19 juin Saint-GervaisPar chez nous, on ne sait pas trop comment tout ça est arrivé. Il a été quelqu’un autrefois, il n’y a pas si longtemps, de fait, quand on y pense. Il était tout jeune alors, mais déjà connu dans la région comme un patron sérieux, un innovateur doué, un concepteur visionnaire. « Un sacré bosseur, le Didier », disaient les gens. On bénissait son nom dans toutes les fermes laitières du département qu’il avait eu l’audacieuse intuition d’organiser en réseau pour faire levier sur les aides européennes de la PAC. Le lait, c’était toute sa vie. Rien ne l’émouvait davantage qu’une bonne grosse Prim’Holstein au pelage blanc et noir et aux mamelles gonflées, une solide Montbéliarde à la robe pie rouge, une Normande docile aux panachures blondes. Il pouvait presque reconnaître,


