Pur sang

571 Mots
Une main en visière pour me protéger du soleil, l'autre posée sur la barre de la balustrade, je me penche légèrement, tentant d'apercevoir ce qui trouble l'horizon. En vain. Ce n'est qu'un nuage dense de poussière et de sable balayé par le vent. Puis soudain, une silhouette se dessine. Un cavalier. Je retiens instinctivement ma respiration. D'autres hommes émergent de la brume dorée, tous vêtus de la même manière. Pourtant, mon regard est irrésistiblement attiré par celui qui mène le convoi. Vêtu intégralement de noir, il porte une tenue de combat et un keffieh qui dissimule tout son visage, à l'exception de ses yeux. Des yeux que l'on devine sombres et perçants. Mon regard glisse sur sa monture : un pur-sang arabe d'un noir profond, aussi majestueux qu'intimidant, à l'image de son cavalier. Les lourdes portes arrière du palais, donnant sur le désert, s'ouvrent lentement. Le convoi ralentit à mesure qu'il pénètre dans la cour. Je ne le quitte pas des yeux. D'un bond souple, il descend de cheval et effleure l'encolure de l'animal avec tendresse, avant de le confier à un palefrenier. Dos à moi, il échange quelques mots en arabe avec ses hommes, qui aussitôt se dispersent. Puis, alors qu'il s'apprête à entrer dans le palais, il s'arrête brusquement... et lève les yeux vers la fenêtre de la bibliothèque. Nos regards se croisent. Mon cœur s'emballe. Je sens mes joues s'enflammer. Un vertige m'envahit. Mes mains se crispent sur la balustrade pour ne pas vaciller. Il fait terriblement chaud. D'un geste incertain, je porte une main tremblante à mon front : il est brûlant. Ma vision se brouille. Mes jambes me trahissent. Je m'effondre. Avant que tout ne s'éteigne, j'entends faiblement une voix crier mon prénom. Lorsque je reprends conscience, tout est flou. La lumière m'agresse. Ma tête me lance douloureusement, m'arrachant un gémissement. Paniquée, je tente de me redresser, mais une main ferme m'en empêche. — Ne bouge pas. Tu dois te reposer, ordonne une voix fermement, mais aussi apaisante. Aussitôt, mon corps se détend. Cette voix... Mon esprit l'a reconnue avant moi. Mes paupières me semblent lourdes comme du plomb, et chaque tentative d'ouvrir les yeux me demande un effort immense. Ma gorge est sèche et ma langue pâteuse. Les mots peinent à franchir mes lèvres. — J'ai... Ma... — Tu as mal ? Tu veux quelque chose ? demande la voix, soudain inquiète. — De... l'eau... — D'accord. Attends une seconde. Peu après, une main soutient délicatement ma nuque, soulevant ma tête. Mes lèvres rencontrent le métal frais d'une gourde. Je bois des petites gorgées. Un doigt essuie doucement une goutte échappée sur mon menton. Une chaleur douce se diffuse en moi, calmant mes frissons. Ma tête retrouve l'oreiller. Une autre voix s'élève dans la pièce. — Êtes-vous certain que ce n'est rien de grave ? — Oui, rassure une voix plus âgée. Ce n'est qu'une insolation, Altesse. Elle a besoin de repos, de boire beaucoup d'eau... et d'une meilleure alimentation. C'est son poids qui m'inquiète davantage. Il est anormalement bas pour sa taille. Je cligne des yeux à plusieurs reprises, tentant d'apercevoir les visages autour de moi. En vain. La fatigue m'envahit de nouveau. Les voix deviennent lointaines, comme à travers un voile. Je tente de lutter contre le sommeil... en vain. Juste avant de sombrer, je sens une main se poser brièvement sur mon front et le son discret d'une porte qui se referme.
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