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1570 Mots
Amberly Amberly… Je me retourne, entourée par la pénombre nocturne. Une silhouette file à toute vitesse attirant mon attention. Je lui cours après. Mon cœur tape dans ma cage thoracique comme s’il allait bondir hors de ma poitrine. La respiration haletante, je regarde tout autour de moi. Amberly… — Qui est là ? je demande. Un coup de vent soulève mes cheveux. La chair de poule me saisit tandis que je fais un tour sur moi-même. Mon regard se pose sur un homme aux cheveux mi-longs, d’un blond soyeux assorti à sa barbe épaisse. Ses yeux rieurs d’un bleu océan sont rivés sur moi. Une somptueuse couronne de sacre ancienne trône sur le sommet de son crâne. — Viens. D’un geste de la main, il m’invite à le suivre. Intriguée, je m’assure à ce que personne ne nous aperçoive et m’exécute. Nous regagnons un petit jardin aux arcades ornées de roseraies de toutes les couleurs. Au centre se trouve un rocher dans lequel une épée semble profondément fichée. Je m’approche, tends la main. Hésitante, je jette un coup d’œil furtif par-dessus mon épaule en direction de l’inconnu qui m’adresse un signe de tête encourageant. Je referme les doigts sur le pommeau froid et tire. La roche s’ébranle dans un grondement sourd. L’épée étincelle de mille feux. Une puissante lumière émane d’elle. — Merlin ! s’exclame l’homme derrière moi. (Je tressaute.) Bon sang, où est-il passé encore. MERLIN ! L’homme retourne à l’intérieur me laissant seule dans les jardins. Confuse, je baisse les yeux sur l’impressionnante arme entre mes mains et la remets dans la pierre. Une voix, cette fois-ci féminine, résonne dans le lointain : Ti yw'r un a ddewiswyd. Tu es l’Elue. ** Je me réveille en sursaut, trempée de sueur. La porte de ma chambre s’ouvre sur une Blaire souriante. — Buongiorno, Vostra Altezza. (Elle s’arrête face à mon lit.) Vous êtes attendue pour le petit-déjeuner. Sans plus de cérémonie elle ouvre les rideaux et regagne la salle de bain où je la suis d’un pas lourd. Je me dévêts pendant qu’elle me fait couler un bain aromatisé à la praline rose. L’esprit encore brumeux, je prends appuie sur sa main et me glisse dans l’eau. Ma servante s’agenouille derrière moi avec tout un arsenal d’huiles pour mes cheveux. Après une nuit plus que mouvementée, je me sens renaître. — Vos malles sont arrivées tôt ce matin. Un soupir de soulagement m’échappe en entendant ses mots. — Enfin ! Je sors de la baignoire. Blaire me sèche les cheveux qu’elle coiffe en plusieurs couronnes tressées qui retombent délicatement contre ma nuque, puis elle me maquille avec subtilité. Satisfaite, elle me reconduit dans ma chambre. J’enfile un peignoir et ouvre la première malle de laquelle j’extirpe une tenue au hasard : une robe d’un bleu pur cristallin, ornée de petites pierres assorties et de dentelle blanche. Les manches courtes ont été cousues de manière à laisser paraître les épaules. Le cœur en liesse, je me prépare à la revêtir. — Pas sans corset, me rappelle ma servante. Je me tourne dos à elle, bras levés. — Pensavo che avresti dimenticato, je marmonne tandis qu’elle me passe le corset. Elle rit. De ses doigts habiles, elle tire fermement sur les lacets. Mon souffle se coupe à chaque serrement. N’y tenant plus, j’attrape un jupon dans lequel je me glisse avant de passer la robe dont elle boutonne le haut dans mon dos. Chose faite, je chausse une paire de souliers à la va vite, puis regagne la pièce commune. Ma mère et ma sœur m’attendent parées de quelques-uns de leurs plus beaux atours. — Où est papa ? je demande. Ma mère se redresse de toute sa hauteur, l’air grave. Mon ventre se noue instantanément face à son expression. — Il vient de partir à l’instant. Je lui lance un regard noir : — Dannazione, mamma ! Je me précipite dans les couloirs. Gardes et domestiques s’inclinent sur mon passage. Je dévale les escaliers. En un rien de temps, j’arrive dans le grand hall par lequel nous sommes entrés à notre arrivée. Quelques courtisans murmurent entre eux, outrés ou mesquinement amusés. Je les ignore, bien trop obnubilée par mon père en train de discuter avec nul autre que Kyle. Le regard de ce dernier ne tarde pas à croiser le mien. Les mains moites, je prends une inspiration et relâche mes muscles. Mon père se tourne vers moi. Conscient que nous ne sommes pas seuls, Kyle s’incline dans une profonde révérence, comme si de rien n’était. — Votre Altesse. J’incline la tête : — Monsieur Woodwork. — Je vous laisse avec votre père. (Puis, du bout des lèvres, il ajoute :) Nous nous verrons plus tard. Il m’effleure discrètement la main et s’éloigne. Je tombe dans les bras de mon père qui me serre fort contre lui. — Ce n’est pas de gaieté de cœur que je vous laisse ta sœur et toi, mais ton obstinée de mère est incapable de se détacher de ses idées de grandeur. (Il resserre son étreinte.) Sois prudente, veille sur ta sœur. De mon côté je vais essayer de trouver des preuves, des contacts. (Il m’embrasse le front, puis dans un murmure, il ajoute :) Ne fais confiance à personne, sauf à Kyle. Il se dégage de notre étreinte et, sans me laisser le temps d’assimiler ses mots, quitte le palais. Mon cœur se serre tandis que je le regarde disparaître à l’intérieur de la limousine. Du coin de l’œil, j’aperçois Aydan. Mon cousin s’arrête à mes côtés, les bras croisés dans le dos. — Mon frère et moi-même sommes invités par nos cousins au Manoir d’Abbotsford, pour un anniversaire, dit-il. Il est prévu que nous partions après le petit-déjeuner et que nous rentrions en toute fin de soirée. Nous aimerions beaucoup que votre sœur et vous-même nous accompagniez. — Altesse… — S’il vous plaît. Je lève les yeux vers lui. Mon regard hésitant jongle entre son visage et l’extérieur où la voiture de mon père a laissé place à la neige. Un instant, j’envisage de décliner l’invitation. Aux vues de la situation, je ne souhaite rien d’autre que de passer la journée tranquillement dans ma chambre avec un bon livre. Mais, connaissant ma mère et sa cousine, je crains que cela ne soit impossible. — Nous allons bien nous amuser, m’assure Aydan. Je soupire : — Si ma sœur est d’accord, alors j’en suis. Une lueur joyeuse illumine son visage. — Dans ce cas… Il m’offre son bras. En jeune fille bien élevée, je glisse ma main autour tâchant de lui renvoyer son sourire. Un frisson me parcourt la colonne vertébrale au contact de ses muscles qui roulent sous mes doigts. Le cœur battant, je le laisse m’escorter jusqu’à la salle à manger. * Une heure plus tard, nous prenons congé de nos mères et nous mettons en route pour la gare. Deux valets, Dougal et Trevor, ainsi que deux servantes, Moira et Nora, nous accompagnent pour la journée. Bien installées dans le wagon qui nous est réservé, Elena et moi troquons nos tenues pour des peignoirs de soie tout doux. — J’ai demandé à ce que nous soyons identiques aujourd’hui, m’annonce ma sœur une lueur complice dans le regard. — Comme la fois où nous nous étions déguisées en pirates au grand désarroi de maman ? Elle s’esclaffe. — On peut dire ça comme ça. Sauf que cette fois-ci nous serons plus féminines et plus sexy. Je lui jette un coup d’œil suspicieux auquel elle répond d’un clin d’œil avant de rejeter la tête en arrière. Je l’imite, malgré le sentiment d’appréhension qui s’empare de moi à l’idée de ce qu’elle a bien pu inventer. Derrière nous, Moira et Nora s’attèlent à notre coiffure et notre maquillage. Profitant de ce moment, je me concentre sur ma respiration, le bruit des brosses, des fers à boucler, et même la sensation des pinceaux de maquillage sur mon visage. Lorsqu’arrive le moment pour nous de revêtir nos robes, ma sœur m’intime de fermer les yeux. Face à moi, Nora me passe le bout de soie et m’aide à enfiler une paire de sandales lacées à petits talons. J’entrouvre les paupières, la curiosité piquée au vif. — Encore un peu de patience…C’est bon. J’ouvre les yeux et lâche un cri surpris. Le cœur battant, je fais un tour sur moi-même. Les robes choisies par ma sœur sont d’un rose pâle légèrement brillant assorti aux douces couleurs de notre maquillage. Le haut se compose d’un dos nu découpé sur les côtés et rattaché au jupon par des boucles dorées qui laissent peu de place à l’imagination. Ma sœur me rejoint, sourire aux lèvres : — Alors ? Je me tourne vers elle, mi-amusée mi-horrifiée. — Tu avais dit sexy, pas presque à poil. (Elle lève les yeux au ciel. Mes mains effleurent les parties visibles de mon corps.) J’ai l’impression d’être une prostituée en devenir, je grommelle entre mes dents. — Mais non, rit-elle, tu es… — Absolument ravissante. Je tressaute. Aydan se joint à nous, son frère sur les talons. Tous deux sont vêtus d’une chemise noire rentrée dans un pantalon moulant, ainsi que d’une paire de mocassins. Le train s’arrête. Les voix des gardes résonnent au dehors. Aydan m’offre sa main, son regard ancré au mien : — Prête ? Je prends une inspiration et acquiesce : — Prête. ** ** ** ** **
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