protesta le gendarme. La plupart des habitants de ce pays sont parfaitement honnêtes. — D’accord avec vous, seulement la vie de quatre-vingt-quinze pour cent d’honnêtes gens est gâchée par les cinq pour cent de salopards qui agissent dans l’ombre. Comme dans les banlieues difficiles. — La difficulté étant de les débusquer, dit le gendarme désabusé. — Oui, dit Mary, séparer le bon grain de l’ivraie aura été finalement été la principale préoccupation des hommes depuis les débuts de l’humanité. — Vous remontez trop loin pour moi, dit le gendarme, moi, mes soucis n’ont que dix ans d’âge. Enfin, je veux parler de mes soucis avec le renard. — J’avais compris. Dix ans, avez-vous dit? — Oui, il y a seulement dix ans que les exactions partent dans tous les sens. Et maintenant que j’y réfléchis, ça fait aussi dix ans que les plaisanciers se sont regroupés en association. — Eh… Voilà qui est intéressant, dit Mary Lester en se levant. Excusez-moi, adjudant-chef, je crois que mon adjoint vient d’arriver. Avant que Mary ne sorte, l’adjudant-chef se précipita, bégayant sous le coup de l’énervement : — Et… Et la grenade? — La grenade, dit Mary, elle n’a fait que du bruit! — Oui mais c’est… C’est Fanch qui l’a lancée? — Je n’ai rien vu, mentit-elle. J’avais le dos tourné. L’adjudant-chef insista : — Parce que si c’est… c’est… Elle coupa : — Vous avez raison, mais on verra ça plus tard!
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