Une fois la nuit tombée, nous envahissons le campement avec la plus grande discrétion, neutralisant silencieusement chaque homme croisé avant qu'il n'ait le temps de donner l'alerte. Le premier campement est maîtrisé sans réelle résistance, en un rien de temps. Je ne doute pas qu'il en soit de même dans le second. Les prisonniers, attachés et placés au centre du camp, sont encerclés par quelques-uns de mes hommes. Je donne l'ordre de fouiller les tentes, au cas où d'autres ennemis s'y dissimulaient.
— Votre Altesse, m'interpelle l'un de mes soldats.
Je tourne la tête vers lui, le visage dissimulé sous mon keffieh. Il presse le pas pour me rejoindre, puis s'incline avec respect.
— Le sauvetage s'est bien déroulé. Le Sultan et sa garde ont été retrouvés dans le second campement. Ils sont en route pour le palais.
— Très bien. Nous levons le camp.
— Bien, mon prince, dit-il en s'inclinant de nouveau.
J'enfourche ma monture et prends la tête du convoi. Je me force à garder une allure mesurée, bien que tout en moi veuille galoper vers le palais. Je n'ai pas eu le courage de demander dans quel état ils se trouvent, mais je ne cesse de prier pour qu'aucun d'entre eux ne soit gravement blessé. Le trajet me semble interminable. Les prisonniers, contraints de marcher, ralentissent notre progression, et ma patience est mise à rude épreuve. Après plusieurs heures, nous atteignons enfin les portes du palais. Les gardes nous ouvrent sans attendre. J'ordonne immédiatement que les prisonniers soient conduits aux cachots, puis je me dirige d'un pas rapide vers l'intérieur.
À peine ai-je franchi le seuil du hall que Soraya se jette dans mes bras. Je dépose un b****r sur son front à travers mon keffieh.
— Je savais que tu réussirais ! s'écrie-t-elle, submergée par les sanglots de joie.
— Et comment va-t-il ?
— Je l'ignore... Ils l'ont conduit directement dans ses appartements, et le médecin est arrivé aussitôt.
— Je vois... Ne t'inquiète pas, ma petite rose des vents, dis-je en caressant doucement sa joue pour essuyer ses larmes.
Je déteste la voir pleurer. Elle mérite de sourire tous les jours.
— Hé, tout ira bien, c'est promis. D'accord ?
Elle hoche lentement la tête, mes mains toujours posées contre ses joues, et m'offre un sourire timide. Ses yeux sont rougis, gonflés par l'émotion.
— Amir ?
Je lève les yeux vers Amed, posté en bas de l'escalier. Il s'est déjà changé.
— Le médecin a terminé, m'annonce-t-il.
— J'arrive.
— Vas-y, m'encourage Soraya avec un sourire doux.
— Je reviens.
Je grimpe rapidement les marches, suivi de près par Amed. Devant la porte de la chambre de mon père se tient le médecin de famille, une mallette à la main. Il n'a pas beaucoup changé depuis la dernière fois que je l'ai vu, hormis quelques rides supplémentaires. Je lui tends la main, qu'il serre avec chaleur. Depuis mon enfance, il est toujours resté à nos côtés. Il fait presque partie de la famille.
— Bonjour, prince Amir.
— Bonjour, Izid. Comment va mon père ?
— Notre Sultan est résistant, ne vous en faites pas. Il souffre seulement de fatigue et de quelques égratignures, rien d'inquiétant.
— Vous en êtes certain ?
— Je suis médecin, n'est-ce pas ? Vous pouvez me faire confiance, dit-il en posant une main rassurante sur mon épaule.
— Je vous fais confiance, Izid.
— Il aura besoin de repos. Je lui prescrirai des calmants, des vitamines et une pommade pour les hématomes.
J'acquiesce. Il me sourit une dernière fois, puis s'éloigne en compagnie d'Amed. Une fois seul, je prends une grande inspiration et ouvre lentement la porte. La pièce est paisible, plongée dans une lumière tamisée. Les rideaux ont été tirés. Mon père repose, allongé sur son lit. Il s'est endormi. Je m'approche à pas feutrés, constate son souffle régulier, puis éteins la lampe de chevet avant de quitter la pièce en silence. Je devrais moi aussi me reposer. Demain sera une journée décisive. Il nous faudra statuer sur le sort des prisonniers, décider de la manière dont nous annoncerons le retour du Sultan au peuple... Et surtout, régler définitivement le cas des traîtres.