Prologue
C’était le grand jour.
Diana sentait son cœur battre plus fort que d’habitude, presque douloureusement, comme s’il voulait lui rappeler qu’elle était bien vivante, ici et maintenant.
Elle n’avait pas vu William depuis la semaine précédente. Depuis leurs oui à la mairie. Une cérémonie simple, presque clandestine. Seulement leurs témoins. Pas d’enfants. Pas de familles.
Ils avaient filé aussitôt après, direction un gîte perdu au fin fond de la campagne.
Une parenthèse.
Loin des derniers événements.
Loin des cadavres, des enquêtes, des secrets.
Loin des agences de détectives, des pigeons, des pleurs et des bêtises.
Une nuit.
Deux jours.
Un lit.
De la nourriture.
Rien d’autre.
Juste eux.
Depuis leur retour, Diana avait tenu à respecter une vieille tradition : ne plus se voir avant le jour J.
Pour être sûre que William serait en forme pour leur seconde nuit de noces.
Et surtout, pour qu’il soit ému en la revoyant.
Lisa, l’une de ses témoins, l’avait rassurée avec son humour habituel :
— T’en fais pas, mon canard… S’il ne pleure pas, j’ai ce qu’il faut.
Elle avait sorti un spray au poivre.
Aujourd’hui, c’était le mariage officiel.
Celui que Catherine, sa mère adoptive, préparait depuis des mois.
Le mariage parfait.
Grandiose.
Exceptionnel.
Une cérémonie avec un pasteur et un prêtre anglican.
Une chapelle noyée sous les fleurs.
Du champagne.
Un buffet somptueux.
Et la robe.
Tout était millimétré.
Sa famille était réunie.
Enfin… ses familles.
Celle de ses parents biologiques.
Celle de ses parents adoptifs.
La famille maternelle de William était réduite : sa grand-mère, Alexis — cousin, meilleur ami et presque frère —, Kelly, la demi-sœur d’Alexis, leur grand-mère, et son père adoptif.
La famille paternelle de William était la même que celle de Diana :
Les De Saint-Martin.
Victor, comte De Saint-Martin et commissaire de police, n’était pas seulement son père adoptif. Il était aussi le demi-frère de William et le père d’Alexis.
Guillaume, le garde du corps de Diana, était lui aussi un demi-frère de William. Son fils, Tom, était présent.
Daniel, commandant de police, également.
Et Edmond.
Le « secrétaire » de Diana.
Grâce à son agence de détectives privés — et surtout secrets —, elle avait découvert la vérité : Edmond n’était pas le neveu de Catherine, mais son demi-frère.
Et celui de Victor.
Leur père avait voulu des héritiers parfaits.
Sa folie l’avait conduit à l’horreur.
Edmond avait été conçu par don d’embryon.
Sa véritable mère était en réalité sa grand-mère maternelle, qui avait manipulé sa propre fille pour qu’elle porte l’enfant sans le savoir.
Hector.
Feu Hector.
Le père de Victor.
Kidnappings.
Viols.
Meurtres.
Incestes — deux fois.
Et d’innombrables dons d’embryons.
Diana et son agence ignoraient encore combien d’enfants existaient. Mais potentiellement… beaucoup.
Les filles devaient disparaître.
Fausses couches.
Avortements médicaux arrangés.
Un monstre.
Victor l’avait fait tomber.
Hector était mort.
Du côté de Diana, il y avait aussi sa famille officielle : parents, sœurs, oncles, tantes…
Et surtout ses deux demi-frères.
Simon, lieutenant de police, bientôt marié à Lisa.
Il était du côté de son père.
Diana avait adopté sa fille avec William après la mort de sa première femme en couches.
Et Charles.
Charly pour les intimes.
Avocat redoutable.
En couple libre, complexe, fragile avec Alexis.
Du côté de sa mère.
Aliénor était là aussi.
Fille de Catherine et de Daniel.
Autiste, comme Diana, mais plus sévèrement atteinte.
Depuis son arrivée dans sa vie, Aliénor — Lili — avait progressé.
Diana avait trouvé un langage commun avec elle.
Et bien sûr…
leurs enfants.
Angelina.
Angy.
Leur fille adoptive.
La première arrivée.
Celle qui avait tout bouleversé.
Cheveux blonds comme Simon.
Comme William.
Yeux bleus comme William.
Petite par la taille.
Immense par le caractère.
Deux ans et demi.
Et Liam.
Liam…
L’aîné, arrivé en second.
Le miracle.
Lorsqu’elle avait été séquestrée par un autre demi-frère de Victor — ignorant encore que William, son lieutenant, faisait partie de la famille —, Diana avait fait un déni de grossesse.
Pendant sa captivité, Hector l’avait découverte.
Rousse.
Teint clair.
Parfaite, selon lui.
Il avait tenté de la v****r.
Elle avait ri.
Il l’avait frappée.
Sa tête avait heurté la table basse.
Sans Grégory — qui la prenait pour la réincarnation de sa femme —, elle serait morte.
Neurochirurgien brillant, il savait qu’elle était enceinte.
Il avait tenté d’éviter l’accouchement.
En vain.
Le traumatisme crânien avait provoqué un accouchement prématuré.
Il l’avait soignée.
L’enfant avait été confié à une sage-femme complice.
Affolée, elle l’avait échangé avec un mort-né.
Puis placé en foyer.
Diana avait oublié.
Tout.
Presque deux ans.
Grégory, lui, avait remarqué la tache de naissance.
Tous les De Saint-Martin mâles la portaient.
Il savait.
Liam avait été protégé.
Jusqu’au jour où un garde du corps de Victor avait reconnu la ressemblance.
Liam était le clone de William.
Sauf les yeux.
Marron.
Comme les siens.
Ils l’avaient retrouvé.
Depuis, leurs vies étaient complètes.
Liam, le calme.
Angy, la tempête.
Sage.
Empathique.
Passionné de pigeons voyageurs.
À quatre ans, il lisait déjà.
Parlait depuis deux ans et demi.
Il voulait être éleveur de pigeons de compétition.
Et gendarme à mi-temps.
Une hérésie familiale.
Qui faisait rire tout le monde.
William surtout.
Tant qu’il était heureux.
William, héritier d’une famille de lords anglais.
Une fortune refusée par Granny, léguée directement à son petit-fils.
Diana, héritière de Grégory.
Un père absent.
Un bâtard sans nom.
Leurs enfants ne manqueraient jamais de rien.
Diana se regarda dans le miroir.
Aujourd’hui, tout recommençait.
Catherine posa le fer à friser.
— Voilà, trésor… Tu es superbe.
— Grâce à vous… J’espère que William aimera.
— S’il n’aime pas, je l’assomme.
Une voix les interrompit :
— S’il n’aime pas, je t’épouse à sa place, ma jolie.
— Alex ?!
— Granny est avec Will. Je suis venu voir si tu avais besoin d’aide pour te déshabiller.
— J’ai mes témoins… Ouste.
— Dommage. En tout cas, tu es canon. Il a une chance folle.
Baiser sur la joue.
Rougeur.
— Tu me fais rougir, imbécile.
Catherine le poussa dehors.
La porte se referma.
Diana inspira.
Aujourd’hui, ce n’était plus la survie.
C’était la vie.
Angelina déboula soudainement dans la chambre comme une tornade miniature.
— NAAAN ! REND ! À MOI ÇA !
Deux furets filaients à toute allure devant elle, zigzaguant entre les jupons, les chaussures et les sacs, une mini saucisse pendouillant fièrement entre leurs dents.
Angy courait comme elle pouvait, déséquilibrée, les bras en moulinet, trébuchant presque à chaque pas.
— P’pa gentiii ! Sauc’ssiii !!
Son langage oscillait joyeusement entre le français, le grognement et une syntaxe purement émotionnelle.
— Angelina ! crie Diana en se retournant brusquement.
Pas dans la robe !
Trop tard.
Un furet passa sous une chaise, l’autre bondit sur le lit. Angy tenta de grimper à son tour, rata son élan, et s’assit lourdement par terre. Entrainant la robe.
À cet instant précis, Edmond entra dans la chambre, essoufflé, les bras à moitié levés comme s’il venait de survivre à une catastrophe naturelle.
— Je… je suis désolé, vraiment, j’ai tenté de… enfin… ils sont rapides… et elle aussi… et—
Il s’interrompit en voyant la scène :
les furets, la saucisse, l’enfant par terre, coincée sous la lourde robe, la mariée figée entre rire et panique.
— …je suis débordé.
Catherine éclata de rire. Diana, elle, se pencha déjà pour ramasser Angy.
— Ça va, mon cœur ?
— Nan ! répondit-elle très sérieusement, avant de pointer un doigt accusateur vers les furets.
— Voleuuuuurs !
Les furets, parfaitement innocents, disparurent sous un meuble.
Diana releva la tête vers Edmond.
— Et Liam ? Il est avec toi ?
Edmond cligna des yeux.
— Liam ? Oui. Enfin… je crois. Il était avec William.
Il marqua une pause.
— Enfin… je crois qu’il y est encore.
Diana soupira doucement, mi-amusée, mi-inquiète.
— Tu crois.
Avant qu’elle n’ait le temps de dire quoi que ce soit d’autre, la porte s’ouvrit de nouveau.
Guillaume entra, imposant, impeccable, en costume… avec Liam juste derrière lui.
Le petit garçon était surexcité. Les joues rouges, les yeux brillants, tenant quelque chose contre lui avec un sérieux presque solennel.
— MAMAN ! lança-t-il en voyant Diana.
—J'ai une surpriiiiiise !
— Doucement, ne le dit pas... dit Guillaume en souriant.
Il n’a pas arrêté d’en parler depuis une heure.
Liam sautillait sur place.
—Les pigeons ils savent ! Ils sont prêts !
Il se tourna vers Diana, très sérieux soudain.
— C’est pour vous. Parce que vous vous mariez. Et parce que vous êtes les meilleurs parents du monde.
Diana sentit sa gorge se serrer.
Elle s’accroupit malgré son peignoir de satin, ouvrit les bras. Liam s’y jeta sans hésiter.
— Une surprise avec tes pigeons ? murmura-t-elle.
Il hocha la tête frénétiquement.
— Oui. Ils vont faire comme dans les histoires. Papa va aimer. Toi aussi.
Angy, remise sur pied, se glisse sous le meuble, récupére le trophé abandonné par les deux furets, puis déclara avec un grand sérieux :
—Maman Sauc’ssiii ?
Guillaume étouffa un rire.
Catherine porta une main à sa bouche, émue.
Edmond, lui, s’appuya contre le mur, épuisé mais souriant.
Le chaos était total.
Et pourtant…
C’était exactement ça, leur famille.
Diana sourit, et arrange la petite robe de sa fille :
" Tu es trop mignonne ma belette..".
Elle prend un talkie et marmonne discretement :
" Serpent ? Qui a commençé à voler les saucisses du buffets ? Ma fille ou les tiennes ?
- La tienne.. Elle a une mauvaise influence sur mes fifilles je trouve. T'inquietes, elles sont avec moi maintenant.
- Liam a prévut d'inviter des pigeons...
- Elles n'en mange pas. Trop de plumes. "
Elle racroche en souriant. Serpent était un détective hors pair. Enfin ses furettes surtout. Officiellement, c'était le nouvel animateur nature pour son association. Association qui servait de couverture à son Agence de détectives.. Qu'elle gérait avec Charles. Victor n'avait toujours rien découvert.
Et quand on parle du loup.. Liam hurle de joie :
" Papy !!" Le commissaire l'embrasse et sourit, moqueur :
" J'ai cru voir passer des furets.. et une belette.." Diana se lève :
" Une sombre histoire de saucisses..". Elle l'embrasse sur la joue et il l'admire :
" Magnifique.. encore plus que d'habitude..". Pas le temps de rougir, un éclat de rire l'en empeche :
" C'est pas trés compliqué de l'embellir, elle est tellement moche, que ça ne peut que être mieux...".
Diana fait la moue :
" Merci Simon... ". Lisa, sa témoin donne un coup de coude à son compagnon :
" Tu es vraiment, le pire grand frère qu'il puisse exister.. ne l'écoute pas mon canard. Tu es parfaite.". Son demi frère l'attire contre lui :
" Bien sur que tu l'es, Chaton... Mais je préfère dire que t'es moche.. Je ne veux pas que tu prennes trop la confiance.
- Tu n'es pas si mal non plus."
La mère de Diana — la vraie — entre à son tour.
Angelina pousse un petit cri et se précipite vers elle.
Elle se jette dans ses bras, manque de trébucher tant son élan est grand.
— Déjà toute décoiffée ? soupire-t-elle en l’embrassant.
Vraiment… tu es exactement comme ta mère au même âge.
Son regard balaie la pièce.
— Alors, vous êtes prêts ?
Simon, tiens-toi droit. Tu es aussi avachi que Diana quand elle était ado.
— Oui, Madame… marmonne-t-il en redressant à peine les épaules.
Elle embrasse Lisa avec une douceur inattendue.
— Toi, en revanche… toujours aussi belle.
Elle récupère Angy, la cale contre elle sans même y penser, puis prend Liam qui lui tend les bras avec fierté.
— Mamie ! J’ai bien préparé la surprise !
— Parfait. Et surtout… motus.
Elle l’observe un instant, plisse les yeux.
Tu as encore cet épi ?!
Elle soupire.
— William doit l’avoir aussi… enfin… sous le képi, ça ne se verra pas.
Elle repose Liam, puis se tourne vers sa fille.
Son visage se ferme légèrement. Elle inspire. Cache tout.
— Tu es bien décidée, alors ?
— Oui.
Un silence. Bref. Chargé.
— Bon… alors tiens.
Elle sort une petite boîte. À l’intérieur, un collier ancien.
— Je le portais quand j’ai épousé ton père.
Ça te portera chance.
On est restés plus de trente ans ensemble, après tout…
Et surtout, on a fait de beaux enfants.
La voix est ferme, presque sèche. Mais les doigts tremblent.
Diana ne tient pas.
Elle se jette à son cou.
— Merci… je t’aime, maman.
— Moi aussi, Poussinette.
Elle s’écarte rapidement, essuie ses yeux comme si une poussière s’y était glissée.
— Je vais vérifier que ton père a bien compris qu’il devait t’emmener à l’église… avec l’autre.
Elle jette un œil à Victor.
— Souriez un peu plus.
C’est un mariage. Pas un enterrement.
Simon ricane.
— Vous savez faire ça, chef… ?
Le commissaire soupire, crispé.
— Évidemment que je sais.
Je me réserve juste pour la cérémonie.
Elle embrasse encore Diana, puis sort.
Catherine et Lisa chassent tous les hommes de la chambre.
Y compris Liam — qui en est extrêmement fier.
— Je suis un man !
Je suis plus un little boy !
Garrel lui tapote la tête.
— Tu seras toujours un Minus…
— C’est toi le Minus !
Ils rejoignent Charles et Alexis, puis William, en train de se faire coiffer par Granny.
— Cesse de bouger enfin !
— Tu me tires les cheveux !
William serre les mâchoires.
Ses mains tremblent légèrement. Il les cache en les glissant dans ses poches.
Liam soupire, très sérieux.
— Dad… Mom va être trop belle.
Tu dois pas lui faire honte.
William rit, nerveux, et l’embrasse.
— Je vais tâcher… d’être digne d’elle.
Victor se sert un verre.
— Tu as plutôt intérêt.
J’espère pour toi que tu n’as pas une ex cachée qui va débarquer.
Hors de question que ce mariage soit gâché.
Granny s’arrête net.
Son peigne suspendu dans l’air.
Elle fronce les sourcils.
Un malaise. Diffus. Inexplicable.
La porte s’ouvre brusquement.
Le père et le beau-père de Diana entrent, l’air affolé.
Ils referment aussitôt.
— Chut ! Elle va nous entendre !
— Je crois qu’on l’a semée…
— Comment j’ai fait pour la supporter trente ans, bon sang ?!
Comment tu fais, toi, maintenant ?
— Instinct de survie.
Il se tourne vers William.
— J’espère pour toi que Diana ne deviendra pas comme sa mère.
Le premier mari de Chantal hausse les épaules.
— Aucun risque.
Elle a pris mon caractère.
Simon éclate de rire.
— C’est censé être rassurant ?
— J’ai un bien meilleur caractère que sa mère.
J’espère pour toi, Charles, que tu ne tiens pas d’elle.
— J’ai bien peur que si…
Alexis acquiesce.
— Oh que oui. Je confirme.
J’utilise la même technique que vous quand il est chiant.
Je me planque.
— Quoi ?!
Liam fronce les sourcils.
— Tonton… t’as dit un gros mot…
— Pardon, mon cœur.
Je mettrai une pièce dans la tirelire.
Le père de Diana s’approche de William.
— Pas trop nerveux ?
William expire, longuement.
— Si.
Très.
J’ai l’impression que mon cœur va sortir de ma poitrine.
— Je suis ravi que tu épouses ma fille.
Sa mère aussi.
Même si elle ne l’avouera jamais.
— Je n’avouerai pas non plus que je l’aime bien…
— Et vous, commissaire ? Prêt à marier notre fille ?
Victor hoche la tête.
— Prêt.
C’est ce que j’espérais pour elle depuis sa libération.
Qu’elle ait enfin sa fin heureuse.
Le prince n’est pas de première jeunesse… mais il a des qualités.
Simon chuchote à Alexis :
— C’est surtout le seul capable de supporter cette tarée…
Charles lui colle une claque derrière la nuque.
— Guillaume, fais-le taire !
— Je ne voudrais pas me salir…
Il se tourne vers Edmond. Fraîchement embauché comme secretaire de Diana.
— Poussin ? Viens.
On va rejoindre Lynx et l’autre avec ses rats.
Une voix froide résonne dans son oreille :
— Ce sont des furets.
Il grimace.
— Je vais en faire des gants, de ces bestioles…
— Et je m’appelle Serpent.
Le secrétaire le suit sans discuter.
Victor soupire.
— Bon… Qui veut un remontant ? L’heure approche et on va en avoir besoin. Diana n’a pas qu’une seule mère…
Granny, restée bien silencieuse jusque-là, acquiesce lentement, l’air soucieux.
— Bonne idée ! Prends un remontant au cas où, Willy…
William relève brusquement la tête.
— Au cas où quoi !?
— Au cas où…
Elle hésite, cherche ses mots.
Ça ne se passe pas comme prévu… Il n’y a pas de raisons, mais… bois quand même.
William la fixe, inquiet.
— Granny ?! Tu sais quelque chose ?!
— Moi ? Non. Je suis juste prévoyante, tu me connais.
Elle tend son verre à Victor pour qu’il le remplisse.
Simon pousse un soupir appuyé.
— Oh non… Elle t’a pas dit… ?
— Dit quoi ?!
— Diana doutait hier… Elle n’est pas très sûre de vouloir un mec en pièce détachée…
Blake lève les yeux au ciel.
— Stupid boy ! J’ai failli y croire !
La porte s’ouvre sur le cousin de Victor.
— Quelqu’un a dit que Diana doutait ? Je vais divorcer de ce pas.
William esquisse un sourire nerveux.
— Tu n’es pas avec elle ?
— J’aurais bien aimé, mais Lisa et Philippine m’ont menacé avec un spray au poivre. Mais j’ai fait la connaissance de sa mère, une femme charmante.
Il ouvre la porte en grand.
— Venez, Chantal ! Je les ai trouvés !
Le père et le beau-père de Diana gémissent en même temps en entendant la voix.
— Ah ben quand même !! Dépêchez-vous de finir de vous préparer !
Elle entre, inspecte la pièce, puis pose les yeux sur son beau-fils.
— Tu as l’air fatigué. Ton enterrement de vie de garçon a été mouvementé ?
— Oh… non. Mais j’ai mal dormi.
— Hum… Tu étais peut-être trop excité pour bien dormir.
Elle le regarde d’un air suspicieux. William soupire.
— Non… Il n’y avait pas de strip-teaseuse à la soirée. Je n’étais pas trop “excité”. Pas dans ce sens-là en tout cas.
Garrel acquiesce aussitôt.
— Je confirme, pas de strip-teaseuse. J’ai veillé personnellement à ce que les serveuses ne l’approchent pas.
Elle fait exactement la même moue que sa fille.
— Hum. La solidarité masculine, je connais.
— Promis. Par contre, Alexis s’est déshabillé à la soirée du chaton.
Elle ouvre de grands yeux. Alex se hâte d’ajouter :
— J’ai juste enlevé le haut. Elle m’a renversé son verre sur mon t-shirt.
— J’espère bien. Manquerait plus que mes deux enfants soient avec des infidèles.
Charles rougit légèrement.
— Ne t’inquiète pas, personne n’a trompé personne dans cette pièce. Tu devrais aller voir si Roussy a terminé de se préparer.
Simon chuchote :
— Sauf le chef…
Elle secoue la tête en regardant le commissaire.
— Quand je pense que Charles m’avait dit que vous étiez un homme à la moralité exemplaire… J’espère que vous ne montrez pas le mauvais exemple à ma fille et à mes petits-enfants ?
Garrel s’étouffe de rire.
Elle prend Liam par la main.
— Viens, chéri. Allons voir si ta surprise va bien.
— Oh yes !
— Vous deux ! Vous venez aussi !
Granny ajoute en attrapant son sac :
— Je vous suis, je vais voir si la sécurité est bien au point. Il vaut mieux être sûr.
La porte se referme sur eux.
Vincente sourit à Victor, moqueur.
— J’adore cette femme. Tellement plus amusante que la mère de Philippine.
Le comte lève les yeux au ciel.
— Autant Diana me fait rire avec ses sous-entendus, autant sa mère est à deux doigts de me vexer.
Blake acquiesce.
— Yes. Elle fait souvent cet effet-là. J’ai l’impression que Granny me cache quelque chose.
Alex hausse les épaules en terminant de lui nouer sa cravate.
— T’inquiète pas. Elle est sûrement émue.
Simon s’affale dans un fauteuil.
— Ou peut-être qu’elle sent que c’est la fin…
— Oh my God…
L’avocat fusille le lieutenant du regard.
— Mais tu es horrible enfin !
— Réaliste. Bon, t’es prêt, Cap’taine ? L’heure tourne, et pas que pour ta grand-mère. Tu dois être à 10h45 pile devant l’autel. Et il est 40.
— WHAT !?!
Victor soupire.
— Il n’est que 15, ne l’écoute pas. Mais il vaut mieux y aller en avance. Je vais rejoindre Diana.
Victor frappe et entre en même temps que le vrai père de Diana.
Elle termine d’enfiler sa robe.
Victor se contente de sourire, laisse le père parler en premier.
— Tu es magnifique…Mon dernier bébé qui se marie.
Ça me fait quelque chose.
— Ne pleure pas, hein…
Sinon je vais pleurer aussi.
Et Simon va se moquer de moi.
Victor embrasse sa main.
— Simon est tout aussi ému.
Il est juste trop pudique pour dire que tu es éblouissante.
Angelina mord Victor au mollet.
Il la prend dans ses bras.
— Aussi éblouissante que ta mère, petit démon.
— Il faut rejoindre Liam et Aliénor, ma belette.
Catherine embrasse Diana.
— Je l’emmène.
Je suis si heureuse, ma chérie.
C’est aussi le plus beau jour de ma vie.
Son mari toussote.
— Oups…
Elle embrasse encore Diana.
— Ne sois pas nerveuse.
Tout sera parfait.
Rien ne gâchera cette cérémonie.
Philippine acquiesce.
— Sécurité maximale. Tes gars sont prets. Surtout celui avec ses bestioles.
— Serpent. C’est sa première vraie mission.
Il a brillamment réussi son test.
Victor lui lance un regard noir.
Il se souvient très bien de ce test.
Victor soutient le regard de Diana un peu trop longtemps, et le souvenir le traverse, bref mais précis : le piège qu’il avait tendu à l’agence Double D, convaincu qu’un détective viendrait fouiller son bureau au commissariat, l’attente de l’alarme… et celle qui avait hurlé à la place, au manoir, dans le bureau de Diana. L’intrusion, les gardes, le jeune homme à l’allure geek assis calmement comme s’il attendait, aussitôt plaqué, attaché, bâillonné, puis interrogé durement par Victor jusqu’à ce que Diana déboule, furieuse, pour leur apprendre que c’était son nouvel employé. Le lendemain, au commissariat, un bout de papier l’attendait sur son bureau : « L’agence Double D vous salue » — et il avait compris que son ordinateur avait été piraté. Il en avait encore des envies de meurtres ! Cette f****e agence était trop forte !
" C’est le dernier que tu embauches.
— Vous êtes juste jaloux.
Je vous le prêterai peut-être.
— Qu’il reste loin de mon bureau. Et ses bestioles loin de mon lit.
Il caresse la joue de Diana.
— Allons-y, mon ange.
Il est temps de dire oui à ton beau capitaine.
- Ne me dites pas ce que je dois faire..
Il rit devant son air faussement boudeur.
La voiture s’arrête enfin.
Jeff descend le premier, ouvre la portière avec ce mélange de retenue et de protection qu’il a toujours eu pour elle. Diana prend sa main. Une seconde. Juste une. Le temps de respirer. Puis elle sort.
L’église est là. Réelle. Trop réelle.
Elle entre, soutenue par ses deux pères, précédée par Liam et Angelina. Liam avance fièrement, concentré, tenant la main d'Alienor. Cette adulte encore un peu enfant. Consciente de l’importance du moment.
Tandis qu’Angelina traîne un peu, distraite, ses petites jambes étaient un peu courtes pour suivre le rythme. Sa main solidement tenue par Tom, le neveu de William.
Les portes se referment doucement derrière eux.
La musique s’élève.
Au bout de l’allée, William se tient droit. Trop droit. Il résiste de toutes ses forces à l’envie de se retourner. Ses mains sont crispées, son souffle court. Alex et Vincente sont à ses côtés, solides, présents. Juste de l'autre côté, Lisa et Philippine. Les témoins de Diana. Lisa se penche légèrement vers lui, murmure quelque chose à son oreille, puis lui montre discrètement son spray au poivre avec un sourire sans équivoque.
Tu as intérêt à pleurer.
William déglutit.
Diana avance.
Elle voit les visages qu’elle connaît. Seulement ceux-là.
Catherine, les yeux brillants.
Sa mère, droite, digne, l’émotion contenue derrière un masque sévère.
Ses sœurs. Ses neveux et nièces. Trop grands désormais pour être des enfants d'honneurs. Ils auraient eu hontes.
Charles.
Simon.
Simon essuie discrètement une larme. Charles le remarque, se penche vers lui, sourire moqueur aux lèvres. Murmure quelque chose. Simon lui adresse un regard noir, incapable de répondre. Diana esquisse un sourire, à peine, sans rompre sa concentration.
Même Fenrir est là, un nœud papillon autour du cou, assis sagement près de Lynx et Guillaume qui surveille la chapelle avec un sérieux absolu. Serpent derrière eux, dans l'ombre. Casque sur les oreilles. Ses furets surement pas loin.
Elle ne regarde pas plus loin. Elle n’a pas besoin.
Le reste n’existe pas.
Arrivée derrière William, Victor s’arrête. Il lui embrasse la main, un geste sobre, chargé de fierté et d’émotion contenue, puis se retire. Pour une fois. Tout se passerait bien pour sa protégée.
C’est son vrai père qui s’approche alors, qui la guide d’un dernier pas, qui la “donne”.
William se retourne enfin.
Et tout le frappe d’un coup.
Sa Foxy est là.
Presque irréelle. Presque divine. Son voile. Sa couronne de fleurs. Sa robe.
Avec ce petit air malicieux qu’il aime tant.
Ce regard de renard rusé, tendre et dangereux à la fois.
La femme qu’il aime. L'ancienne auxiliaire de vie maladroite et timide. Celle qu’il avait crue perdue. Celle qui lui avait tout pardonné. La fille rebelle et écolo. La femme forte et courageuse. La mère de ses enfants.
Ses yeux piquent. Sa gorge se serre.
Il oublie l’église. Les invités. Le monde. La menace de Lisa.
Il ne voit plus qu’elle.
Elle ne voit plus que lui.
Le lieutenant trop sur de lui. Insuportable. Le capitaine. Le héros. Son uniforme le rendait bien trop sexy.
Une fois chacun à sa place, le silence retombe peu à peu dans la chapelle.
Alex s’installe à côté de Charles, Lisa glisse vers Simon, Vincente et Philippine prennent place près de la vraie mère de Diana. Catherine s’assied aux côtés de Victor. Angelina et Liam s’installent avec Aliénor et Tom, étonnamment sages.
Les deux prêtres — l’un anglican, l’autre protestant — s’avancent et commencent les sermons. Ils parlent d’amour, de fidélité, de choix renouvelé chaque jour. Les mots flottent, solennels.
Vincente se penche vers la mère de Diana et chuchote :
— Pour être honnête, j’aurais préféré qu’elle m’épouse, moi… mais bon. William n’est pas si mal.
Elle esquisse un sourire, résignée.
— J’ai déjà eu assez de mal à m’habituer à celui-là. Ce n’est pas pour changer de gendre maintenant.
Ils se redressent juste au moment où les prêtres invitent enfin les mariés à se dire oui.
Les deux amoureux sont fébriles. Dire oui, à la mairie, ce n'est pas autant chargé en émotions. C'est plus solannel. Plus.. Sérieux.
Une voix s’élève alors, claire, tranchante :
— Je n’accepte pas ce mariage !!
Le silence devient brutal, presque lourd.
Tous les regards se tournent vers Vincente et la mère biologique de Diana. Gros yeux et sourcils froncés.
— Mais enfin, ce n’est pas nous ! s’indigne aussitôt cette dernière.
Granny, elle, blêmit. Littéralement.
William le remarque. Son cœur se serre.
Une femme s’avance depuis le fond de l’allée.
Elle n’a pas le temps d’aller bien loin.
Angelina lui passe entre les jambes à toute vitesse, poursuivant Fenrir, qui lui-même poursuit… les furets. Le tout forme un raz-de-marée vivant qui traverse la chapelle.
— DES RATS !! hurle la femme, paniquée.
— C’est des furets ! répond une voix agacée.
Diana relève sa robe, attrape Angelina au vol et s’avance d’un pas décidé vers l’intruse. Elle ne voit pas Angy récupérer la bombe de spray au poivre que Lisa venait tout juste de sortir.
Diana pointe un doigt menaçant.
— Écoute ma grande ! Si t'es une ex de William, t'arrives trop tard. On a deux enfants, il n’a plus qu’une jambe, et il est à moi ! Je ne compte pas le laisser partir ! Et la mairie était hier ! C'est trop tard ! Fallait te réveiller !
La femme ouvre la bouche.
Un nuage de spray au poivre l’engloutit avant qu'elle ne puisse répondre. Le rire d' Angelina résonne dans les airs :
" Pshiiit ! Pshiiit !! Pshiiiiiit! ".
Avant que la femme ne puisse réagir, Guillaume et Lynx surgissent, efficaces, rapides. Sac sur la tête, menottes dans le dos. Exfiltration express, comme un raid parfaitement huilé.
La porte se referme.
Le silence retombe dans la chapelle. Seulement perturbé par les
" Pshiiiiit ! Pshiiiiit !" de la fillette.
Diana redresse la tête. Reajuste sa couronne de fleurs. Embrasse sa fille. Et tourne les talons, faisant voltiger sa robe.
Victor sourit à Catherine et murmure :
— Ça, c’est la fifille à son papa.
Diana revient à côté de William, lui sourit, calme, lumineuse.
— On peut reprendre.
Blake, lui, fixe Granny, inquiet, et lâche d’une voix qui résonne dans la chapelle :
— Mom ?
Sa grand mère soupire. Pas assez faiblement, car tout le monde entend clairement.
- Ho shit..