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L'Imposture

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Pernichon, chrétien médiocre, folliculaire ambitieux, s"entretient avec l"abbé Cénabre. Chanoine admiré, celui-ci est un être supérieur sur le plan de l"intelligence - mais dévoré par l"orgueil et l"hypocrisie, il ne croit plus depuis longtemps. Dans un geste satanique, il appelle en pleine nuit l"humble abbé Chevance, ancien curé, destitué, de Costerel-sur-Meuse. Il prétend vouloir se confesser, en fait il souhaite se moquer de cet être fragile dont la pureté l"inquiète. À la suite de leur entrevue, il tente de se suicider, mais en vain: son revolver s"enraye...

Ce roman composé de plusieurs fragments indépendants, sans intrigue véritablement construite, met principalement en scène deux personnages résolument opposés, Cénabre et Chevance, le noir et le blanc, ainsi que Chantal, la pure et mystique jeunne fille, qui prendra une grande importance dans le second opus de ce dyptique, La joie. Il nous propose aussi une galerie de portraits traités par Bernanos avec une magistrale ironie. Un drame spirituel unique se joue: celui d"un prêtre et peut-être aussi de toute une société qui a perdu ou qui n"a jamais connu la foi...

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PREMIÈRE PARTIE-1
PREMIÈRE PARTIE Mon cher enfant, dit l’abbé Cénabre, de sa belle voix lente et grave, un certain attachement aux biens de ce monde est légitime, et leur défense contre les entreprises d’autrui, dans les limites de la justice, me semble un devoir autant qu’un droit. Néanmoins, il convient d’agir avec prudence, discrétion, discernement… La vie chrétienne dans le siècle est toute proportion, toute mesure : un équilibre… On ne résiste guère à ces violences selon la nature, mais nous pouvons en régler le cours avec beaucoup de patience et d’application… Ne défendons que l’indispensable, sans prévention contre personne. À ce prix notre cœur gardera la paix, ou la retrouvera s’il l’a perdue. – Je vous remercie, dit alors M. Pernichon, avec l’accent d’une émotion sincère. La lutte pour les idées nous échauffe parfois, je l’avoue. Mais l’exemple de votre vie et de votre pensée est un grand réconfort pour moi. (Il parlait ainsi la bouche encore tirée par une grimace convulsive, qui faisait trembler sa barbe.) – J’accorde, reprit-il, que le rapport annuel eût pu être confié à un autre que moi. Il y a des confrères plus qualifiés. Par exemple, j’aurais cédé volontiers la place au vénérable doyen de la presse catholique, s’il n’avait décliné dès le premier jour un honneur qui lui revenait de droit… Pouvions-nous réellement supposer que l’effacement volontaire du vieux lutteur aurait cette conséquence d’élever un Larnaudin sur le pavois ? Son regard exprimait une véritable détresse, l’anxiété d’une douleur physique, comme si le malheureux eût vainement cherché à suer sa haine. – Je n’ai aucune prévention contre M. Larnaudin, fit de nouveau la belle voix lente et grave. Je l’estimerais plutôt. De ses critiques même injustes, j’ai toujours tiré quelque profit. Hé quoi ! mon ami : les doctrinaires ont cela de bon qu’ils réveillent, par contraste, certaines facultés que l’usage et l’expérience de la vie affaiblissent en nous. Ils nous fournissent de repères utiles. Puis il se mit à rire, d’un rire dur. – Je vous admire ! s’écria passionnément Pernichon. Vous restez, dans ce vain tumulte, un calme observateur d’autrui – à l’autel et partout ailleurs sacerdotal. Néanmoins le tort fait aux intérêts les plus respectables par les polémiques de M. Larnaudin, son parti pris, son entêtement, votre bienveillance même ne peut l’oublier ! « Donner des gages et encore des gages ! disait hier devant moi votre éminent ami Mgr Cimier, le salut est là ! » Or, nous les avons donnés tous, à un seul près : le désaveu formel, nominal – oui, nominal ! – de quelques exaltés sans mandat, que suivent une poignée de naïfs. Est-ce trop demander ? (La sueur ruisselait enfin sur le front du petit homme qui semblait en éprouver un soulagement infini.) M. Pernichon rédige la chronique religieuse d’une feuille radicale, subventionnée par un financier conservateur, à des fins socialistes. Ce qu’il a d’âme s’épanouit dans cette triple équivoque, et il en épuise la honte substantielle, avec la patience et l’industrie de l’insecte. Presque inconnue aux bureaux de l’Aurore nouvelle, sa silhouette déjà usée, maléfique, encore déformée par une boiterie, est la plus familière à ce public si particulier d’écrivains sans livres, de journalistes sans journaux, de prélats sans diocèses, qui vit en marge de l’Église, de la Politique, du Monde et de l’Académie, d’ailleurs si pressé de s*******e que l’offre restant trop souvent supérieure à la demande, l’âpre commerce est sans cesse menacé d’un avilissement des prix. Telle crise, une fois dénouée, quand on l’a vue se multiplier jusqu’au pullulement, la denrée périssable, désormais sans valeur, achève de pourrir dans les antichambres. Ancien élève du petit séminaire de Notre-Dame-des-Champs, jouant jusqu’au dernier jour la comédie à demi consciente d’une vocation sacerdotale, sitôt le cap franchi d’un baccalauréat hasardeux, on perdit sa trace un long temps, jusqu’à ce moment décisif où il obtint de signer chaque semaine, dans un Bulletin paroissial, des nouvelles édifiantes, puis des « Lettres de Rome » rédigées chez un petit traiteur de la rue Jacob. Quel autre que lui eût semblablement tiré parti de ce rôle obscur ? Mais il sait épargner sou par sou sa future renommée, pareil à ses ancêtres auvergnats qui, l’été, graissant de leur sueur une terre ingrate, viennent l’hiver vendre à Paris les châtaignes dont les cochons se rebutent, amassent lentement leur trésor pour finir inassouvis, seulement déliés par la mort de leur rêve absurde, et hâtivement décrassés, pour la première fois par l’ensevelisseuse, avant la visite du médecin de l’état civil. Ces lettres de Rome ne sont d’ailleurs point sans mérite. Elles en valent d’autres, moins connues, mais rédigées dans le même esprit par des vaniteux déçus pour y décharger, à petits coups, leurs âcretés. Le tour peut en varier sans doute, avec chaque auteur, non pas le sens profond et secret, la rancune vivace, la claire cupidité du pire, et, sous couleur de paix civique, une rage d’infirme contre tout ce qui dans l’Église garde le sens de l’honneur. Ayant considéré un moment, avec respect, le visage du maître, souriant de ses mille rides précoces : – Je renonce, dit Pernichon, à vous faire ressentir de l’indignation contre qui que ce soit… Le nonce, cependant, exprimait hier… – Ne parlons pas du nonce, voulez-vous ? pria l’abbé Cénabre. Le zèle de Sa Sainteté à ne pas déplaire finira par paraître injurieux à nos ministres républicains… La démocratie aime le faste : on lui envoie de petits prélats intrigants, d’une bassesse à écœurer. Tenez ! celui-ci, je vous jure, n’entend pas le grec !… Chez M. le sénateur Hubert… Il passa ses mains sur ses joues, rêva une seconde, et dit tranquillement : – À quoi bon ? Vous ne l’entendez pas non plus. – Vous oubliez, s’écria Pernichon avec une gaieté forcée (les vanités, même touchées à l’improviste, ont toujours un réflexe adroit), vous oubliez que j’ai remporté le prix de version grecque, en 1903, au séminaire de Paris ! Hélas ! j’aurais voulu plutôt me consacrer aux Lettres… Mais les tristes événements dont nous sommes les témoins… – Le secret de la paix, dit Tagore, est de n’attendre rien d’heureux… Sainte Thérèse l’avait écrit avant lui… Ces rencontres, mon ami, ont quelque chose de singulier, d’amer… Sa main, sur le drap rouge du bureau Louis XVI, battit un rappel énervé. L’horloge sonna onze coups. – Je crains de vous fatiguer, dit M. Pernichon : je sais que vous veillez rarement. Mais ces haltes trop rares dans votre solitude, à deux pas du plus bruyant Paris, me font tant de bien ! Je vous quitte chaque fois en pleine certitude, en pleine foi. Le regard que vous posez sur l’événement et sur l’homme est si calme, votre malice même d’une indulgence si raffinée ! Je suis fier (laissez-moi le répéter, mon éminent maître !), je suis fier de voir en vous non seulement un protecteur selon le monde, mais aussi le père de ma pauvre âme… L’abbé Cénabre regarda la pendule, se tassa dans son fauteuil et fermant à demi les yeux, exigeant le silence de sa main droite levée, il laissa tomber ces mots sur un ton de singulière autorité : – J’apprécie, mon ami, votre patience et votre soumission à l’égard d’un prêtre qui ne vous ménage ni les avertissements, ni les reproches, parfois un peu sévères. C’est à contrecœur, cependant, que je vous entends presque chaque semaine : vous n’ignorez pas que l’exercice du ministère m’est rendu difficile, que mon modeste travail d’historien absorbe le plus clair de mon temps. Ce n’est pas, d’ailleurs, à un critique aussi discuté qu’un pieux jeune homme devrait demander l’absolution… Je ne vous refuse certes pas mes conseils si vous y trouvez quelque profit, mais je désire que vous recouriez désormais, au moins pour la matière du sacrement, à un autre prêtre que moi. Le choix vous est aisé… Vous ne manquez pas de relations avantageuses, s’il vous déplaît trop de vous adresser à quelque vicaire de paroisse, trop simple… Je vous écoute donc aujourd’hui pour la dernière fois. Ils gagnèrent une extrémité de l’immense pièce où le chanoine s’assit sur une simple chaise de paille, du modèle le plus vulgaire, auprès d’un prie-Dieu de même aspect, sur lequel s’agenouilla son pénitent. Pour agrandir son bureau – sa librairie, disait-il – l’abbé Cénabre avait fait abattre la cloison, et découvert à cette place un cabinet de débarras, aux murs blanchis à la chaux, pavé de grands carreaux rouges. C’était comme si la Pauvreté, tant haïe, eût tout à coup fait irruption, la frêle muraille éventrée, dans la célèbre bibliothèque dont le luxe sévère a pour l’amateur seulement des détails exquis. Le contraste parut précieux au génie de l’abbé Cénabre. Il meubla sommairement ce coin désolé d’une mauvaise table, de chaises à la paille dorée par l’usage, et d’une simple étagère, mais où l’homme de goût peut admirer la plus jolie collection, et la plus rare, de ces missels aux reliures naïves, reliques à travers les âges de la piété paysanne. Au mur nu pend une Croix. Et par un raffinement suprême, c’est la seule dans la maison. Déjà le murmure de M. Pernichon récitant le Confiteor s’élevait et s’abaissait dans le silence, car il affecte d’accentuer irréprochablement son latin. La tête penchée, les yeux clos, ses minces lèvres un peu serrées par un douloureux sourire, l’abbé Cénabre semblait attentif au murmure familier, bien qu’il n’en perçût encore que l’odeur. Une odeur fade et comme fanée, moins atroce qu’écœurante, flotte en effet autour de cet homme chétif, dévoré d’une austère envie. Mais sa conscience est d’une fétidité plus douce encore. La piété du jeune rédacteur de la Vie moderne n’est pas hypocrisie pure : peut-être pourrait-on la dire sincère, car elle a sa source au plus secret de lui-même, dans la crainte obscure du mal, le goût sournois de l’atteindre par un biais, avec le moindre risque. Le peu qu’il a de doctrine politique ou sociale est commandé par ce même besoin pathétique de se livrer à l’ennemi, de livrer son âme. Ce que les niais qui l’entourent appellent indépendance, hardiesse, n’est que le signe visible, bien que méconnu, de sa morose nostalgie de l’abandon total, d’une définitive liquidation de lui-même. Tout ennemi de la cause qu’il prétend servir a déjà son cœur ; toute objection venue de l’adversaire trouve en lui une pensée complice. L’injustice commise envers les siens suscite aussitôt non la révolte, pas même une lâche complaisance, mais dans le double recès de son âme femelle, la haine de l’opprimé, l’ignoble amour du vainqueur. Sa vie intérieure est mêmement trouble, équivoque, jamais aérée, malsaine. S’il prend des libertés avec la doctrine, il affecte un respect scrupuleux du précepte moral. Sans doute obéit-il ainsi à certaines règles capitales de son jeu, mais il craint aussi l’enfer, enviant si secrètement ceux qui le bravent qu’il croit seulement les mépriser. Soucieux d’éviter tout éclat en ce monde ou dans l’autre, il administre sa conscience avec dégoût, tel un boutiquier renié par sa clientèle à son comptoir désert. Il sent lui-même l’effrayante immobilité, la flétrissure d’une adolescence se survivant à elle-même dans l’âge mûr. Une seule fois, en danger de mort, il a tenté l’épreuve d’une confession générale, et d’avoir remué ce passé sans histoire, cette fiente aigrie, il a connu avec effroi que toutes ces fautes ensemble ne faisaient pas la matière d’un vrai remords. À l’oreille de l’abbé Cénabre les ordinaires aveux se succédaient dans leur ordre accoutumé. Car c’est la coquetterie de M. Pernichon que cette confession rapide, méthodique, qu’il aborde avec une autorité risible et mène jusqu’au terme ainsi qu’un clinicien sa leçon… Des prêtres naïfs en demeurèrent quinauds : à peine osèrent-ils absoudre un pénitent si bien informé. Néanmoins, jamais jusqu’à ce jour le célèbre auteur des Mystiques florentins n’a daigné rompre le fil du discours avant le soupir final, qui s’achève même parfois en toux discrète d’une irréprochable candeur… Cette fois encore le petit homme fut écouté en silence. Mais quand il eut fini, surpris de ne rien entendre, il leva les yeux et rencontra le regard du prêtre rivé au sien dans une immobilité sinistre. La curiosité n’a pas ce feu sombre, le mépris cette tristesse, la haine une telle amertume. Le blême Pernichon, comme pris dans l’étau, se sentit soudain ouvert, sondé jusqu’aux reins. Incapable de surmonter et fixer ce regard incompréhensible, il y chercha une seconde, il désira de toute son âme glacée, y découvrir l’imperceptible déviation de la démence, sa flamme oblique. Mais ce regard tombait d’aplomb sur ses épaules. Littéralement, il en sentit la forme et le poids comme si, dédaigneux de traverser la misérable conscience, le regard la modelait, la pétrissait avec dégoût, faisait jouer dessus la lumière. De ressentir l’effraction d’une clairvoyance supérieure est déjà une humiliation trop vive, mais la honte atteint son point de perfection quand la lucidité d’autrui nous découvre en plein notre propre avilissement. D’ailleurs, ce regard si dépouillé de toute cupidité vaine exprimait une sorte d’attention plus outrageante encore, bien que concertée, celle qu’on porte sur les choses dont la bassesse purement matérielle reste au-dessous d’un jugement particulier, n’est qu’un point de comparaison, une mesure commune aux formes supérieures et spirituelles de la honte. Mais à quoi donc l’abbé Cénabre comparait-il intérieurement le petit homme ? Car on ne considère ainsi que la part déshonorée de soi-même. – Mon ami, dit-il tout à coup (le feu de son regard, au même instant, tomba), comment vous voyez-vous ?… – Comment je me vois ? soupira M. Pernichon. Je ne comprends pas, vraiment… Je ne sais pas très bien…

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