chapitre 5

817 Mots
Le lendemain matin, Amina se réveilla après une nuit presque sans sommeil. Les paroles de Baye Ndiaga résonnaient encore dans son esprit. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à Samba, à leur vie ensemble, à ses promesses de protection et de bonheur. Baye Ndiaga prétendait vouloir honorer ces promesses, mais son offre ne faisait qu’intensifier la douleur de sa perte. En sortant dans la cour, elle trouva sa mère occupée à tamiser du mil. Yama jouait non loin, insouciante, ses rires éclairant un instant la lourdeur ambiante. Sa mère leva les yeux vers elle, inquiète. Sa mère : — Tu n’as pas beaucoup dormi. Amina s’assit près d’elle, luttant contre les larmes. Amina : — Maman, si je refuse, est-ce que la belle-famille nous tournera le dos ? Sa mère posa doucement le tamis, réfléchissant. Sa mère : — Peut-être. Mais cela ne doit pas guider ton choix. Tu as le droit de dire non, Amina. Samba n’aurait jamais voulu que tu sois contrainte à un tel mariage. Le regard d’Amina se perdit dans le vide. Elle se rappelait encore le jour où Samba avait tenu Yama pour la première fois. La tendresse dans ses yeux, l’amour dans ses gestes. Comment Baye Ndiaga pouvait-il espérer prendre sa place ? ---Les jours passèrent, et le sujet du mariage proposé par Baye Ndiaga devint la principale rumeur du village. Chaque coin de rue, chaque réunion de femmes au puits, tout semblait tourner autour d’Amina et de sa décision. Un soir, alors qu’elle revenait du marché, elle surprit une conversation entre deux femmes : Femme 1 : — Elle ferait mieux d’accepter. Qui refuserait un homme comme Baye Ndiaga ? Femme 2 : — Mais elle vient juste de perdre son mari ! Et puis, être quatrième épouse, ce n’est pas une vie ! Amina accéléra le pas, le cœur lourd. Chaque mot qu’elle entendait la ramenait à son propre conflit intérieur. ---Abdoulaye, quant à lui, en apprit la nouvelle à travers les récits de son cousin, qui était passé dans le village d'Amina. Cousin : — Tu sais, Baye Ndiaga a demandé la main d’Amina. Abdoulaye, en train de feuilleter des papiers dans son bureau, s’arrêta net. Abdoulaye : — Amina ? Cousin : — Oui. Elle termine bientôt son veuvage. Sa belle-famille veut qu’elle épouse Baye Ndiaga, le frère du défunt Samba. Abdoulaye resta silencieux, son cœur battant plus vite. Il imaginait Amina dans sa douleur, confrontée à une décision aussi lourde. Il se leva brusquement, traversant la pièce. Cousin : — Pourquoi ça t’intéresse autant ? Abdoulaye (après un moment) : — Aucun intérêt particulier. Mais ses pensées étaient ailleurs. Il revoyait le visage d'Amina, ses yeux abattus le jour des condoléances, et imaginait la pression qu'elle devait subir. ---Amina, de son côté, essayait de trouver un moment de répit, mais la tension ne faisait qu’augmenter. Chaque visite de la belle-famille la plongeait davantage dans l’angoisse. Un soir, alors qu’elle était assise sous le grand manguier de la cour familiale, sa mère s’approcha avec une calebasse de lait chaud. Sa mère : — Ma fille, tu sembles si perdue ces derniers jours. Tu dois parler. Amina regarda le ciel étoilé, les larmes au bord des yeux. Amina : — Maman, je me sens piégée. Si je refuse, je crains que la belle-famille nous tourne le dos, qu’ils me prennent même Yama. Mais si j’accepte, ce sera comme trahir tout ce que j’ai vécu avec Samba. Sa mère posa doucement une main sur son épaule. Sa mère : — Ta décision ne sera pas facile, ma fille. Mais rappelle-toi que Samba t’aimait profondément. Ce n’est pas à Baye Ndiaga de continuer cette histoire. Amina hocha la tête, mais le poids de sa situation ne diminuait pas. ---Amina avait longuement réfléchi. Sa décision était ferme. Elle ne se remarierait pas avec Baye Ndiaga, ni avec personne d’autre. Samba serait qu’elle aura dans sa vie, et même si la douleur de son absence était encore vive, elle voulait honorer leur mémoire en restant fidèle à leur histoire. Un matin, alors qu’elle rangeait ses affaires pour retourner dans la maison que Samba avait construite pour elle, une voisine essoufflée arriva à la cour. Voisine : — Amina ! Amina ! Amina (se tournant, surprise) : — Que se passe-t-il, Khady ? Khady (entre deux respirations) : — La maison… La maison que Samba avait construite pour toi… Elle a été vendue. Amina resta figée, le pagne qu’elle pliait glissant de ses mains. Amina (choquée) : — Vendue ? Impossible ! Cette maison est à moi. Samba l’a achetée pour Yama et moi. Khady posa une main sur son bras, le visage grave. Khady : — Je viens d’apprendre ça. On dit que Baye Ndiaga a vendu la maison hier. Le cœur d’Amina s’emballa. Sans attendre, elle posa son pagne et se précipita vers la maison familiale où se trouvait Baye Ndiaga.
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